Impollument y sans ttte poUné
4. Je ne comprends pas bien ce que Brantôme veut dire. Chris^ tiem m y roi de Danemark, mourut le l*' janvier 1559, laissant
mourir ell'a veu changer son nom d'aliezze, quVD' avoit porté si longuement, en celluy de magesté, qui peu l'accompaigna non pas six mois. Je croy qu'elle eust bien voulu porter encor celluy d*altezze et quelle fust estée en ceste belle verdeur de jeun^ et beauté d'autres fois^ car tous empires et royaames ne sont rien au prix des jeunes ans. Encor luj a ce esté un honneur et un heur avant la mort porter ce nom de reyne : et pourtant, à ce que j*ay ouy dire, elle estoit résolue de n'aller point en son royaume, mais de finir le reste de ses jours en son douaire d'Italie, à Tortonne*; et ceux du pais ne l'apelloient que madame de Tortonne (pas beau nom pourtant ny digne d'elle), où elle s'estoit retirée fort longtemps avant que mourir^ tant pour Tamour de quelques vœuz qu'ell'avoit fait aux sainctz lieux de par de*là, que pour estre plus près des bains de là ; cir elle devint malladive et fort goûteuse.
Ses exercices estoient très-beaux, sainctz et honnestes, comme à prier Dieu, et à iaire de grandes aumosnes et charitez envers les paouvres^et surtout envers les vefves, entre lesquelles se souvint de h paouvre madame Castellanne de Milan ^ que nous avons veu à la court misérablement traîner ses jours, sans le secours de la reyne mère, qui luy Êiisoit tousjours quelque petit bien. Elle estoit fille de h princesse de Macédoine, et sortie de ceste grande
un fils (Frédëric H) qui lui succéda sans difficulté, et je ne fob pas comment, à ce propos, sa &œur Christine aurait pu prendre le titre de reine.
i. Tortone, en Piëmont, à vingt-quatre kilomètres d'Alexandrie.
maison. Je Tay veue une fort honnorable femme^ et fort aagée ; elFavoil esté gouvernante de son altezze. Elle, sçachant la misère où vivoit ceste paouvre Castellanne, l'envoya quérir, et la fit venir auprès d'elle, et la traicta si bien qu'elle ne sentit plus la disette qu'elle sentoit en France.
Voylà ce que j'ay peu dire sommairement de ceste grand' princesse , et comment, vefve et très-belle, s'est très-sagement conduicte. Il est vray qu'on pourra dire qu'ell'avoit esté mariée un'autre fois avec le duc Sforce. Semon, mais il mourut aussitost, et ne demeurarent pas un an mariez, et elle Ait vefve en l'âge de quinze à seize ans ; et par ce l'empereur, son oncle, la maria avec le duc de Lorraine, pour s'affermir de plus en plus d'alliances; mais elle fut vefve aussi en la fleur de son aage, n'ayant pas jouy de son beau mariage longues années ; et celles qui luy restarent, qui furent les plus belles et plus à priser et mettre en besoigne, elle les fît et consomma en un retiré et chaste vefvage.
Si faut-il que, sur ce subjet, je parle des belles vefves en deux motz, d'une du temps passé, qui est ceste honnorable vefve madame Blanche de Montferrat*, l'une des anciennes maisons d'Italie, qui fut duchesse de Savoye, et la plus belle et la plus parfaite princesse de son temps, et des plus sages et advisées, et qui gouverna aussi bien et si sagement la tutelle de son fîlz et de ses terres, qu'on %eid jamais
I . Blanche , fiUe de Guillaume , marquis de Montferrat , mariëe (i485) à Charles I*', duc de Savoie, qu'elle perdit en 1489; elle mourut le 31 mars 1509.
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dame et mère, estant demeurée vefVe en l'aagede vingtrirois ans.
Ce fut celle qui receut ù homiorablement le petk roy Charles huietiesme> aUant à son royaume de Naples^ en toutes ses terres^ et prinoipallemeot en sa ville de Turin ^ où elle luy fit une fort pompeuse entrée, et où elle^nesme s'y voolut troaTer, et y marcha fort sumptueusement accoustrée; et monstroit qu'elle sentoit bien sa grande dame; car ell'estoit en estât magnifiSque^ habillée d'une grand* robe de dnp d'or frizé^ et toute bordée de gros diamantz, mbis, saffirs^ esmeraudes, et autres riches pierreries. Sa teste estoit entoumée de pareilles et rtdfaes pierreries; à son col elle portoit un carquant ou collier garay de très-grosses parles orientalles qu'on n'eust seeo eibmer, et avoit des Inrasseletz en ses bras tout de mesmes. Ell'estoit montée sur une belle haquenée blanche^ harnachée fort superbemiAit, que six gnods lacquais conduisoyent^ vestoz de drap d'or brocké. Ell'estoit suivie d'une grande bande de damoyselo^ fort richement, mignardemant et proprement lestues à la piedmontoise, qu'il fiiisoit beau voir; après lesquelles venoit une fort grand' troupe de gestAhommes et cavailliers du pals; puis entra et maroh après elle le roy Charles soubz un riche poéfeiet alla descendre au chasteau, où il logea ; et là flftdame de Savoye luy présenta son fîlz à la porte dudict cllasteau^ avant qu'entrer, qui estoit trèsjeune; et puis elle luy fit une très-belle harangue, luy présentant ses terres et ses moyens, tant d'elle (pe de son filz ; ce que le roy receut de très-bon cœur, et l'en remercia bien fort, se sentant fort obligé i
elle. Par toute la viMe on y voyoit l'escu de France et celluy de Savoye, entrelassez d'un grand las d'amour qui lioit les deux esous et les deux ordres, avec ces motz : Sanguinis ardus amor *, ce que dit la Chronique de Swaye.
J'ay ouy dire à aucuns de nos pères et mères, qui le tenoient des leurs qui Tavoient veue , et mesmes madame la sénescballe de Poictou, ma grand' mère, qui estoit lors fille à la court, qui affermoit qu'alors on ne parloit que de la beauté, sagesse et advisement* de cesie princesse, et que tous les courtisans et gallans de la court, quand ilz furent de retour en France de leur voyage, n'en faisoient que parler et entretenir les filles et dames de la court de sa beauté et vertu, et surtout le roy, qui monstroit en aparance en estre au cœur blessé.
Toutesfois, sans ceste beauté, il avoit ocasion grande de la bien aymer ; car elle luy ayda de tous ses moyens qu'elle peut, et se deflBt de toutes ses pierreries, perles et joyaux pour les luy prester et engager où bon luy plairoit', ce qui estoit une très-grande obligation, ear voluntiers les dames portent une trèsgrande affection à leurs pierreries, bagues et joyaux, et voluntiers presteroient et engageroient plustost quelque pièce précieuse de leurs corps que leur richesse de joyaux : je parle d'aucunes et non de toutes. Certes, ceste obligation fut grande; car, sans ceste
i . Étroit amour du sang. — Voyez Paradin , Chronique de Savqye^ liv. III, chap. lxxxv.