‹ Œuvre complètes (volume 2)Chapitre 28 sur 217 · Suppédiur mettre sous les pieds ; de TitaKen suppeditare · texte numérisé non relu

Suppédiur mettre sous les pieds ; de TitaKen suppeditare

« VOUS comme d'un esclave ou forçat de gallère^ ou^ a pour mieux dire^ vous fais tirer au collier comme « un vray cheval de charrette, et vous travaillant, (( peinant, suant, halletant, efforçant à faire les cource vées et efforts que je veux tirer de vous, Cepen- « dant , moy, je suis couchée à mon aise , je vois « venir vos coups ; quelquefois j'en ris et en tire mon a plaisir à vous voir en telles altères; quelquesfois « aussi je vous plains, selon ce qui me plaist ou que n j'en ay de volonté ou pitié; et après en avoir en « cela très-bien passé ma fantaisie , je laisse là mon « gallant, las, recreu, débilité, énervé, qu'il n'en K peut plus, et n'a besoing que d'un bon repos et de ff quelque bon repas, d'un coulis, d'un restaurent <c ou de quelque bon bouillon conforta tif. Moy, <c pour telles courvées et tels efforts, je ne m'en sens « nullement, sinon que très-bien servie à vos desii pens, monsieur le gallant, et n'ay autre mal sinon <c de souhaiter quelque autre qui m'en donnast au- (c tant, à peine de le faire rendre comme vous : et, (( par ainsi, ne me rendant jamais, mais faisant rena dre mon doux ennemy, je rapporte la vraye vic- <c toire et la vraye gloire, d*autant qu'en un duel <K celuy qui se rend est déshonnoré, et non pas celuy €c qui combat jusques au dernier poinct de la mort, d Ainsi que j'ay ouy conter d'une belle et honneste femme, qui ime fois, son mary l'ayant esveillée d'un profond sommeil et repos qu'elle prenoit, pour faire cela, après qu'il eut fait elle lui dit : « Vous avez fait « et moy non. » Et, parce qu'elle estoit dessus luy, elle le lia si bien de bras, de mains, de pieds et de ses jambes entrelassées : a Je vous apprendray à ne

« m'esveiller une autre fois; » et^ le démenant secouant et remuant à toute outrance, son mary qui estoit dessous, qui ne s'en pouvoit défaire et qui suoit^ ahannoit et se lassoit, et crioyt mercy^ elle le luy fil faire une autre fois en despit de luy, et le rendit si las^ si aténué et flac, qu'il en devint hors d'aleine et luy jura un bon coup qu'une autre fois il la prendroit à son heure ^ humeur et apétit. Ce conte est meilleur à se Timaginer et représenter qu'à fescrire.

Voilà donc les raisons de la dame avec plusieurs autres qu'elle pût alléguer.

Encore l'homme réplique là-dessus : « Je n'ay point ff aucun vaisseau ni baschot comme vous avez le « vostre, dans lequel je jette un gassouil de pollution « et d'ordure (si ordure se doibt appeller la semence c humaine jettée par mariage et paillardise)^ qui vous a salit et vous y pîsse comme dans un pot. — Ouy, a dit la dame; mais aussitost ce beau sperme^ que c vous autres dites estre le sang le plus pur et net ff que vous avez^ je le vous vais pisser incontinent c et jetter ou dans un pot ou bassin^ ou en un ret trait, et le mesler avecques une autre ordure trèsc puante et salle et vilaine; car de cinq cens coups < que l'on nous touchera^ de mille^ deux mille^ trois « mille, voire d'une infinité^ voire de nul, nous n'en- « groissons que d'un coup, et la matrice ne retient « qu'une fois ; car si le sperme y entre bien et y est t bien retenu^ celuy-là est bien logé, mais les autres « fort sallaudement nous les logeons comme je viens « de dire. Voilà pourquoi il ne faut se vanter de > nous gazouiller de vos ordures de sperme ; car,

« outre celuy-là que nous concevons, nous le jettons « et rendons pour n'en faire pluâ de cas aussitost « que l*avons receu et qu'il ne nous donne plus de a plaisir, et en sommes quittes en disant : Monsieur a le potagier, voilà vostre.brouet que je vous rends^ H et le vous claque là; il a perdu le bon goust que « vous m'en avez donné premièrement. Et notez que ff la moindre bagasse en peut dire autant à un grand « roy ou prince, s'il l'a repassée; qui est un grand « mespris, d'autant que l'on tient le sang royal pour « le plus précieux qui soit point. Vrayment il est ce bien gardé et logé bien précieusement plus que « d'un autre ! »

Voilà le dire des femmes; qui est un grand cas pourtant qu'un sang si précieux se pollue et se contamine ainsi si sallaudement et vilainement; ce qui estoit défendu en la loy de Moysé , de ne le nullement prostituer en terre; mais on fait bien pis quand on le mesle avecques de l'ordure très-orde et salle.

