‹ Œuvre complètes (volume 2)Chapitre 164 sur 217 · Sou&-entendu : s'il en ëtait autrement · texte numérisé non relu

Sou&-entendu : s'il en ëtait autrement

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madame la princesse venoit. Soudain elle me dist : K Ne bougez, monsieur de Bourdeille ; vous verrez « une beUe et honneste princesse; vous vous plai- « rez à la voir. Elle sera bien aise de vous voir et « de vous demander des nouvelles du roy son filz, « puisque vous l'avez veu. » Et, sur ce, voycy madame la princesse arriver, que je trouvay très-belle> à mon gré/ fort bien vestue, et coiffée d'une tocque à l'espaignoUe, de crespe blanc, qui luy baissoit fort bas en poincte sur le nez, et vestue, non autrement en femme vef^re, à l'espaignoUe, car elle portoit de la soye quasi ordinairement. Je la contemplé et admiré d'abord, et si fixement, que sur, le poinct que j'en devenois ravy, la reyne m'apella, et me dist que madame la princesse vouloit sçavoir de moy des nouvelles du roy son filz; car j'avois bien ouy qu'elle luy disoit comm' elle parloit et entretenoit un gentilhomme du roy son frère, qui venoit de Portugal. Sur ce, je m'aproche d'elle, et en luy baisant sa robe à PespaignoUe, elle me reçuillit fort doucement et privément; et puis se mit à me demander des nouvelles du roy son filz, de ses déportemens, et ce qu'il m'en sembloit; car alors on parloit de vouloir traicter mariage entre luy et madame Marguerite de France, seur du roy, maintenant reyne de Navarre. Je luy en contay prou ; car je parfois alors l'espai^ol aussi bien ou mieux que mon françois. Entre autres de ses demandes, me fit ceste-cy : Si son dit filz estoit beau, et à qui il ressembloit? Je luy dis que c'estoit un des plus beaux princes de la chrestienté, comme certes il estoit, et qu'il la ressembloit du tout, et que c'estoit le vray image de sa

beauté : dont elle en fit un pettit soubriz et rougeui de visage^ qui monstra un aise de ce que je luy avois dit. Et après avoir assez longtemps parlé à elle^ on vint quérir la reyne pour souper et par ainsi les deux sœurs se séparèrent ; et la reyne me dist alors (qui s amusoit un peu à la fenestre et nous oyoit pourtant) en riant : « Vous luy avez fait un grand « plaisir de luy avoir dit ce que vous luy avez dit de la « ressemblance de son filz. » Et puis me demanda ce qu'il m'en sembloit^ si je ne l'avois pas trouvée une honneste femme, et telle qu'elle me l'avoit dite; et puis me dist : w Je croy qu'elle désireroit fort d'espoua ser le roy mon frère, et je le voudrois. » Ce que je sceuz bien raporter à la reyne mère du roy, quand je fus de retour à la court, qui estoit pour lors à Arles en Provance. Mais elle me dist qu'elle avoit trop d'aage sur luy, et qu'elle seroit sa mère. Je luy dis de plus ce qu'on m'avoit dit en Espaigne, et le tenois de bon lieu : qu'elle s'estoit très-bien résolue de ne se remarier jamais qu'elle n'espousast le roy de France, ou du tout se retirer du monde. Et, de Éadt, elle se fantastiqua si bien ce haut party et ceste opinion si belle, car elle avoit le cœur très-grand, qu'elle le croyoit venir à sa fin et contentement, ou du tout qu'ell' yroit finer le reste de ses jours dans le monastère que j'ay dit , où desjà elle commançoit à faire bastir pour s'y retirer. Et, par ainsi, s'entretint assez longtemps en ceste espérance et créance, mesnageant tousjours très-sagement sa viduité, jusqu'à ce qu'elle sceut le mariage du roy avec sa niepce ; et alors, toute son espérance perdue, elle dit ces paroUes despités, ou semblables, comme j'ay ouy dire*.

