Il y a dans le manuscrit bucieco
3. Quand messire Bernard le jeune bœuf est en colère et en rage, 0 n'ëcoute rien et n'épargne aucune dame.
4. Surost^ suros, tumeur qui se forme à la jambe du cheral, — Malandre^ crevasse aux genoux d'un cheval.
(S) ^bxxo c^xz-^o '^^o->'> vv;»\ cc'i^'vi^\»o
92 DBS DAMES.
accommoderoit bien d'autres qui le méritent mieux qu^eux, comme ces maquignons cjùi se défont de leurs chevaux tarez, ainsi qu'ils peuvent; mais ceux qui en sçavent les sys, ne s'en pouvant défaire autrement , les donnent à ces messieurs qui n'en sçavent rien; d^autant (ainsi que j'ay ouy dire à plusieurs pères) que c'est une fort belle défaitte que d'une fille tarée, ou qui le commence à Testre, ou a envie en apparence de Pestre.
Que je connois de filles de par le monde qui n^ont pas porté leur pucelage au lict hyménéan, mais pourtant qui sont bien instruites de leurs mères, ou autres de leurs parentes et amyes, très-sçavantes maquerelles, de faire bonne mine à ce premier assaut ; et s^aydent de divers moyens et inventions avec des subtilitez, pour le faire trouver bon à leurs marys et leur monstrer que jamais il n'y avoit esté fait brèche. La plus grand^ part s'aydent à faire une grande résistance et deffense à cette pointe d'assaut, et à faire des opiniastres jusques à l'extrémité : dont il y a aucuns marys qui en sont très-contents, et croyent fermement qu'ils en ont eu tout l'honneur et fait la première pointe, comme braves et déterminez soldats; et en font leurs contes l'endemain matin qulls sont crestez comme petits cocqs ou joletz qui ont mangé force millet le soir, à leurs compagnons et amis, et mesmes, possible, à ceux qui ont les premiers entré en la forteresse sans leur sceu , qui en rient à part eux leur saoul et avec les femmes leur maistresses , qui se vantent d'avoir bien ioué leur jeu et leur avoir donné belle.
U y a pourtant aucuns marys ombrageux qui pren-
nent mauvais augure de ces résistances, et ne se contentent point de les voir si rebelles; comme un que je sçay, qui, demandant à sa femme pourquoy elle faisoit ainsi de la farousche et de la difficultueuse, et si el|e le desdaignoit jusques-la, elle, luy pensant faire son excuse et ne donner la faute à aucun desdain, luy dit c[u*elle avoit peur qu*il luy fît mal. Il iuy respondit : « Vous l'avez donc esprouvé, car nul ir mal ne se peut connoistre sans Favoir enduré? » Mais elle, subtile, le niant, réplicqua qu'elle l'avoit ainsi ouy dire à aucunes de ses compagnes qui avoient esté mariées, et l'en avoyent ainsi advisée. « Voilà de beaux advis et entretiens, « dit-il.
Il y a un autre remède dont ces femmes s*advisent, qui est de monstrer le lendemain de leurs nopces leur linge teint de gouttes de sang qu'espandent ces pauvres filles à la charge dure de leur despuceflement, ainsi que l'on fait en Espagne, qui en monstrent publiquement par la fenestre ledict linge, en criant tout haut : « Virgen la tenemos. Nous la tenons pour •c vierge. »
Certes, encor ay-je ouy dire, dans Viterbe cette coustume sV observe tout de mesme. Et d'autant que celles qui ont passé premièrement par les piques ne peuvent faire cette monstre par leur propre sang, elles se sont ad visées , ainsi que j'ay ouy dire, et que plusieurs courtisannes jeunes à Rome m^ l'ont asseuré elles-mesmes, pour mieux vendre leur virginité, de teindre ledict linge de gouttes de sang de pigeon, qui est le plus propre de tous : et le lendemain le mary le voit, qui en reçoit un extresme contentement,'et croit fermement que ce soit du sang virgi-
94 DBS DABfES.
nal de sa femme; et luy semble bien que c'est un gallant^ mais il est bien trompé.
Sur quoy je feray ce plaisant conte d'un gentilhomme, lequel ayant eu l'esguillette nouée la première nuict de ses nopces, et la mariée j qui n'estoit pas de ces pucelles très-belles et de bonne part, se doutant bien qu'il deust faire rage^ ne faillit, par ladvis de ses bonnes compagnes^ matrosnes, parentes et bonnes amies^ d'avoir le petit linge teint : mais le malheur fut tel pour elle, que le mary fut tellement noué qu'il ne put rien faire, encor qu'il ne tint pas à elle à luy en faire la monstre la plus belle et se parer au montoir le mieux qu'elle pouvoit, et au coucher beau jeu, sans faire de la Êirouche ny nullement de la diablesse, ainsi que les spectateurs, cachez à la mode accoustumée, rapportoient , afin de cacher mieux son pucellage dérobé d'ailleurs; mais il n'y eut rien d'exécuté.
