‹ Œuvre complètes (volume 2)Chapitre 40 sur 217 · Ce chapitre, s'il a été achève, n'a pcûnt ëtë imprime · texte numérisé non relu

Ce chapitre, s'il a été achève, n'a pcûnt ëtë imprime

c'est de la laisser aller en son plein pouvoir^ ainsi que j'ay ouy dire à un gallant homme marié^ estant le naturel de la femme que^ tant plus on luy défend une chose^ tant plus elle désire le faire ^ et surtout en amours^ où l'appétit s'eschauffe plus en le défendant qu'au laisser courre.

Yoicy une autre sorte de cocus^ dont pourtant il y a question : à sçavoir-mon y si l'un a jouy d'une femme à plein plaisir durant la vie de son mary cocu^ et que le mary vienne à décéder, et que ce serviteur après vienne à espouser cette femme veufire, si l'ayant espousée en secondes nopces^ il doit porter le nom et tiltre de cocu^ ainsi que j'ay cogneu et ouy parler de plusieurs^ et des grands.

Il y en a qui disent qu'il ne peut estre cocu^ puisque c'est luy-mesme qui en a fait la faction^ et qu'il n'y aye aucun qui l'aye fait cocu que luy-méme, et que ses cornes sont faites de soy-mesme. Toutesfois, il y a bien des armuriers qui font des espées desquelles ils sont tués ou s'entre-tuent eux-mêmes.

U y en a d'autres qui disent l'estre réellement cocu et de fait^ en herbe pourtant. Hz en allèguent force raisons; mais, d'autant que le procez en est indécis, je le laisse à vuideràla première audience qu'on voudra donner pour cette cause.

Si diray-je encor cettui-cy d'une bien grande, mariée, laquelle s'est compromise en mariage à celuy qui l'entretient encor^ il y a quatorze ans, et depuis ce temps a tousjours attendu et souhaitté que son mary mourust. Au diable s'il a jamais pu mourir encor à son souhait I si bien qu'elle pouvoit bien dire: « Maudit soit le mary et le compagnon, qui a plus

ce vescu que je ne voulois I » De maladies et indispositions de son corps il en a eu prou^ mais de mort point. Si bien que le roy Henry dernier, ayant donné la survivance de l'estat beau et grand qu'avoit ledict mary cocu^ à un fort honneste et brave gentilhomme, disoit souvent : ce II y a deux personnes en ma cour a auxquelles moult tarde qu'un tel ne meure bientost^ (1 à l'une pour avoir son estat^ et à l'autre pour esa pouser son amoureux ; mais l'un et l'autre sont « esté trompez jusques icy. »

Voilà comme Dieu est sage et provident, de n'envoyer point ceque l'on souhaitte de mauvais : toutesfois l'on m'a dit que depuis peu sont en mauvais ménage, et ont bruslé leur promesse de mariage de futur, et rompu le contracta par grand dépit de la femme et joye du maryé prétendu, d'autant qu'il se vouloit pourvoir ailleurs et ne vouloit plus tant attendre la mort de l'autre mary, qui, se mocquant des gens, donnoit assez souvent des allarmes qu'il s'en allait mourir ; mais enfin il a survescu le mary prétendu. Punition de Dieu, certes, car il ne s'ouït jamais guières parler d'un mariage ainsi fait; qui est un grand cas, et énorme, de faire et accorder un second mariage, estant le premier encor en son entier.

J'aymerois autant d'une, qui est grande, mais non tant que l'autre que viens de dire, laquelle, estant pourchassée d'un gentilhomme par mariage, elle l'espousa, non pour l'amour qu'elle luy portoit, mais parcequ'elle le voyoit maladif, atténué^ et allanguy,

i. Atténué, affaibli.

et mal disposé ordinairement^ et que les médecins luy disoyent qu'il ne vivroit pas un an^ et mesmes après ayoir cogneu cette belle femme par plusieurs fois dans son lict : et, pour ce^ elle en espéroit bientost la mort, et s'accommoderoit tous après sa mort de ses biens et moyens, beaux meubles et grands ad- Tantages qu'il luy donnoit par mariage ; car il estoit trèsHriche et bien aisé gentilhomme. Elle fut bien trompée, car il vit encores gaillard^ et mieux disposé cent fois qu'avant qu'il Tespousast; depuis elle est morte. On dit que ledict gentilhomme contre&isoit ainsi du maladif et marmiteux^ afin que^ connoissant cette fefmme très-avare, fust esmeue à l'espouser sous espérance d'avoir tels grands biens ; mais Dieu là dessus disposa tout au contraire, et fit brouster la chèvre là où elle estoit attachée, en dépit d'elle.

Que dirons-nous d'aucuns qui espousent des putains et courtisannes qui ont esté très-fameuses, o^mme l'on fait assez coustumièrement en France, -ggms surtout en Espagne et en Italie, lesquels se per- ^ciadent de gaigner les œuvres de miséricorde, por iiirar una anima cristiana del infierno ^, comme ils di^nt, et la mettre en la sainte voye.

Certainement, j'ay veu aucuns tenir cette opinion et maxime, que : s'ilz les espousoyent pour ce saint €*bon sujet, qu'ilz ne doivent tenir rang de cocus; w ce qui se fait pour l'honneur de Dieu ne doit ^^ converty en opprobre : moyennant aussi que '^ femmes, estant remises en la bonne voye, ne ^ ^^ ostent et retournent à l'autre, comme j'en ay veu

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