Aunque la nieta sea por su iferano mas moza^ y menos cargada de aûos que la tia, la hermosura de la tiaj ya en su estio^ toda hecha y formada por sus gentiles y fructiferos aûos , i^ale mas que todos los fraios que su edad florescida da esperanza à venir ; porque la menor desdicha humana los harà caer y perder y ni mas ni menos que algunos arboles, los quales, en el i^erano, por sus lindos y hlancos flores nos prometen linda fruta en el estiOy y el menor çiento que acade los lleua y abate, no quedando que las hojas. Eaî dunque pasase toda con la voluntad de DioSy con el quai desde agora me voy^ no con otroj para siempre jamasy me casar : « Encores K que la niepce soit plus jeune en sa prime^ et moins « chargée d'années que la tante^ la beauté de la tante « desjà en son esté, toute faite et formée par ses ans « gentilz, portans fruiet, vaut plus que tous les fruietz « que son aage, maintenant flori, donne espérance « d'en venir ; car la moindre mésadvanture humaine a les deffaira, et les faira choir et perdre, ny plus ny a moins que aucuns arbres au beau printemps , lesn quelz, par leurs belles et blanches fleurs^ nous pro- « mettent de beaux et bons fruictz en esté : là-des- « sus, il ne faut qu'un meschant petit vent qui arw rive, qui les çmporte el abatte et les eflace, et n'y a reste que des feuilles. Passe donques le tout selon « la volunté de Dieu, avec qui je m'en vois marier <c pour tout jamais, et non avec d'autre. )> Comme elle le dist, elle le fit; et mena une si bonne et saincte vie, du tout esloignée du monde, qu'elle a laissé aux darnes^ et grandes et petites, un bel exemple pour I imiter. Il y pourroit avoir aucuns qui pourroient

dire : « Dieu mercy qu'elle ne peut espouser le roy a Charles; caç, si cela se ftist peu faire, ell'eust bien a renvoyé loing les dures condictions de veufvage, a et eust repris les douces de mariage. » Cela se pourroit présumer; mais aussi présumeroil-on de l'autre costé que le grand désir qu'elle monstroit au monde de vouloir espouser ce grand roy, esloit une forme et manière ôstentalive , et superbe à Pcqjaignolle, de manifFester son haut courage, en ce qu'elle ne vouloit s'abaisser nullement, et que voyanl sa sœur emperîère, et ne le pouvant estre, et la voulant égaller, elle aspiroit à estre reyne du royaume de France, qui vaut bien un empire, ou plus, et que pour le moins, si elle n'y pouvoit attaindre par Feffect, elle y alloit pour Icf grand désir de son ambition, ainsi que j'ay ouy parler d'elle. Pour fin, à mon gré, c'estoit une des plus accomplies princesses eslrangères que j'aye point veu, quoyque l'on puisse luy reprocher sa retraicte du monde, faite [dustost par despit que par grand' dévoction ; mais tant j a qu'elle Fa faite : et sa bonne vie et sainte fin ont monstre en elle je ne sçay quoy de toule saincteté.

Sa tante, la reyne Marie d'Ongrie, en fit de mesme, mays en fort aage caducq, tant pour se retirer du monde, que pour ayder à l'empereur, son frère, à bjien servir Dieu. Ceste reyne fut vefi^e en fort bas aage, ayant perdu le roy Louys, son mary, qui, fort jeune, mourut en une bataille qu'il eust contre les Turcz \ non tant pour la raison que pour la porsua-

1 Louis II de Hongrie përit à vingt ans, le 29 août 1516, à la bataille de Mohacz qu'il livra imprudemment a SoUmalr.

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sion et opiniastreté d'un cardinal qui le gouvernoit fort, luy allégant quUl ne se falloit meffier de la puissance de Dieu, ny de sa juste cause; que quand il n'auroît, pour manière de dire, que dix mil' Ongres, estans si bons chrestiens et combatans pour la querrelle de Dieu, il defferoit cent mil' Turcz : et le poussa et pricipita tellement à ce poinct, qu'il perdit la bataille; et, se voulant retirer, tumba dans un maretz, où il se suffoqua.

De mesme arriva au roy dernier de Portugal, Sébastien \ lequel se perdit misérablement , quand , par trop foible de forces, s'hazarda de donner la bataille contre les Mores, qui estoient trois fois plus fortz que luy, et ce, sur la persuasion, preschemens et ospiniastrettez d'aucuns jésuistes, qui luy mett oient en advant les puissances de Dieu, qui; de son seul regard, pouvoit foudroyer tout le monde, mesmes quand il se banderoit contre luy, comme certes c'est une maxime très-véritable; mais pourtant il ne le faut pas tenter ny abuser de sa grandeur, car il a des secretz que ne sçavons pas. Aucuns ont dit que lesditz jésuistfis le faisoient et disoient en bonne intention, comme il se peut croire; autres, qu'ilz avoient estez apostez et gaignez du roy d'Espaigne, pour faire ainsi perdre ce jeune et courageux roy, et tout plein de feu, afin qu'après il peust plus aisément empiéter ce qu'il a empietté desJDUis. Tant y a, que telles deux fautes sont arrivées par telles gens qui veulent manier les armes, et n'en sçavent le mestier.

