Lisez: Remiremont
Prudentius les blasme fort qu'elles alloient parmy la ville dans des coches fort superbes^ ainsi si bien vestuesy aux amphitéaslres voir les jeux des gladiateurs et combatans à outrance entr'eux^ et des bestes sauvages^ comme prenant grand plaisir à voir ainsi les hommes s'entre-tuer et respandre le sang; et pour ce il suplie l'empereur d'abollir ces sanguinaires combatz et si pitoyables spectacles. Ces vestales^ certes, ne dévoient voir telz jeux : mais pouvoient-elles dire aussi : « Par faute d'autres jeux plus (( plaisantz^ que les autres dames voyent et prati- « quent, nous pouvons nous contenter en ceux-cy. » Quand à la condiction de plusieurs vefves, il y en a aussi plusieurs qui ayment de mesmes que ces filles^ ainsi que j'en ay cogneu aucunes^ et autres qui ayment mieux s'esbatre avecques les hommes en cachette, et en toute leur planière volunté, que leurs estant subjettes par mariages, et pour ce, quand on en void aucunes garder longuement leurs viduitez, il ne les en faut pas tant louer, comme l'on diroit, jusques à ce que Ton sçache leur vie, et emprès, selon que l'on l'a descouverte, les en haut louer ou mespriser ; car une femme, quand elle veut desplier ses espritz, comme on dit, est terriblement fine, et mènera l'homme vendre au marché sans qu'il s'en prenne garde ; et, estant ainsi fine, elle sçait si bien ensorceller et esblouyr les yeux et les pensées des hommes, qu'ilz ne peuvent jamais guières bien cognoistre leur vie ; car telle prendra-on pour une prude femme et confite en sapience, qui sera une bonne putain, et jouera son jeu si bien à poinct et si à couvert, qu'on n'y cognoistra rien.
J'ay ^ cognu une grand' dame qui ha demeuré veofire plus de quarant* ans, se faisant estimer la plus âme de bien du pays et de la court ^ mcays soUo cwerto c'estoyt une bonne putain; et en avo3rt .entretenu a gentimant le mestier l'espace de cinquante-^nq ans, et fille, et mariée, et veufVe, et si excortemant et finemant qu'on ne s en est guières âperceu encor en laage de soixante-dix ans qu'elle mourust. Elle hy soyt yaloyr sa pièce comm* estant |fame, laquelle ime foys, estant jeune veufVe, vint à estré amoureuse d'un jeune gentilhomme, et ne lé pouTant alraper^ un jour des Innocens vmt en sa chambre pour les luy donner'; mays le gehtilhomkne les k^ donna fort aysément^ d'autre chose que de verges* EJle endura. . . . \ Elle en Êtysoitbien d'autres.
J*ay cognu un' autre dame veufve qui guarda sa vuidlté sinquante ans et toujours en paillardant galantemaoal ^req modestie très-sage^ et avéq plusieiirs à diverses foys. Ënfin^ venant à mourir, un qu ell' avoyt aymé douz* ans^ et heu un fîiz de luy à cachète, elle n'en fait grand cas^ jusques à le désavouer. N'est-ce pas pour venyr à mon dyre que ne faut louer tant aucunes veufves qu'on ne sçache leur vye et leur fin? Or je n'aurois jamais fait. Faisons fin.
Je sçay bien que plusieurs me pourront dire que j'ay obmis plusieurs bons motz et contes qui eussent
i. Ce paragraphe et le suivant ont ëtë écrits en marge par Brantôme.
2. Autrefois dans quelques provinces, le jour des Inmxertts^ on avait la coutume d'aller surprendre au Ht les paresseux pour les fouetter.