‹ Œuvre complètes (volume 2)Chapitre 194 sur 217 · Voyez Pantagrtsel^ liv. Il, chap. xvii · texte numérisé non relu

Voyez Pantagrtsel^ liv. Il, chap. xvii

Une question y a-il que je voudrois qui me fust dissolue ^ en toute vérité et sans dissimulatidn ^ par aucunes dames qui ont fait le voyage; à sçavoir mon, quant elles sont remariées, comment elles se comportent à l'endroit de la mémoire des premiers marys. En cela il y a une maxime : que les dernières amytiez et innimitiez font oublier les premières; aussi les secondes nopces ensepvellissent les premières. Sur quoy j^allégueray un exemple plaisant, mais non de grand lieu; non pourtant qu'il doive estre fort authorisable ny rejetable aussy, si est-ce qu'on dit que, soubz un lieu obscur et vil, encor la sapience et science s'y cache. Une grande dame de Poictou demandant une fois à une païsante, sienne tenancière, combien de marys ell'avoit eu, et comment elle s'en estoit trouvée ; elle, faisant sa petite révérance à la pitaude", luy respondit de sang-froid : « Je cf vous diray, madame : j'ay eu deux marys, la grâce ce à Dieu. L'un s'appelloit Guilhaume, qui estoit le pre- <c mier; et le second s'apelloit Collas. Guilhaume esa toit un bon homme, aisé de moyens, et me traictoit a fort bien ; mais Dieu pardonne à Collas, car Collas ce me le faisoit bien. » Mais elle disoit tout à trac ce qui se commance par f., sans le déguiser ou farder comme je le déguise. Voyez, s'il vous plaist, comme ♦ ceste maraude prioit Dieu pour Tâme du trespassé bon compaignon et fort ribaud, et, s'il vous plaist, sur quel subjet : qu'il la repassoyt si bien ; et du pre*mier, niente. Je pehserois que de mesmes en font plusieurs dames convolantes et revolantes, car, puisg

i. Dissolue, résolue. ^ 2. Pi7aif^, paysan.

qu'elles en viennent là, c'est pour ce grand poLact; et, pour ce, qui le joue le mieux est le plus aymë. Et volun tiers croyent que le second doive faire rage; mais bien souvant aucunes sont trompées, car ilz ne trouvent en leurs boutiques l'assortiment qu'elles y pensoient trouver; ou bien à d'aucuns , s'il y en a, il est si chétif, usé, gasté, flac, foulé, lasche et fripé, qu'on se repent d'y avoir mis son denier; comme j'en ay veu force exemples que je ne veux alléguer.

Nous lisons dans Plutarche*, que Cléomènes ayant espousé la belle Agiatis, famé d'Agis, aprez qu'il fusl mort, d'autant qu'elle estoyt extrême en beauté, en devint fort amoureux . U cognoissoit en elle la grande tristesse qu'elle démenoyt pour son mary premier. Il en eust si grand' compassion qu'il luy en sceut fort bon gré et de l'amour qu'elle portoit à son premier marv, et de Tamyable souvenance qu'elle avoyt de luy; de manière que bien souvant il l'en mettoit luy-mesmes en propos, luy demandant plusieurs choses et particularitez et plaisyrs qui s'estoyent passez entre eux. U ne la guarda pas long-temps, car elle luy mourust, dont il en porta un regret extrême. Plusieurs telz maris en font de mesmes en leur belles famés remariées. II. est temps tantost, si me semble^ de faire fin ou * jamais non.

D'autre dames y a-il qui disent qu'elles ayment mieux leurs derniers marys de beaucoup que les premiers: w D'autant, m'ont-elles dit. aucunes, quête « premiers que nous espousons, le plus souvant nous

1. Plutarque, Jgis et Cléomène, chap. xxiv et u. Cet alinéa a été écrit en marge par Brantôme.

w les prenons par le commandement de nos roys et « reynes maistresses^ par la cohtraincte de nos pères « et mères, parens, tuttew^s, non par la volunté pure « de nous autres : au lieu qu'en nos viduictez, comme « très-bien émancipées^ nous en faisons telle eslec- « tion qu'il nous plaist, et ne les prenons que pour a nos beaux et bons plaisirs, et par amourettes, et à <c nostre gentil contentement. » Certainement il peut avoir là de la raison^ si n'estoit que bien souvant : les amours qui s accommancent par anneaux se finissent par couteaux y ce dit un vieux proverbe ancien, ainsi que tous les jours nous en voyons les expériences et exemples d'aucunes qui, pensans estre bien traictées de leur hommes, qu'elles avoient tirez aucuns de la justice et du gibet, de la paouvretté, de la chétifverie*, du bourdeau, et eslevez, les battoient, rossoient, les traictoient fort mal, et bien souvant leur ostoient la vie; dont en cela c'estoit juste punition divine, pour avoir estées par trop ingrates à leurs premiers mai*ys, qui leur estoient par trop bons, et en disoient pis que pendre. Et ne ressembloient pas une que j'ay ouy racompter, laquelle la première nuict de ses nopces, ainsi que son mary la commançoit à assaillir, elle se mit à plourer et à souspiret bien fort, si bien que tout à un coup elle faisoit deux choses fort contraires, Thyver et l'esté. Son mary lui demanda qu'ell' avoit à s*atrister, et s'il ne s'acquictoit pas bien de son devoir. Elle luy respondit : « Hélas prou! monsieur; mais je me sou- « viens de mon autre mary, qui m'avoit tant prié

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