I . Sebastien, roi de Portugal, fils de l'infant Jean et de Jeanne d'Autriche, fille de Charles-Quint, pe'rit le 4 août 1578.

61 s DES DAMES.

Et c'est pourquoy ce grand duc de Guyse, après qu'il fut grandement trompé en son voyage d'Italie, il disoit souvant : « J'ayme bien l'église de Dieu, M mais je ne fairay jamais entreprise de conqueste «c sur la parolle et la foy d'un prebstre ; » voulant par là taxer lé pape Carraffe^ dit Paulo quatriesme^ qui ne luy avoit tenu ce qu'il luy avoit promis par de grandes et sollempnisées paroUes, ou bien M, le ca^ dinal^ son frère, qui en estoit allé prendre langue, et sonder le gué jusques à Rome, et puis tout légièrement avoit poussé M. son frère à cela. Il se peut entendre que mondit seigneur de Guyse entendoit et de l'un et de l'autre; car, comme j'ay ouy dire, que ainsi que mondit' seigneur répettoit souvant telles parolles devant M. le cardinal, pensant * que ce fut une pierre jettée dans son jardrin, il en enrageoit et s'en faschoit fort soubz bride. J'ay fait ceste digression puisque le subget en estoit venu à propos.

Or, pour retourner à nostre reyne Marie, après tel malheur du roy son mary, elle demeura vefi^e fort jeune*, et très-belle, ainsi que je l'ay ouy dire à plusieurs personnes qui l'ont veue, et selon ses portraictz que j'ay veu, qui la représentent telle, ne luy donnant aucune chose de laid et à quoy reprendre, non si sa grand* bouche et avancée, à la mode d'Austriche, qui ne vient ny ne sort pas pourtant de la maison d'Auslriche, mais de Bourgoigne, ainsi que j'ay ouy raconter à une dame de la court de ce temps-là : qu'une fois la reyne Aliénor*, passant par Dyjon, et

1 . C'est-à-dire : le cardinal pensant, — 2 . Elle avait vingt-cinqaDS. 3. Elëonore, seconde femme de François I*'.

allant faire ses dévoctions au monastère des Chartreux de là^ et visiter les vénérables sépulchres de ses ayeulz^ les duez de Bourgoigne^ elle fut curieuse de les faire ouvrir, ainsi que plusieurs roys ont fait des leurs. Elle y en veid aucuns si bien conservez et entiers, qu'elle y recogneut plusieurs formes, et entr'autres la bouche de leur visage. Sur quoy soudain elle s'eseria : « Ha I je pensois que nous tinsions nos « bouches de ceux d'Austriche; mais^ à ce que je «c vois, nous les tenons de Marye de Bourgoigne, « nostre ayeulle, et autres ducz de Bourgoigne nos w ayeulx. Si je vois jamais l'empereur mon frère, je Il luy diray ; encor luy manderay-je. » Geste dame^ qu'y estoit lors, me dist qu'elle l'ouyt; et dist que ladite reyne le disoit comme y prenant plaisir, ainsi qu'elle avoit raison; car la maison de Bourgoigne valoit bien celle d'Austriche, puisqu'ell' estoit venue d'un filz de France, Philipes le Hardy, et qu'ilz en avoient tiré de grands biens, de grandes générositez et valeurs de courages; car je croy qu'il n*en fut jamais quatre plus grands ducz les uns après les autres comme furent ces quatre ducz de Bourgoigne'. On pourra reprocher que je m'extravague souvant; mais aussi il m'est aisé à pardonner, puisque je ne scay nul art de bien escrire.

