‹ Œuvre complètes (volume 2)Chapitre 42 sur 217 · D une seconde courtisaDe · texte numérisé non relu

D une seconde courtisaDe

mary la laissât à la cour pour faire l'amour, se réservant l'usage de sa forest de mort-bois ou bois-mort*, comme luy plairoit; aussi ^ en récompense^ elle luy donnoit tous les mois mille francs pour ses menus plaisirs^ et ne se soucia d'autre chose qu'à se donner du bon temps.

Par ainsi, telles femmes qui ont esté libres, volontiers ne se peuvent garder qu'eUes ne rompent les serrures estroites de leurs portes^ quelque contrainte qu'il y ait, mesmes où l'or sonne et reluit : tesxnoin cette belle fille du roy Acrise V qui, toute resserrée et renfermée dans sa grosse tour, se laissa à un doux aller' de ces belles gouttes d'or de Jupiter. Ha! que malaisément se peut garder, disoit un g;aUant homme, une femme qui est belle, ambitieuse, avare, convoiteuse d'estre brave, bien habillée, l^ien diaprée, et bien en point, qu'elle ne donne non 4^vL nez, mais du cul en terre, quoyqu'elle porte son <*as armé, comme l'on dit, et que son mary soit V>Tave, vaillant, et qui porte bonne espée pour le défendre.

l'en ay tant cogneu de ces braves et vaillants, qui ont passe par là ; dont certes estoit grand dommage devoir ces lionnestes et vaillants hommes en venir là.

^» On comptait neuf espèces de mort-bois, dësîgnées ainsi dans

^ Uiciennes ordonnances : saulx, marsaux, ëpines, puines (cor^-

f^^er), seur (sureau), genêt, genièvre et ronces. — Il y a peut-

7^ dans la phrase de Brantôme une mauvaise pointe qui se

^^ deviner*

*• X>aDaé.

3. X-écs édidoas antérieures portent se laissa un Jour aller à ces ^Ues smttesdor.

et qu'après tant de belles victoires gaîgnées par eux, tant de remarquables conquestes sur leurs ennemis, et beaux combats démeslez par leur Valeur, qu'il Êiille que, parmy les belles fleurs et fueilles de leurs chappeaux triomphans qu'ils portent sur la teste, Ton y trouve des cornes entremeslées, qui les déshonnorent du tout : lesquels néantmoins s'amusent plus à leurs belles ambitions par leurs beaux combats, honnorables chaînes, vaillances et exploicts, qu'à surveiller leurs femmes, et esclairer leur antre obscur. Et, par ainsi, arrivent, sans y penser, à la cité et conqueste de Cornuaille ; dont c'est grand dommage pourtant ; comme j'en ay bien cogneu un brave et vaillant, qui portoit le tiltre d'un fort grand*, lequel un jour se plaisant à raconter ses vaillances et conquestes, il y eut un fort honneste gentilhomme et grand, son allié et familier, qui dit à un autre : a II nous raconte icy c ses conquestes, dont je m*en estonne ; car le cas de a sa femme est plus grand que toutes celles qu'il a a jamais faict, ny ne fera oncques. »

J'en ay bien cogneu plusieurs autres, lesquels, quelque belle grâce, majesté et apparence qu'ils pussent mqnstrer, si avoyent-ilz pourtant cette encolure de cocu qui les efiaçoit du tout ; car, telle encolure et encloueure ne se peut cacher et feindre ; quelque bonne mine et bon geste qu'on vueille faire, elle se congnoist et s'apperçoit à claû*. £t, quant à moy, je n*en ay jamais veu en ma vie aucun de ceux-là qui n'en eust ses marques, gestes , postures et encolures et encloueures, fors seulement un que j'ay cogneu,

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