‹ Œuvre complètes (volume 2)Chapitre 22 sur 217 · Soi» bourre^ nous dirions aujourd'hui sous cape · texte numérisé non relu

Soi» bourre^ nous dirions aujourd'hui sous cape

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m A %mL. n h&ê tmes dmoymt ; « YoUà de belles ero« • teaqnes ! » Les autres : « Voilà de plaisantes momir merîes i » les unes disoyent : « Voilà de beaux ima* « gesl » Les autres : « Voilà de beaut miroirs ! » Les unes disoyent : a L*orfèvre estoit bien à loisir de s'air muser à faire ees fadèzes ! » les autres disoyent : m Et Tous^ monsieur, eneor plus d'avoir acheplé ce « beau hanap. » Aux unes on demandoit si elles sentoyent rien qui les picquast au mitant du corps pour eela; elles respondoyent que nulle de ces drolleries y aroit eu pouvoir pour les picquer. Aux autres on demandoit si elles n'aroyent point senty le vin chaut, et qu'il les eust eschaufiees^ encor que ce fust en hyver; elles respondoyent qu'elles n'avoyent garde, ear elles avoyent beu bien froid, qui les avoît bien rafraisehies. Aux unes on demandoit quelles images de toutes celles elles voudroyent tenir en leur lict; elles respondoient qu'elles ne se pouvoyent oster de là pour les y transporter.

Bref, cent mille brocards et sornettes sur ce subjeet s'entredonnoient les gentilshommes et dames ainsi à table, comme j'ay veu, que c'estoit une trèsplaisante gaiifl0iNrîe, et chose à veôr et ouïr; mais sur* tout, à mon gré, le plus el le meilkur estoit à contempler ces fîUet ianooeiiles, ou qui feignoyent l'estre, et autres dames nouyellement venues, à tenir leur inioe froide^ riante du bout du nez et des lèvres, ou à se contraindre et faire deà hypocrites, comme plusieurs dames en faisoyent de mesme. Et notez que, qi^and elles eussent, deu mourir de soif^ les sommelliers n'eussent osé leur donner à boire en ime autre coupe ny verre. Et, qui plus est, juroyent

kS DES DAMES.

aucunes, pour foire bon minois, qu'elles ne tourneroyent jamais à ces festins; mais elles ne laissoient pour cela à y tourner souvent, car ce prince estoit très-splendide et friand. D'autres disoyent, quand on les convioit : a J'iray, mais en protestation qu'on cr ne nous baillera point à boire dans la coupe ; » et quand elles y estoient, elles y beuvoient plus que jamais. Enfin elles s'y avezarent* si bien qu'elles ne firent plus de scrupule d'y boire; et si firent bien mieux aucunes, qu'elles se servirent de telles visions en temps et lieu ; et, qui plus est, aucunes s'en desbauchèrent pour en faire l'essay ; car toute personne d'esprit veut essayer tout.

Voilà les effets de cette belle coupe si bien historiée. A quoy se faut imaginer les autres discours, les songes, les mines et les paroles que telles dames disoyent et faisoyent entre elles, à part ou en compagnie.

Je pense que telle coupe estoit bien différente à celle dont parle M. de Ronsard en lune de ses premières odes", desdiée au feu roy Henry, qui commence ainsi :

0)mme un qui prend une couppe, Seul honneur de son trésor, Et de rang verse à la troupe Du vin qui rit dedans for.

Mais en ceste coupe le vin ne rioit pas aux per-

1. S*x avezarent. Les prëcëdenles éditions portent toutes sy accoutumèrent ^ ce qui est la traduction du verbe italien ji Fezzar que Brantôme a francisé.

2. C'est la deuxième ode du livre II. Elle est dédiée à Henri II.

sonnes^ mais les personnes au vin : car les unes beuvoyent en riant^ et les autres beuvoyent en se ravissant; les unes se compissoyent en bëuvant, et les autres beuvoyent en se compissant; je dis, d'autre chose que de pissat.

Bref, cette coupe faisoit de terribles effets , tant y estoyent pénétrantes ces images, visions et perspectives : dont je me souviens qu'une fois, en une gallerie du comte de Chasteau-Yilaîn, dit le seigneur Adjacet ^, une trouppe de dames avec leurs serviteurs estant allé voir cette belle maison , leur veue s'addressa sur de beaux et rares tableaux qui estoyent en ladicte gallerie. A elles se présenta un tableau fort beau, où estoyent représentées force belles dames nues qui estoyent aux bains, qui s'entre-touchoient, se palpoyent, se manioyent, et frottoyent, s'entremesloyent, se tastonnoyent , et, qui plus est, se faisoyent le poil tant gentiment et si proprement en monstrant tout, qu'une froide recluse ou hermite s'en fust eschauffée et esmeue ; et c'est pourquoy une dame grande, dont j'ay ouy parler et cogneue, se perdant en ce tableau, dit à son serviteur, en se tournant vers luy comme enragée de cette rage d'a-

i . L. di Ghiaceti , dit Adjacet , Diacet ou Dadjacète (il signait ainsi}, Florentin qui, enrichi dans les affaires de finances, acheta le comté de Giâteauvillain en 1578 , et, comme nous l'avons dit (tome II , p. 23), épousa Anne d'Aquaviva, fille du duc d'Atri. 11 s'était fait construire, près des Blancs-Manteaux, une superbe maison où il recevait souvent Henri III et où se trouvait la galerie dont parle Brantôme et à laquelle se rapporte peut-être une description donnée dans risle des Hermaphrodites. Voyez TEstoile , éët. de i 743, tome III, p. 37. — Il y a diverses lettres de lui dans les mss. 3620 et 3621 du fonds français.

mour : « C'est trop demeuré icy : montons en carosse a promptement^ et allons en mon logis , car je ne « puis plus contenir cette ardeur; il la faut aller esa teindre : c'est trop bruslé. » Et ainsi partit^ et alla avec son serviteur prendre de cette bonne eau qui est si douce sans sucre ^ et que son serviteur luy donna de sa petite burette- Telles peintures et tableaux portent plus de nuisance à une âme fragile qu'on ne pense; comme en estoit un là à mesme^ d*une Vénus toute nue^ couchée et regardée de son fils Cupidon; l'autre^ d'un Mars couché avec sa Vénus; l'autre d'une Laeda couchée avec son signet Tant d'autres y a-il^ et là et ailleurs^ qui sont un peu plus modestement peints et voilez mieux que les figures de l'Aretin; mais quasy tout vient à un*, et en approchent de nostre coupe dont je viens de parler^ laquelle avoit quasi quelque simpatie par antinomie^ de la couppe que trouva Renault de Montauban en ce chasteau dont parle l'Arioste*, laquelle à plein descouvroit les pauvres cocus j et cette-cy les faisoit; mais l'une portoit un peu trop de scandale aux cocus et leurs femmes infidèles^ et cette-cy point.

Aujourd'hui n'en est besoin de ces livres ny de ces peintures, car les marys leur en apprennent prou : et voilà que servent telles escholes de marys I

J'ay cogneu un bon imprimeur vénétien à Paris, qui s'appelloit messer Bernardo, parent de ce grand

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