Nostre reyne Marie de Ongrîe, donc, estoit trèsbelle et agréable, et fort aymable, encores qu'elle se monstrast un peu hommasse; mais, pour l'amour, elle n'en estoit pas pire, ny pour la guerre, et tout,

1. Philippe le Hardi, Jean sans Peur, Philippe le Bon et Charles le Tëmëraire.

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qu'elle prisl pour son principal exereice. L'eiàAporeur, son frère^ la eognoissant propre pour celluy-la^ ei très-habUle^ l'envoya quérir el prier veiiir à luy, pour luy bailler la charge qu'avoit eu sa Unie Marguerite de Flandres, qui fut une très-sage princesse, et qui gouverna . ses Païs-Bas avec douceur, comme l'autre avec rigueur; au^i tant qu'elle^ vesquit, le roj François ne tourna guières ses armes et ses guerres vers ces quartiers, quoyque le roy d'A^letase l'y poussast; disant qu'il ne vouloit &îre desplaîiir à ceste honneste princesse, qui se monstroit si boane à la France, et qui estoit si sage et yerlueuse^ ei malheureuse pourtant, plus que ses vertuz ne reqaéroieat, en mariages, dont le premier fut avec le roy €faar* les ynr, duquel elle fut fort jeune renvoyée à 9 maison et à son père; l'autre avec le filz du roy d'Ar* ragon, nommé Jehan^ duquel elle eut un eofieinifiefithumié qui mourut tost après estre né; le tier» fot avec le beau duc Philibert de. Savoy e^ duquel n'ei* aucune lignée, et pour ce< portoit en sa devise Fat^ tune infortune^ fors une. Elle, p^ avec son maiy en ce beau couvent de Brou, et si sumptueux^ prèili ville de Boui^ en Bresse^ que j'ay veu. *

Ceste reyne donc d'Ongrie ayda bien à l'empereor, car il estoit seul. Bien est-il vray qu'il àvoit Fendis nand, roy des Romains, son ft*ère; m^is il avoit attei à faire à monstrer teste à ce grand sultaa Solimiik L'empereur avoit aussi sur ses bras les affaires àt l'Italie, qui alors estoit en grande combustion; ik l'Allemaigne, il n'estoit pas mieux, à cause do

i. EUe^ Marguerite.

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Grand Turc, ny de la Ongrie, de l^paigne (lorsqu'elle se révolta sous M. deChièvres), des Indes, des Païs-^Bas, de la Barbarie, de la France^ qui estoit le plus grand fardeau de tous; bref de toute la moytié du monde quasi. Il fit eeste sœur, qu'il aymoit par dessus toutes, gouvernante gënéralle de tous ses Païs- Bas, où, l'espace de vingt-deux à vingt- trois ans, la bien servi, que je ne sçay comment il »'en fust trouvé sans eUe. Aussi se iioit-il en elle du tout de ses aflàires de son gouvernement : si bien que l'empereur luy-mesœes estant en Flandres, se rémettoit du tout en elle de ses affaires de ses païs là bas; et le conseil se tenoit soubz eUe et chez eUe, bien souvant Temperem* y estant et y allant comme j'ay sceu% Il est vray qu'elle, qui estoit très-habiUe, luy defiairoit le tout, et luy raportoit tout ce qui s'estoit passé au conseil, quand il n'y estoit, en quoy il prenoit un grand pls^isir. Eile y fit de belles guerres, ores par ses lieutenans, ores en personne, tousjours à cheval, comme une généreuse amazonne.

Ce fîit elle qui, la {Mremière, encommança les grands feuz en nostre France , et en fit de grands 3ur de beUes maisons et chasteaux, comme sur celluy de Follambray^, belle et agréable maison que nos roys avoient fait bastir pour le déduict et plaisir de la chasse; dont le roy en prist si grand despit et desplaisir, qu'au bout de quelque temps il luy rendit bien son change, et s'en revancha sur la belle maison de Bains, qu'on tenoit pour un miracle du

i . Folembray dans le dëpartement de l'Aisne , arrondissement de Laon, canton de Goucy-Ie-Chftteau.