Encor, si elles faisoyent comme un grand seigneur dont j'ay ouy parler, qui, en songeant la nuict, s'estant corrompu parmy ses linceuls, les fit enterrer, tant il estoit scrupuleux, disant que c'estoit un petit enfant provenu de là qui estoit mort, et que c'estoit dommage et une très-grande perte que ce sang n'eust esté mis dans la matrice de sa femme, dont possible l'enfant fust esté en vie.

Il se pouvoit bien tromper par là, d'autant que de mille habitations que le mary fait avec la femme l'année, possible, comme j'ay dit, n'en devient-elle grosse, non pas une fois en la vie, voire jamais, pour aucunes femmes qui sont brehaignes et stériles,

et ne conçoivent jamais; d'où est venu l'erreor d'aucuns mescréans^ que le mariage n'avoit esté institué tant pour la procréation que pour le plaisir; ce qui est mal creu et mal parlé, car^ encor qu'une femme n'engroisse toutes les fois qu'on l'entreprend, c'est pour quelque volonté de Dieu à nous occulte, et qu'il en veut punir et mary et femme, d'autant que la plus grande bénédiction que Dieu nous puisse envoyer en mariage, c'est une bonne lignée, et non par concubinage; dont il y a plusieurs femmes qui prennent un grand plaisir d'en avoir de leurs amans, et d'autres non; lesquelles ne veulent permettre qu'on leur lasche rien dedans, tant pour ne supposer des en&ns à leurs marys qui ne sont à eux, que pour leur sembler ne faire tort et ne les faire cocus si la rosée ne leur est entrée dedans, ny plus ny moins qu'un estomach débile et mauvais ne peut estre offensé de sa personne pour prendre de mauvais et indigestifs morceaux, pour les mettre dans la bouche, les mascher et puis les cracher en terre.

Aussi, par le mot de cocu, porté par les oyseaux d'avril, qui sont ainsi appelez pour aller pondre au nid des autres, les hommes s'appellent cocus par antinomie', quand les autres viennent pondre dans leur nid, qui est dans le cas de leurs femmes, qui est autant à dire leur jetter leur semence et leur Étire des enfans.

Voilà conmie plusieurs femmes ne pensent faire

i. Aminomie^ lisez : aniononutsie. Ce dernier mot désigne en ^et la figure de rhétorique par laquelle on met un nom commun ^ la place d*un nom propre.

faute à leurs marys pour mettre dedans et s'esbaudir leur saoul, mais qu'elles ne reçoivent point de leur semence; ainsi sont-elles conscientieuses de bonne façon : comme d'une grande dont j'ay ouy parler, qui disoit à son serviteur : « Esbattez-vous tant que a vous voudrez, et donnez-moy du plaisir; mais, sur <c vostre vie, donnez- vous garde de ne m'arrouser (c rien là dedans, non d'une seule goutte, autrement « il vous y va de la vie. » Si bien qu'il falloit bien que l'autre fust sage, et qu'il espiast le temps du mascaret quand il devoit venir.

J'ay ouy faire un pareil conpte au chevallier de Sanzay * de Bretagne, un très-honnesle et brave gentilhomme, lequel, si la mort n'eust entrepris sur son jeune aage, fust esté un grand homme de mer, comme il avoit un très-bon commencement : aussi en portoit-il les marques et enseignes , car il avoit eu un bras emporté d'un coup de canon en un combat qu'il fit sur mer. Le malheur pour luy fut qu'il fut pris des corsaires, et mené en Alger. Son maistre, qui le tenoit esclave, estoit le grand prestre de la mosquée de là, qui avoit une très- belle femme qui vint à s'amouracher si fort dudict Sanzay, qu'elle luy commanda de venir en amoureux plaisir avec elle, et qu'elle luy feroit très-bon traittement, meilleur qu'à aucun de ses autres esclaves; mais surtout elle luy commanda très-expressément, et sur la vie, ou une prison très-rigoureuse, de ne lancer en son corps

4 . René de Sanzay, chevalier de Tordre, chambellan du roi, etc., eut quatre fils : Renë, Christophe, Claude et Charles, tous chevaliers de Tordre. Je ne sais auquel des trois derniers se rapporte Thistoire racontée par Brantôme.

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une seule goutte de sa semenee, d'autant^ disoit-elle^ qu'elle ne vouloit nullement estre polluée et contaminée du sang chrestien, dont elle penseroit offenser grandement et sa loy et son grand prophète Mahommet; et de plus luy commanda qu'encor qu'elle fust en ses chauds plaisirs^ quand bien elle luy commanderoit cent fois d'hazarder le paquet tout à trac, qu'il n'en fist rien, d'autant que ce seroit le grand plaisir duquel elle estoit ravie qui le luy feroit dire, et non pas la volonté de l'âme.

