‹ Œuvre complètes (volume 2)Chapitre 204 sur 217 · Cette fin d'alinëa a été écrite en marge par Brantôme · texte numérisé non relu

Cette fin d'alinëa a été écrite en marge par Brantôme

qu'eir avoit ses yeux immobilles, qu'elle ne remuoit nullement. « Pensez, dist-elle, que toute sa curiosité oc est à mettre son mouvement au reste de son corps, « et mesmes à celluy du mitan, sans le renvoyer à « ses yeux, jd

Or, si vouloîs mettre par escrit et tous les bons motz et bons contes que je sçay pour bien empliffier ce subjet, je n'aurois jamais fait. Et d'autant que j'ay d'autres pris à faire, je m'en désiste, et coneluray avec Bocace, cy-dessus allégué: que, et filles et mariées et vefves, au moins la plus grand* part, tendent toutes à Famour. Je ne veux point parler des personnes viles, ny de champs, ny de villes, car telle n'a point esté mon intention d'en escrire, mais des grandes, pour lesquelles ma plume voile. Toutesfois, si au ^Tay on me demandoit mon opinion, je dirois voluntiers qu'il n'y a que les mariées, tout hasard et danger des marys à part, pour estre propres à l'amour et en tirer prestement l'essence; car les marys les eschauffent tant que , à mode d'une fournaise qui est souvant bien embrasée et attisée, elle ne demande que de la matière, de l'eau et du bois ou charbon pour entretenir tousjours sa challeur; et aussi qui se veut bien servir de la lampe, il y faut mettre souvant de l'huylle; mais aussi garde le jarret*, et les embusches de ces marys jaloux où les habilles bien soovant y sont attrapez !

Toutesfois il y faut aller le plus sagement que l'on peut et le plus hardiment aussi, et faire comme ce

1 . Allusion aa fameux coup de Jarnac qui causa la mort de la Chastaigneraie.

DES DAMES. 71 i

grand roy Henry S lequel, comme il estoit fort subjel à l'amour et fort aussi respectueux aux dames, et discret, et par conséquent bien aymé et reçeu d'elles, quand quelquesfois il changeoit de lict et s'alloit coucher en celluy d'un' autre dame qui Tattandoit^ ainsi que je tiens de bon lieu^ jamais n y alloit^ et fust*ce en ces galleries cachées de Sainct-Germain, Blois et Fontainebleau, et petitz degrez eschapatoires, et recoings, et galletas de ses chasteaux, qu'il n'eust son vallet de chambre favory, dit Griftbn, qui portoit son espieu devant luy avecques le flambeau, et luy après, son grand manteau devant les yeux ou sa robe de nuîct, et son espée soubz le bras; et estant couché avec la dame, se faisoit mettre son espieu et son espée auprès de son chevet, et Griffon à la porte bien fermée, qui quelquesfois faisoit le guet et quelquesfois dormoit. Je vous laisse à penser, si un grand roy prenoit si bien garde à soy (car il y en a heu d'attrapez, et des roys et de grands princes, tesmoingt le duc de Fleurance Allexandre*, de nostre temps), ce que les petitz compaignons auprès de ce grand doivent faire. Mais il y a de certains présumptueux qui dédaigiient tout; ainsi sont-ilz bien attrapez souvant.

J'ay ouy conter que le roy François, ayant en main une fort belle dame • qui luy a longtemps duré, allant un jour inopiné à ladite dame, et à heure inopinée

i . Brantôme avait d'abord écrit : « comme un grand roy que je sçay. »

Page 1