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monde, faisant honte, s'il faut dire ainsi^ à tous autres beaux bastimans et, que j'ay ouy dire à ceux qui l'ont veue en sa perfection aynsin, voyreaux sept miracles du monde^ tant renommez de l'antiquité. £lle y festina l'empereur Charles et toute sa court^ Icnsqne son filz^ le roy Philipes^ passa d*£spaigne en Flandres pour le voir, où les magniflSeenees fiirent veues et faites en telles exellences et perfections^ qu'on n'a jamais parlé y de ce temps-là ^ que de las fieslas de Bains^, disoient les Espaignolz. Ainsi me souvieni-il qu'au voyage de Bayonne^ quelques grandes magniffîcences qui se soient présentées^ quelques courremens de bagues^ combatz, mascarades, despensa, n'estoient rien au pris de las fiestas de Bains; ceittsoient aucuns vieux gentilzhommes espaignolz qà les avoient veues ^ ainsi que je les ay peu voir dam un livre fait en espaignol exprès. Et puis bien dire que jamais n'a rien esté fait ny veu de plus beau, et n'en desplaise aux magnifficences romaines^ représentantes leurs jeux de jadis, ostés les combatz des gladiateurs et bestes sauvages; mais, hors cela, ki festes de Bains estoient plus belles, plus plaisanlei, plus meslées' et plus généralles.

Je les descrirois voluntiers ici, selon que je iesay emprumplées de ce livre en espaignol^ et aprieei d'aucuns qu'y estoient lors, et mesmes de madamede Fontaine, dite Torcy, estant fille pour lors de kreyae Léonor; mais on me pourroit reprocher que je seroii un trop grand digresseur. Ce sera à un' autre fois que je les garde à bonne bouche, car la chose le vaut

i. Les fêtes de Bains (Bins). — 2. Meslées^ variées.

en*. Dont entre les plus belles magnifficences^ je îuve ceste-ey : qu'elle fit faire une grande forte- 5se de brique, qui fut assaillie^ defFendue, secourue r six mil' hommes de pied des vieilles bandes^ ca- »nnée de trente pièces, tant en batterie que pour » défiances ^ avec toutes les mesmes eérimonies et ^ns de bonne guerre : et dura le siège trois jours demy, qu'on ne veid jamais rien de si beau j car \ assautz y furent donnez^ le secours maintenant tré^ l'autre maintenant défiait^ tant de la cavallef que de l'in&nterie, par le prince de Piedmont^ iprès la place rendue par composition moytié douce, 3ytié un peu rigoureuse, et avec compassion les Idatz renduz et se retirans, et conduictz par escorte; ief rien ne s'y oublia de la vraye guerre; à quoy mpereur prist un singulier plaisir.

Âsseurez-vous que si ceste reyne fut là sumptueuse, e vouloit bien monstrer à son frère que ce qu'elle oit eu de luy ou de ses estatz, pentions, biens-faitz, i de ses conquestes, le tout estoit voué à sa gloire et a plaisir. Aussi ledit empereur se pleut fort, et l'en la; et en estima grandement la despense, et surit aussi celle qui estoit dans sa chambre ; car c*es» it une tapisserie de haute lice, toute d'or, d'argent soye, où estoient figurées et représentées au natu- [ toutes ces belles conquestes, hautes entreprises, pédictions de guerres et batailles qu'il avoit &ites, nnées et gaignées, n'oubliant surtout la fuite de

I . Ce passage prouve que Brantôme a ëcrit ce discours avant *ticle de Henri II, ou il a décrit (tome III, p. 259-266) les fêtes Dîns d'après £1 felicissimo viaje del,,., principe don Phelippe.

SoIIyman devant Vienne, et la [Mrise du roy François Brief^ il n*y avoit rien là«dedans qui ne fus! Iièfrexquis.

Mais la paouvre maison perdit Inen le histre p«s après, car elle fut totalement pillée, ruinée et rasée. J ay ouy dire que sa maistresse, quand elle en secol sa ruine, tuAibaen telle desiresse, despit et nge, qa'eHe ne s'en peut de longtemps apaiser; et, en passant un jour auprès, en vouloit voir la rume; et, la r^rdant fort piteusCTtient^ la larme à Fœil, jiut que toute la France s* en repentiroit, et ^qu'elle se lo* sentiroit de ses feuz^ et qu'elle ne seroit jamais a sob aise que ce beau Fontainebleau, dont on en fiûnit tant de cas, ne fustmis par terre^ et n'y demeurerait pierre sur pierre. Et, de fait^ elle en vomit fort bioi sa rage sur la paouvre Picardie, qui la sentit lne% 4 ses flammes; et eroy que si la tréfile ne fust Biiâ^ venue, que sa vengeance fust esté grande; aur dk avoit le cœur grand et dur^ et qui malaisément sb» mollissoit; et la tenoit*on, tant de son oostéqneéi nostre, un peu trop cruelle; mais tel e^ le femmes, et mesmes des grandes, qui scmt tes à la vengeance quand elles sont ofl&noéeSé Vwm pereur, à ce qu'on dit, l'en aymoit davantage* - -

