‹ Œuvre complètes (volume 2)Chapitre 197 sur 217 · La fin de la phrase a été enlevée par le relieur · texte numérisé non relu

La fin de la phrase a été enlevée par le relieur

U ne fut jamais que les Gréez n'eussent tousjours quelques invantions tendantes à la paillardise; comme le temps passé nous lisons de la coustume de l'isle de Cypre, qu'on dit que la bonne dame Vénus, patronne de \sLy introduisit : qu'estoit que les filles de là, qu'elles allassent se pourmenans le long des rivages, costes et orées de la mer, pour gaigner leurs mariages par la libérallité de leurs corps aux mariniers, passans et navigeans, qui descendoient exprès, voire bien souvant se destournoient de leur chemin droit de la boussolle pour prendre la terre, et là, prenans leurs petitz raffreschissemens avecques elles, les payoient très-bien, et puis s'en alloient, les uns à regret pour laisser telles beautez; et par ainsi ces belles filles gaignoient leurs mariages, qui plus qui moins, qui bas qui haut, qui grand qui petit, scelon les beautez, quallitez et tentations des filhaudes.

Aujourd'huy aucunes de nos filles de nos nations chrestiennes ne vont point se pourmener, ny s'exposer ainsi aux ventz, aux pluyes, aux froids, au soleil, aux chaleurs, à la lune, pour acquérir leur mariage, car la peine en est trop laborieuse et trop dure pour leurs tendres et délicates peaux et blanches chamures, mais se font venir trouver soubz des riches pavilhons et dans des pompeuses courtines, et là tirent leurs soldes amoureuses et marytales de leurs amoureux, sans payer aucun tribut. Je ne parle pas des courtisanes de Rome qui en payent, mais de plus grandes qu'elles. Si bien qu'à aucunes, la pluspart du temps, leurs pères, mères et frères n'ont pas grand' peine de chercher argent ny leur en donner pour les marier; ains, au contraire, bien souvant

aucunes y a-il qui en baillent aux leurs, et les adTancent en biens et ehai^es^ en grades et dignitez, ainsi que j'en ay veu plusieurs. Aussi Licurgus^ ordonm que les fiUes vierges fussent mariées sans douaire d'ai^enty à ce que' les hommes les espousassent par leurs vertuz^ non pour l'avarice. Mais quelle vertu estoit-ce? qu'aux bonnes festes solempnelles elles chantoient^ dansoient publicquement toutes nues avec les garçons^ voire luttoient en belle place marchande; ce qui se faisoit pourtant avec toute honnestetéy dit Thistoire' : c'est à sçavoir, et quelle hoDnesteté en tel estât estoit-ce, ces belles filles voir publicquement? D'honnesteté n'y en avoit-il poînl^ mais ouy bien un plaisir pour la veue^ et mesmes en leur mouvement de corps, danser, et encores plus i lutter : et puis quand ilz venoient à tumber l'un sur l'autre^ et comme dit le latin^ illa sub^ ille super; ille sub et illa super , a elle dessoubz^ luy dessus, elle a dessus^ et luy dessoubsV » Et comment me pourroit-on déguiser cela^ qu'il y eust là toute honnesteté en ces filles spartianes? Je croy qu'il n'y a chasteté qui ne s'en esbranlast, et que^ se faisant là en public et de jour les petites attaques, qu'à couvert et de nuict et du rendez-vous les grandz combatz et camisades s'en ensuivissent. Tout cela se pouvoit

1 . Voyez Plutarque, Jpophthegmata laconica^ Lycurgus, di. u.

Page 1