‹ Œuvre complètes (volume 2)Chapitre 162 sur 217 · Elle en avait trente-huit · texte numérisé non relu

Elle en avait trente-huit

mieux à l'endroit de la reyne de Navarre, sa bellesœur: car^ la sçachant en très-grande extrémité de dissette, etréduicte en unchasteauauvei^haG^^ quasi habandonnée de la pluspart des siens^ et de la pluspart de ceux qu^elF avoit obligez^ elle Tenvoya visiter et offrir tou6 ses moyens ; si bien qu'elle luy donnoit la moytié de son revenu du douaire qu'elF avoit en France, et partageoit avec elle comme si ce fiist esté sa sœur propre ; si bien qu'on dit que ceste grande reyne eust eu beaucoup à pâtir sans ceste libérallité grande de sa bonne et belle sœur. Aussi luy defieroitelle beaucoup ; et l'honnoroit et l'aymoit tellement, que malaisément elle peut porter sa mort .patiammenten façon du monde; car elle en garda, vingt jours durant, le lict, l'entretenant de pleurs et continuelles larmes et de gémissemens assidus; et on* ques puis n'a fait que la regretter et déplorer, espandant sur sa mémoire les plus belles parolles^ qu'il ne seroit besoing d'en emprumpter d'autres pour la louer et la mettre avec l'immortallité : encor qu'on m'a dit qu'elle ayt composé et mis en lumière un beau livre qui touche la paroUe de Dieu, et un autre d'histoire de ce qui s'estoit passé en France tant qu'elle y a esté. Je ne sçay s'il est vray, mais l'on me l'a asseuré^ et qu'on l'avoit veu entre les mains de la reyne de Navarre, comme luy ayant envoyé avant mourir; et* en faisoit un très-grand cas, et le disoit estre une très-belle chose. Puisqu'un tel et si divin oracle le disoit, il le Ëiut croire.

Voylà que sommairement j'ay peu dire de nostre

i. Au chiUeau d'Usson. — 2. El Marguerite.

bonne reyne Elizabet, de sa bonté, de sa vertu, de sa constance et de sa continance, et de sa loyalle amour envers le roy son mary . Et n'estoit que de son naturel ell' estoit ainsi vertueuse (j'ay ouy dire i M. de Lansac^ qui estoit en Espaigne lorsqu'elle mourut, l'impératrix luy dist : El mejor de nosotroses muerto^), on pourroit croire qu'en telles actions eeste reyne eust voulu immiter sa mère, ses grandes tantes et tantes; car l'impératrix sa mère encor qu'elle soil restée vefve et assez jeune* et très-belle, ne s'est voulue remarier, et s'est contenue et se contient en sa viduité, très -sagement et continuellement, ayant quicté l'Austriche et TAllemaigne, séjour de son empire, amprès la mort de l'empereur son marj. Elle vint trouver son fi^re en Espaigne, ayant eslée mandée de luy, et priée d'y venir pour luy assister en la grand'charge de ses affaires, ainsi qu*elle fait; car eir est très-sage et fort advisée princesse. J ay ouy dire au feu roy Henry troisiesme, qui s'entendoit en personnes mieux qu'homme de son royaume, qae c'est oit à son gré, une des honnestes et habiles princesses du monde. Lorsqu'ell' alla en Espaigne, après avoir traversé les Allemaignes vint en Italie et à Gênes, où elle s'embarqua : et, d'autant que c'estoit en hyver, et au mois de décembre qu'elle fit son embarquement, le mauvais temps la surprist à Marceille, où falut qu'elle jettast et mouillast l'ancre. Jamais pourtant elle ne voulut entrer dans le port, ny ses gallères, de peur de donner quelque soupçon et

\ . Le meilleur de nous autres est mort.

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