Chétifverie^ misère
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« et reprié de ne me remarier jamais après sa mon, « et que j'eusse souvenance et pitié de ses pelilz « enfans. Hélas ! je vois bien que j'en aray * encor «c tant de vous. Hé! que fiadray-je? Je croy que s il a me peut voir du lieu où il est maintenant^ il me a maudit bien. » Quel* humeur^ de n'avoir point songé à telles considérations^ ny avoir esté sage, sinon aprèd le coup I Mais le mary l'ayant apaisée et fait passer souvant ceste fantaisie par le trou du miliea; î'endemain matin^ ouvrant la fenestre de sa chambfe; envoya dehors toute la mémoire du mary premier; car, ce disoit un proverbe ancien^ que femme qui enterre un mary ne se soucie plus et en enterrer un autre; et aussi un autre qui dit: Plus de mine en une femme perdant son mary^ que de mélencoUe.
J'ay cogneu un' autre vefVe', grande dame^ bien contraire à ceste-cy, qui ne ploura ainsi ; car, la première nuict et seconde de ses nopces, elle se conjoyst tellement avec son mary second, qu'ilz enfonçarent et rompirent le chaslit, encor qu'ell' eust un' espèce de cancer à un tétin ; et, nonobstant son mal, ne laissa d'un seul poinct son amoureux plaisir, l*entretenant par amprès souvant de la sottise et inhabilité de son premier mary. Aussi, à.ce que j'ay ouy dire a aucons et aucunes, c*est la chose que les seconds marys veulent le moins de leurs femmes, qu'elles les entretiennent de la vertu et valleurs de leurs prani^rs marys, comm' estantz jaloux des paouvres trespasseii qui y songent autant comme de revenir en ce monde: d'en dire mal tant que l'on voudra. Si en a-il fcMPce
\, Aray y auray.^ — 2. Voyez plus haut, p. 260.
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pourtant qui en leur demandent des nouvelles, ainsin que fist Cléomènes; mais^ comme se sentans fort vigoureux etforts^ et fiûsans comparaisons des deux, les interrogent de leurs forces et vigueurs en ces douces charges ; conune j'ay ouy dire à aucuns et aucunes^ lesquelles^ pour leur faire «trouver -meilleur^ leur font accroire que les autres n'estoient qu'aprentitz, dont bien souvant^ elles s'en trouvent mieux. Autres disoient le contraire^ et que les premiers Ëiisoient rages^ affin de &ire efforcer les derniers à faire les asnes desbatés*
Telles femmes veftres seroient bonnes à Tisle de Ghio, la plus belle isle et gentille et plaisante de Levant, jadis possédée des Genevois ^, et despuis trentecinq ans" usurpée par les Turcz, dont c'est un trèsgrand domage et perte pour la du'estienté. En cesle isle donc comme je tiens d'aucuns marchans genevois^ la coustume est que, si une femme veut demeurer en viduité, sans aucun propos de soy remarier, la Seigneurie la contraint de payer un certain prix d'argent, qu'ilz apellent argomoniatiquoy qui vaut autant à dire (sauf l'honneur des dames) c. . reposé et inutille. (Comme* jadis à Sparte, ce dit Plutarque, en la vye de Lysander, estoyt peine establye contre ceux qui ne se marioyent point, ou qui se marioyent trop tard, ou qui se marioyent mal.) Je leur ay demandé» à aucuns de ceste isle de Scio sur quoy ceste coustume pouvoit estre fondée : ilz me respondirent que pour tous-