Cet alinéa a été rajouté en marge par Brantôme
qui eust ceste réputation d'avoyr à fayre avec un More^ le plus laid du monde, qui estoyt son esclave et palefrenier. Mays son estrange avitallement le feysoyt aymer d'elle.
J'ay leu; dans un vieux roman de Jehan de Saintré^^ qui est imprimé en lettre gottique, que le feu roy Jehan le nourrit page. Par Fusance du temps passé; les grands envoyoient leurs pages en message, comme on fait bien aujourd'huy; mais alors aUoîent partout et par pais à cheval : mesmes que j'ay ouy dire à nos pères qu'on les envoyoit bien souvant en pettites embassades; car, en despeschant un page avec un cheval et une pièce d'argent, on en estoit quicte, et autant espargné. Ce petit Jehan de Sainlré (car ainsi l'apelloit-on longtemps) estoit fort aymé de son maistre le roy Jehan, car il estoit tout plein d'esprit, estoit envoyé souvant porter de petitz messages à sa sœur, qui estoit pour lors vefve (le livre ne dit pas de qui ell' estoit vefve). Geste dame en devint amoureuse après plusieurs messages par luy faitz ; et un jour, le trouvant à propos et hors de oompaignie, elle l'araisonna, et se mit à luy demander s'il aymoit point aucune dame de la court, et laquelle lui revenoit le mieux ; ainsi qu'est la coustume de plusieurs dames d'user de ces propos quand elles veulent donner à aucuns la première poincte ou attaque d'amour, comme j'ay veu pratiquer. Petit Jehan
1. V histoire et plaisante cronique du petit Jehan de Saintré^ par Antoine de la Salle, parut pour la première fois à Paris, chez Michel Lenoir, 1517, petit in-f* gothique. Ce roman a été réntprimé un très-grand nombre de fois et entre autres en 1843, in-IS, par M. Guichard.
de Saîntré^ qui n'avoit jamais songé rien moins qu'à Famour, luy dist que non encor; et* luy en alla descouvrir plusieurs^ et ce que luy en sembloit. « Encor moins, » respondit-il, après luy avoir* presché des vertuz et louanges de l'amour. Car, aussi bien de ce temps vieux comme aujourd'huy, aucunes grandes dames y estoient subjectes; car le monde n'estoit pas si fin comm'il est; et les plus fines tant mieux pour elles, qui en faisoient passer de belles aux marys mais avec leurs hypochrisies et naïfvettez. Geste dame donc, voyant ce jeune garçon qui estoit de bonne prise, luy va dire qu'elle luy vouloit donner une maistresse qui l'aymeroit bien, mais qu'il la servist bien; et luy fit promettre, avec toutes les hontes du monde qu'il eut sur le coup, surtout qu'il seroyt secret. Enfin elle se déclaira à luy, et qu'elle vouloit estre sa dame et amoureuse; car de ce temps ce mot de maistresse ne s'usoit. Ce jeune page fiit fort estonné, pensant qu'elle se mocquast ou le voulust faire attraper ou le faire fouetter. Toutesfois elle luy monstra aussitost tant de signes de feu et d'embrasement d'amour et privautez, qu'il cognent que ce n'estoit pas mocquerie : luy disant tousjours qu'elle le vouloit dresser de sa main et le fairoit grand. Tant y a que leurs amours et jouissances durarent longuement, et estant page et hors de page, jusqu'à ce qu'il luy fallut aller à un loingtain voyage, qu'elle le changea en un gros, gras abbé. Et c'est ce conte que vous voyez en les Nous^elles du monde ad^an-