Ledict Sanzay, pour avoir bon traittement et plus grande liberté, encor qu'il fust chrestien, ferma les yeux pour ce coup à sa loy; car un pauvre esclave rudement traitté et misérablement enchaisné peut s'oublier bien quelques fois. Il obéit à la dame, et fut si sage et si abstraint à son commandement qu'il commanda fort bien à son plaisir; et moulloit au moulin de sa dame tousjours très-bien, sans y faire couUer d'eau; car, quand l'escluse de l'eau vouloit se rompre et se déborder, aussitost il la retiroit, la resserroit et la faisoit ébouler où il pouvoit; dont cette femme l'en ayma davantage, pour estre si abstraint à son estroit commandement, encor qu'elle lui criast : « Laschez, je vous en donne toute périt mission I » mais il ne voulut onc, car il craignoit d'estre battu à la turque, comme il voyoit ses autres compagnons devant soy.

Voilà une terrible humeur de femme; et pour ce il semble qu'elle faisoit beaucoup, et pour son âme qui estoit turque, et pour l'autre qui estoit chrestien, puisqu'il ne se deschargeoit nullement avec elle : si me jm*a-il qu'eu sa vie il ne fut en telle peine.

Il m'en fit un autre compte^ le plus plaisant qu'il est possible^ d'un traict qu'elle luy fit; mais d'autant qu'il est trop salbud je m'en tairay, de peur d'offenser les oreilles ehastes.

Du depuis lediet Chanzay fut rachepté par les siens^ qui sont gens d'honneur et de bonne maison en Bretagne, et qui appartiennent à beaucoup de grands^ comme à M. le connestable qui aimoit fort son frère aisné^ et qui luy ayda beaucoup à cette délivrance, laquelle ayant eue, il vint à la cour, et nous en conta fort à M. d'Estrozze et à moy de plusieurs choses, et entre autres il nous fit ces comptes.

Que dironsrnous maintenant d'aucuns marys qui ne se contentent de se donner du contentement et du plaisir paillard de leurs femmes, mais en donnent de l'appétit, soit à leurs compaignons et amys, soit à d'autres? Ainsi que j'en ay cogneu plusieurs qui leur louent leurs femmes, leur disent leurs beautez, leur figurent leurs membres et partyes du corps, leur représentent leurs plaisirs qu'ils ont avec elles, et leurs foUâtreries dont elles usent envers eux, les leur font baiser, toucher, taster, voire voir nues.

Que méritent-ils ceux-là? sinon qu'on les face cocus bien à point, ainsi que fit Gigès, par le moyen de sa bague', au roy Candaule, roy des Lydiens, lequel, sot qu'il estoit, luy ayant loué la rare beauté de sa femme, comme si le silence luy faisoit tort et

i . L'histoire de l'anneau magique de Gygès est racontée pour la première fois dans le deuxième livre de la République de Platon. Cicéron y a fait allusion, dans son De ofpciis, liv. lil, chap. ix. •— Quant à l'histoire de Candaule, elle se trouve dans Hérodote, liv. I, chap. Yiu et suivants.

dommage, et puis la luy ayant monstrée toute nue^ en devint si amoureux qu'il en jouit à son gré, et le fit mourir, et s'impatronisa de son royaume. On dit que la femme en fut si désespérée pour avoir esté représentée ainsi , qu'elle força Gigès à ce mauvais tour, en luy disant : o Ou celuy qui t'a pressé et conir seillé de telle chose, faut qu'il meure de ta main, V ou toy, qui m'as regardée toute nue, que tu meures c de la main d'un autre. » Certes, ce roy estoit bien de loisir* de donner ainsi appétit d'une viande nouvelle, si belle et bonne, qu'il devoit tenir si chère.

Louis, duc d'Orléans, tué à la porte Barbette, à Paris *, fit bien au contraire (grand débauscheur des dames de la cour, et tousjours des plus grandes); car, ayant avec luy couché une fort belle et grande dame, ainsi que son mary ^vint en sa chambre pour luy donner le bonjour, il alla couvrir la teste de sa dame, femme de l'autre, du linceul, et luy descouvrit tout le corps, luy faisant voir tout nud et toucher à son bel aise, avec défense expresse sur la vie de n'oster le linge du visage, ny la descouvrir aucunement, à quoy il n'osa contrevenir, luy demandant par plusieurs fois ce qui luy sembloit de ce beau corps tout nud : l'autre en demeura tout esperdu et grandement satisfait. Le duc luy bailla congé de sortir de la chambre, ce qu'il fit sans avoir jamais pu cognoistre que ce fust sa femme.

S'il Teust bien veue et recogneue toute nue, comme plusieurs que j'ay veu, il l'eust cogneue à plusieurs

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