Esclavitude^ esclavage; de l'italien schiavitudine
vouloit tousjours garder le dessus et la prééminence. Et ce qui faisoit bon pour elle en cela , c'est que jamais ne voulut s'adonner à un plus grand que soy^ de peur qu*usant de son autorité et puissance^ luy pust donner la loy, et la pust tourner^ virer et fouler, ainsi qu il luy eust pieu ; mais ^ en cela , choisissoit ses égaux et inférieurs, auxquels elle ordonnoit leur rang, leur assiete^ leur ordre et forme de combat amoureux^ ne plus ne moins qu^un sergent majour à ses gens le jour d'une bataille; et leur commandoit de ne l'outrepasser, sur peine de perdre leurs pratiques^ aux ims son amour^ et aux autres la vie; si que debout ou assis^ ou couchez, jamiais ne se purent prévaloir sur elle de la moindre humiliation^ ny submission, ny inclination, qu'elle leur eust rendu et preste. Je m'en rapporte au dire et au songer de ceux et celles qui ont traitté telles amours, telles postures, assietes et formes.
Cette dame pouvoit ordonner ainsi, sans qu il y allast rien de son honneur prétendu, ny de son cœur généreux offensé; car, à ce que j'ay ouy dire à aucuns praticqs, il y avoit assez de moyens pour faire telles ordonnances et pratiques.
Voilà une terrible et plaisante humeur de femme, et bizarre scrupule de conscience généreuse. Si avoitelle raison pourtant; car c'est une fasoheuse souffrance que d'estre subjuguée, ployée, foullée, et mesmes quand l'on pense quelquefois à part soy, et qu'on dit : « Un tel m'a mis sous luy et foulé », par manière de dire, sinon aux pieds, mais autrement : cela vaut autant à dii*e.
Cette dame aussi ne voulut jamais permettre que
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ses inférieurs la baisassent jamais à la bouche^ « d'au- « tant^ disoit-elle, que le toucher et le tact de bouc che à bouche est le plus sensible et précieux de a tous les autres touchers^ fust de la main et autres « membres^ » et pour ce^ ne vouloit estre alleinée^, ny sentir à la sienne une bouche salle^ orde et nompareille à la sienne.
Or, sur cecy, c'est une autre question que j'ay veu traitter à aucuns : quel advantage de .gloire a plus grand sur son compagnon, ou l'homme ou la femme^ quand ils sont en ces escarmouches ou victoires vénériennes?
L'homme alloue pour soy la raison précédente : que la victoire est bien plus grande quand l'on tient sa douce ennemie abattue sous soy^ et qu'il la subjugue, la supédite* et la dompte à son aise et comme il luy plaist; car il n'y a si grande princesse ou dame^ que^ quand elle est là, fust-ce avec son inférieur ou inégal, qu'elle n'en souffre la loy et la domination qu'en a ordonné Vénus parmy ses statuts; et^ pour ce, la gloire et Fhonneur en demeure très-grande à l'homme.
La femme dit : a Ouy, je le confesse, que vous « vous devez sentir glorieux quand vous me tenez « sous vous; et me suppéditez ; mais aussi , quand il < me plaist, s*il ne tient qu'à tenir le dessus^ je le « tiens par gayeté et une gentille volonté qui m'en «prend, et non pour une contrainte. Davantage, « quand ce dessus me déplaist, je me Êûs .servir à