‹ Œuvre complètes (volume 2)Chapitre 32 sur 217 · I . Femme de bien · texte numérisé non relu

I . Femme de bien

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rade, s'entre-changèrent leurs habillemens ; car il prit celuy de sa maistresse^ et elle celuy de son amy, dont le mary n*en fit que rire, et aucuns prindrent sujet d'y redire et penser mal.

Il fut fait une chanson à la cour d'un mary qui fut marié le mardy et fut cocu le jeudy : c'est bien avancer le temps.

Que dirons-nous d'une fille ayant esté sollicitée longuement d'un gentilhomme de bonne maison et riche, mais pourtant nigaud et non digne d'elle? Et par l'advis de ses parens, pressée de Tespouser, elle fit response qu'elle aimoit mieux mourir que de l'espouser, et qu'il se déportast de son amour, qu'on ne luy en parlast plus ny à ses parents ; car, s'ils la forçoyent de Tespouser, elle le feroit plustost cocu ". Mais pourtant fallut qu'elle passast par-là, car la sentence luy fut donnée ainsi par ceux et celles des plus grands qui avoient sur elle puissance, et mesmes de ses parents.

La vigille des nopces, ainsi que son mary la voyoit triste et pensive, luy demanda ce qu'elle avoit; elle luy respondit toute en colère : «Vous ne m'avez voulu « jamais croire à vous oster de- me poursuivre ; vous « sçavez ce que je vous ay toujours dit, que, si je c< venois par malheur à estre vostre femme, que je <f vous ferois cocu ; et je vous jure que je le feray et (( vous tiendray parole. » Elle n'en faisoit point la petite bouche devant aucunes de ses compagnes et aucuns de ses serviteurs. Asseurez-vous que despuis elle n'y a pas failly ; et luy monstra qu'elle estoit bien gentille femme, car elle tint bien sa parole.

Je vous laisse à penser si elle en devoit avoir blasme,

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puisqu'on averty en vaut deux, et qu'elle l'advisoit de l'inconvénient où il tomberoit. Et pourquoy ne s'en donnoH-il garde? Mais pour cela il ne s'en soucia pas beaucoup.

Ces filles qui s'abandonnent ainsi sitost après estre mariées, font comme dit l'Italien : Che la çacca, che è staia molto tempo Ugala^ corre più che quella che ha havuto sempre piena liber ta *; ainsi que fit la première fenune de Baudouin , roy de Jérusalem , que j'ay dit cy-devant", laquelle, ayant esté mise en religion de force par son mary, après avoir rompu le cloistre et en estre sortie, et tirant vers Constantinople, mena telle paillardise qu'elle en donnoit à tous passants, allans et venans, tant gens d'armes que pellerins vers Jérusalem, sans esgard de sa royale condition ; mais le grand jeusne qu'elle en a voit fait durant sa prison en estoit cause.

J'en nommerois bien d'autres. Or, voylà donc de bonnes gens de cocus ceux-là, comme sont aussi ceuxlà qui [le] permettent à leurs femmes, quand elles sont belles et recbercbées de leur beauté, et les abandonnent, pour s'en ressentir et tirer de la faveur, du bien et des moyens. Il s'en voîd fort de ceux-là aux cours des grands roys et princes, lesquels s'en trouvent très-bien; car, de pauvres qu'ils auront esté, ou pour engagemens de leurs biens, ou pour procès, ou bien pour voyages de guerre sont au tapis ', les voylà remontez et

i. Que la vache qui a é\& longtemps attachée court plus que celle qui a toujours eu pleine liberté.

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