Plutarque, Ljrcurgue, chap. xxix
a soubz l'esclavitude d'un mary, et en reprendre un « autre, que mériterois-je, puisque d'ailleurs, sans a aucun hasard, je me puis donner du bon tem|)s? » A un' autre dame grande, et ma parente (car je ne veux prendre le Turc), luy ayant demandé si elle n'avoit point d'envie de convoiter : « Nenny, me « respondit-elle, mon cousin, mais bien de con- « jouir : » faisant une allusion sur ce mot de eonjouir, comme voulant dire qu'elle vouloit bien faire à son c jouir d'autre chose qu'à un second mary, suivant le proverbe ancien, qui dit qu'// i^^aut mieux ifoller en amours quen mariage : aussi que les femmes sont hostesses partout. Bon celluy-là pour un vieux mot; car elles reçoivent et sont reynes partout; je dis les belles.
J'ay ouy parler d'un' autre qui , luy estant demandé par un gentilhomme qui vouloit tenter le guet pour la pourchasser, et luy demandant si elle ne vouloit point un mary : « Hà! dist-elle, ne me parler « point de mary, je n'en auray jamais plus : mais a avoir amy, je ne dis pas. — Permettez donc, ma- « dame, que je sois cest amy, puisque mary je ne « puis estre. » Elle luy répliqua : « Servez bien, et « persévérez; possible le serez-vous. »
Une belle et honneste vefve, de Paage de trente ans, voulant gaudir* un jour avec un honneste gentilhomme, ou, pour mieux parler, le voulant attirer à l'amour, ainsi qu'elle vouloit monter un jour à cheval, et ayant pris le devant de son manteau qui
i . Gaudir^ folâtrer. — Cet honnête gentilhomme est bien probablement Brantôme.
s'étant acroché à quelque chose et l'avoit un peu deschiré, elle luy dLst : « Voylà ce que vous m'avez « fait, un tel; vous m'avez essarté mon devant. » — a J'en serois bien marry, dist le gentilhomme, ny de « luy avoir fait du mal, car il est trop joUy et trop « beau. » -^a Qu'en sçavez-vous, dist-elle? vous ne a l'avez pas veu. » — « Hé! voulez-vous nier, répliqua tf le gentilhomme, que je ne Taye veu cent fois quand ce vous estiez petite garce, que je vous retroussois et « le voyois à mon aise, comme il me plaisoit? » — (( Âh I dist-elle, il estoit alors un jeune adolescent et tt sbarbat, qui ne sçavoit encor que c'estoit de son a monde. Ast'heure qu'il a mis barbe, il est irrecog- « noi^able et vous le mesconnoistriez. » — « Il est « pourtant, répliqua encor le gentilhomme, en mesme (( lieu qu'il estoit lors, et n a point changé place. Je « croy que je le trouverois en ce mesme endroit. » — « Oui, dist-elle, il est là mesmes, bien que mon mary ce l'ait assez remué et démené, plus que ne fit jamais i« Diogènez son tonneau. » — a Ouy, dist le gentilce homme, mais ast'heure et que peut-il faire sans <c mouvement? » — « Tout ainsi, dist la dame, qu'un ce horeloge qui n'est point monté. » — ce Donnezw vous garde donc, » dist le gentilhomme, « qu'il ne et vous advienne comme aux horeloges que vous alcc léguez, que s'ilz ne sont montez et continuent de (c ne l'estre, leurs ressortz se rouillent par laps de « temps, et puis ne vallent plus rien. » — ce Toutes ce comparaisons, dit la dame, ne sont pas en tout a semblables, car les ressortz de l'horeloge que vous « pensez ne sont point subjelz à aucune rouille, et « sont tousjours bons, ou montez ou à monter, à tel
« temps qu'il pourra arriver. » — ce Ahf pleust à « Dieu, répliqua le gentilhomme, quand ce temps et « ceste heure de le monter arrivera, que j'en peusse a estre le monteur ou l'horelogeur ! » — a Lorsque le « jour et feste en viendra, dist la dame, nous ne la « chaumerons pas, et en fairons un jour ouvrier. Et a Dieu gard' de mal celluy que je n'ayme pas tant Ci que vous. » Et sur ces petitz motz traversez* et picquans jusques au cœur, la dame monta à cheval^ après avoir baisé le gentilhomme d'un bon cœur, et dit : «A Dieu, jusqu'au revoir et à la bonne bopehe! j» Mais le malheur voulut que ceste honneste dame mourut dans six sepmaines, dont il cuida mourir de destresse; car ces motz piquans, avec d'autres d'auparavant, l'avoient mis en tel espoir qu'il s'asseuroit l'avoir gaignée, comme de vray elle l'estoit. Que maudite soit la maie destinée de sa mort, car c'estoit Tune des belles et honnestes femmes qu'on eust sceu voir et qui valoit un péché véniel et mortel! Un' autre belle jeune dame vefVe , luy ayant esté demandé par un honneste gentilhomme, si elle ùisoil le caresme et ne mangeoit point de chair en fiiçon du monde : « Non, » dist-elle. — « Si ay-je veu, dit « le gentilhomme, que vous n'en faisiez point d'es- (( crupule et cpi'en mangiez en ceste saison aussi a bien comm' en l'autre, et crue et cuitte. « — « C'estoit du temps de mon mary, dist-elle, cela; a mais mia viduité m'a refformé et reiglé mon « vivre. » — « Donnez-vous garde, dist le gentilce homme, de jusner tarit, car voluntiers ceux qui se