J^ay ouy raconter que, lorsqu'à Bruxelles ûtê^^ètt fit et se despouilla, dans une grand' salle où il avoit fait un' assemblée généralle de ses estatz^ après «frïl eust harangué et dit tout ce qu'il vouloit à l'asseaAUe et à son filz, et qu'il eust humblement remancié etli reyne Marie sa sœur, qui estoit assise près de Temr pereur son firère, elle se leva de son siège, etavecua* grande révérence, faite à son frère d'une grande et

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grave magesté et jasséuriée grâce^ adressant sa paroUe aa peuple^ dût ain» : <x Messieurs, despuis vingt-trois « ans qufilra pieu à rempeveur mon frère me donner « la efaai^ et gouvernemmit de tons ses Païs-Bas^ j'y ce ay employé ei)raporté tout ee que Dieu^ la nature «( et la fortune m'ayoient donné . de moyens et de ce grâce pour m «i;l aoquicnér au mieux qa^û m'a esté ce pos^le. Tcmtesfois, si en aucune chose j'y ay fait €( feute, j^en suis excusable^ pensant n'y avoir rien ce oublié du mien, ny eiqmrgné qai fût propre. Tou- <c tes&às, si j'ay manqué en quelque chose^ je vous a prie me pardonner. Que si aucuns pourtant de vous «c autres ne le vetU fairê^ et se mescon tante de moy, « c'est le moindre de mes soucis^ puisque l'empereur « mon frère s'en conlente^ à (|ui mon seul plaire a a esté toQJourk le plus grand de mes désô^s et soucys. » Ayant ainsi parlé et reffîdt sa grande révérant à l'emparetir, idle^se remit en son si^. J'ay ouy dire cpiè caste parafe frit trouvée un peu trop altîère et bra^e, et mesm^s estant sur son despait^nent de sa cfaa^e, et pour dire adieu à un peuple qu'elle devoit laisser en benne bouche et en toute douleur pour sa partance .1 Mais que s'en scHicioit-elle, puiscju'elle n'avoit autre but que de plaire et contenter son frère, eti, dès mésbiiy^ ne contenter le monde^ et tenir compaigiiie à son frère en sa rétractation ^ et jnrières? J'ay ouy faire ce conte à un gentilhomme de mon frère, cpii estoit lors à Bruxelles, où il estoit allé capituler de la rançon de mondit frère^ qui avoit esté pris dans Hedin, et avojt demeuré prisonnier cinq

1, Rétractationj retraite.

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ans à risle en Flandres. Et ledit gentilhomme vekl toute [ceste] assemblée et tout ce hictueus' mistère de l'empereur; et me dist que plusieurs furent un peo scandallisez. sourdement de ceste parolle si hnve delà reyne, mais non pourtant qu'ilz en osassent rien dire ny le faire parestre, car ilz voyoient bienqu'ilz avoient à faire à une maistresse dame^ qui^ avant que partir, si on l'eust irritée, eust fait un coup pour sa donim main. La voylà donc deschargée de tout^ et aecompaigne son frère en Espaigne , qu'elle n'habandonna jamais, elle et la reyne Aléonor, sa sœur^ jusqaes à son tumbeau : et tous trois se survesquirent d'un an l'un après l'autre. L'empereur alla devant, la reyne de France après^ comme la plus aagée^ et la reyne d'Ongrie après ses deux firère et sœur', ayant très-sagement gouverné leur viduité. Il est vray que la reyne d'Ongrie fîit plus longuement vefre que sa sœur^ sans jamais se remarier; et sa sœur se remaria deux fois, autant pour estre reyne de France, qui estoit on bon morceau/ que par la prière et persuasion de l'enupereur^ affin qu'eUe servist d'un sceau très^ferme poor asseurer une paix et tout un repos publie, enoor qœ la matière du sceau ne tint longuement; car la guem s'en ensuivit par emprès^ aussi cruelle que jamais; mais la paouvre princesse n'en pouaroit mais, od* elle y raportoit tout ce qu'elle y pouvoit; et si, pow

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