Le soir, à la mode accoustumée, le resveillon ayant esté porté, il y eut un quidam qui s'advisa, en faisant la guerre aux nopces, comme on fait communément, de dérober le linge, qu'on trouva joliment teint de sang ; lequel fut monstre soudain, et crié haut en l'assistance qu'elle n'estoit plus vierge, et que c'estoit ce coup que sa membrane virginale avoit esté forcée et rompue : le mary, qui estoit asseuré qu'il n'avoit rien faict, mais pourtant qu'il faisoit du gallant et vaillant champion, demeura fort estonné et ne sceut ce que vouloit dire ce linge teint, sinon qu'après avoir songé assez, se douta de quelque fourbe et astuce putanesques^ mais pourtant n'en sonna jamais mot.
La mariée et ses confidentes furent aussi bien fasehées et estonnées de quoy le mary avoit fait faux feu, et que leur affaire ne s'en portoit pas mieux. De rien pourtant n'en i(ut fait aucun semblant jusques aa bout de huict jours^ que le mary vint à avoir l'esguillette dénouée^ et fit rage et feu, dont d'aise ne se souvenant de rien^ alla publier à toute la compagnie que c*estoit à bon escient qu'il avoit fait preuve de sa vaillance et faict sa femme vraye femme et bien damée; et confessa que jusques alors il avoit esté saisy de toute impuissance : de quoy l'assistance sur ce sujet en fit divers discours^ et jetta diverses sentences sur la mariée qu'on pensoit estre femme par son linge teinture; et s'escandalisa ainsi d*elle-mesme, non qu'elle en fust bien cause proprement, mais son mary, qui par sa débolesse, flaquesse et mollitude, se gasta luy-mesme.
Il y a aucuns marys qui cognoissent aussi à leur première nuict le puceUage de leurs femmes^ s'ils l'ont conquis ouy ou non par la trace qu'ilz y trouvent; comme un que je connois, lequel, ayant espousé une femme en secondes nopces, et luy ayant faict a(»*oire que son premier mary n'y avoit jamais touché par son impuissance, et qu'elle estoit vierge et pucelle aussi bien qu'auparavant estre mariée, néantmoins il la trouva si vaste et si copieuse en amplitude, qu'il se mit à dire : (c Hé comment I estes-vous cette « pucelle de Marolle, si serrée et si estroite qu'on me « disoit? Hé ! vous en avez un grand empand; et le « chemin y est tellement grand et battu que je n'ay « garde de m'esgarer. » Si fallut-il qu'il passast par là et le beust doux comme laict : car si son premier
mary n'y avoit point touché, comme il estoit vray, il y en avoit bien eu d'autres.
Que dirons-nous d'aucunes mères, qui voyant l'impuissance de leurs gendres, ou qui ont resguillette nouée ou autre defFectuosité, sont les maquerelles de leurs filles ; et que, pour gaigner leur douaire, s'en font donner à d'autres, et bien souvent engroisser, afin d avoir les enfans héritiers après la mort du père?
J'en cognois une qui conseilla bien cela à sa fille, et de fait n'y espargna rien, mais le malheur pour elle fut que jamais n'en put avoir. Aussi je cognois un qui, ne pouvant rien faire à sa femme, attiltra un grand laquais qu'il avoit, beau fils, pour coucher et dépuceler sa femme en dormant, et sauver son honneur par- là; mais elle s'en apperceutet le laquais n'y fit rien, qui fut cause qu'ils plaidèrent longtemps : finalement ilz se démarièrent.
Le roy Henry de Castille * en fit de mesmes, lequel, ainsi que raconte Baptista Fulguosius ", voyant qu'il ne pouvoit faire d'enfans à sa femme, il s'ayda d'un beau et jeune gentilhomme de sa cour pour luy en faire, ce [qu'il fit ; dont pour la peine il luy fit de grands biens, et l'advança en des honneurs, grandeurs
1, Henri IV, frère d'Isabelle de Castille.
2. Cum Henricus, Elizabethae frater, procréa tioni impôt ens haberetur, atque ut interdum contingit, verbis cum eo soror contendens, dixisset etiam invito ipso se post eum regnaturam, tantum ex eo indignationis Henricus concepit, ut statueret omnino operam dare, ne sorori quod optabat succederet. Itaque cum hispanum jnvenem couspexisset , décora quîdem facie, sed humili fortuna natum, nomine Beltravum Guevam, ia regiam eum accep-
etdignitez : ne faut douter si la femme ne l'en ayma et s'en trouva bien. Voylà un bon cocu.
