Liv. XXX, chap. xxix
Certes^ leurs beautez et bonnes grâces se pou* voient dire esgalles y si madame de Guise ne Feust un peu emportée ; aussi se contentoit-elle de la passer en cela, et non point en gloire et superbettë; car c'estoit la plus douce ^ bonne ^ humble et affable princesse que Ton eust sceu voir, encor qu'en sa &çon elle se monstrast altière et brave. La nature Tavoit faite telle, tant en sa haute et beUe taille, que en son grave port et belle majesté, si bien qu'à la voir on eust craint tousjours et songé à laccoster, mais l'ayant accostée et parlé à elle, on n'y trouvoit que toute douceur, toute candeur et débonnairetté, tenant cela de son grand-père, le bon père du peuple, et du doux air françois. Bien est-il vray qu'elle sçavoit bien garder et pratiquer sa grandeur et gloire quand il falloit. J'espère de parler d'elle ailleurs et à part.
Son altezze de Lorraine estoit au contraire fort glorieuse, et un peu trop présumptueuse. Je l'ay cogneu par quelquefois à l'endroit de la reyne d'Escosse*, laquelle, après avoir esté vefvre, alla faire un voyage en Lorraine, où j'estois; mais vous eussiez dit que bien souvant sadite altezze se vouloit advantager et advan cer sur la magesté de ladite reyne. Mais elle, qui estoit très-habile et de grand cœur, ne luy en laissoit pas passer une, ny aucunement s'ad vancer sur elle de rien, encor que ce fust la mesme douceur, aussi que M. le cardinal son oncle l'en avoit bien advertie et instruicte de l'humeur de ladite princesse ; laquelle ne se pouvant deffaire de sadite gloire, s'en voulut un peu accom-
i . La mère de Marie Stuart, Marie de Lorraine
moder envers la reyne mère loisqu'elies se veirenl; mais oe fut à glorieuse glorieuse et demy; car la reyne mère esloit la plus glorieuse fbmme du monde quand il fallbît, et ôomme je Pay veu et ouy la nommer telle à plusieurs grands^ et mesmes quand il falloit déprimer la gloire de quelque personne qui Teust voulue faire valloir, car elle luy abaissoit jusques au centre de la terre : toutesfois, si se porta-eHe modestement à l'endroit de son altezze, luy defférant assez et l'honnorant^ mais tenant pourtant tonsjours la bride^ ores la main haute ^ ores basse qoant il failloyt^ de peur qu'elle ne s'esguarast ou se desbosquast^; car je luy vis dire deux ou trois fois: te Voylà la plus glorieuse femme que je vis jamais! » C'estoit lorsqu'elle vint au sacre du feu roy Charles neufîesme % où elle fut conviée, à Reins. Lorsqu'elle y entra elle ne voulut estre à cheval, craignant n'y montrer assez sa grandeur et altezze, mais se mit dans un coche fort superbe, tout couvert de vellours noir, à cause de sa viduité, qui estoit traisné de quatre chevaux turcz blancz, des beaux qu*OD eust sceu choisir, et atteUez tous quatre à firont, eo manière de chariot triumphant. Ell'estoit à la portière fort bien habillée, toute de noir pourtant, en robbe de vellours; mais à la teste, toute de blanc et très-bien et gentiment et superbement coiffée et habillée; à l'autre portière estoit une de ses filles, qtù a esté despuis madame la duchesse de Bavière '; ei
I. Se desbosquer^ débusquer. — 2. Le 5 mai 4561. 3. Renëe, mariée le 22 février 1568 à Guillaume V, duc de Bavière, morte le 23 mars 1602,
au dedans sa dame d'honneur, qui estoit la princesse de Macédoine *. La reyne la voulut voir entrer dans la basse court en ce triumphe^ et se meit à la fenestre, et dist assez bas : « Voylà une glorieuse femme! )) Et puis estant ' dessendue et montée en haut, ladite reyne l'alla recuillyr an mitant de la salle seullement, au moins un peu plus avant^ et plus près de la porte que de loing. Et fut très-bien receue d'elle; car elle gouvemoit lors tout^ pour le bas aage du roy son Ghy et le dressoit et luy faisoit faire ce qu'elle vouloit^ qui fît grand honneur à sadite altezze. Toute la court, tant grands que pettitz y Textimarent et admirarent fort, et la trouvarent trèsbelle^ encores qu'elle déclinast sur Taage, qui pouvoit venir à un peu plus de quarante ans : mais rien ne se trouvoit en elle changé ny effacé, car son autonne passoit bien l'esté d'aucunes. Il faut estimer grandement ceste princesse d'avoir esté si belle^ et gardé sa viduité jusques à son tombeau, et révéré si inviollablement et impollurnent', non par tierces nopces, la foy aux mânes de son mary.
Elle mourut un an après avoir sceu nouvelles qu'elle estoit reyne d'Anemarc, d'où ell'estoit sortie , et que le royaume luy estoit escheu*; de sorte qu'avant
i» La princesse de Macédoine, que Brantôme dit plus loin être de la maison de Gastellanne de Milan, était veuve depuis 1551. Son mari (qui était probablement un Gastriot , mais je n'ai pu le vérifier) avait été tué à la prise de Torchiara par Horace Famèse.