Pour ces esguillettes nouées, en fut dernièrement un procès en la cour du parlement de Paris^ entre le sieur de Bray^ thrésorier^ et sa femme ^ à qui il ne pouvoit rien faire, ayant eu l'esguillette nouée ou autre défaut dont la femme^ bien marrie, l'en appella en jugement. Il ftit ordonné par la cour qu'ils seroyent visitez eux deux par grands médecins experts. Le mary choisit les siens^ et la femme les siens ; dont en fut fait un fort plaisant sonnet à la cour, qu'une grand' dame me list elle-même^ et me le donna^ ainsi que je disnois avec elle. Ondisoit qu'une damel'ayoit îali, d'autres un homme. Le sonnet est tel :
SOlTlfET.
Entre les médecins renommés à Paris En scavoir, en espreuve, en science, en doctriHe, Pour juger Fimparfaict de la couple androgine, Par de Bray et sa fenune ont esté sept choisis.
De Bray a eu pour luy les trois de moindre prix, Le Court, TEndonny, Piètre : et sa femme, plus fine, Les quatre plus experts en Fart de médecine, Le Grand, le Gros, Duret et Vigoureux a pris.
tnm, ducem Alburcherchensem creavit, egîtque ut cum regina oofDcuberet; itaque filiam edidit, oui Elizabeth nomen editum est. {Bap. Fulgosii factorum [dictorumque memorabilium Ubri IX ^ lib. IX, chap. lu; Paris, 1588, in-8% p. 323). — Cette fille, qui s'appelait Jeanne et non Elisabeth, ne fut point reconnue par les CasdUans après la mort d'Henri IV auquel succéda sa soeur Isabelle.
Et — 7
On peut par-là juger qui des deux gaignera, Et si le Grand du Court victorieux sera, Vigoureux d'Endormy, le Gros, Duret de Piètre.
Et de Bray n'ayant point ces deux de son costé, Estant tant imparfait que mary le peut estre, A faute de bon droict en sera débouté.
J^ay ouy parler d*un autre mary, lequel la première nuict^ tenant embrassée sa nouvelle espouse^ elle se ravit en telle joye et plaisir, que, s'oubliant en elle-mesme, ne se put engarder de faire un petit mobile tordion de remuement, non accoustumé de faire aux nouvelles mariées; il ne dit autre chose sinon : a Ha ! j'en ay! » et continua sa route. Et voylà nos cocus en herbe, dont j^en sçay une milliasse de contes , mais je n'aurois jamais fait. Et le pis que je vois en eux, c'est quand ilz espousent la vache et le veau, comme on dit, et qu'ils les prennent toutes grosses. Comme un que je sçay, qui, s'étant marié avec une fort belle et honneste damoiselle, par la faveur et volonté de leur prince et seigneur, qui aymoit fort ce gentilhomme et la luy avoit fait espouser, au bout de huict jours elle vint à estre cogneue grosse, aussi le publia pour mieux couvrir son jeu. Le prince, qui s'estoit tousjours bien douté de quelques amours entre elle et un autre, luy dit : «r' Une (( telle, j ay bien mis dans mes tablettes le jour et « rheure de vos nopces; quand on les affrontera * à « celuy et celle de vostre accouchement, vous aurez ce de la honte. » Mais elle, pour ce dire, n'en fit que
i . Affronter^ confronter.
rougir un peu; et n'en fut autre ehose, sinon qu'elle tenoit tousjours mine de dorta da ben \
Or il y a d aucunes filles qui craignent si fort leur père et mère^ qu'on leur arracheroit plustost la vie du corps que le boucon puceau, les craignant cent fois plus que leurs marys.
J'ay ouy parler d'une fort belle et honneste damoiselle, laquelle, estant fort pourchassée du plaisir d'amour de son serviteur, elleluy répondit: % Attendez « un peu que je sois mariée, et vous verrez comme, fr sous cette courtine de mariage qui cache tout, et « ventre enflé et descouvert, nous y ferons à bon c escient. »
Une autre, estant fort recherchée d*un grand, elle lui dit: « Sollicitez un peu nostre prince qu'il me f marie bientost avec celuy qui me pourchasse, et « me face vistement payer mon mariage qu'il m'a <i promis : le lendemain de mes nopces, si nous ne f nous rencontrons, marché nul. »
Je sçay une dame qui, n^ayant esté recherchée d'amours que quatre jours avant ses nopces par un gentilhomme, parent de son mary, dans six après il en jouit; pour le moins il s'en vanta. Et estoit aisé de le croire ; car, ils se monstroyent telle privante qu'on eust dit que toute leur vie ils avoyent esté nourris ensemble ; mesmes il en dist des signes et marques qu'elle portoit sur son corps, et aussi qu'ils continuèrent leur jeu long-temps après. Le gentilhomme disoit que la privante qui leur donna occasion de venir là, ce fut que, pour porter une masca-