‹ Œuvre complètes (volume 2)Chapitre 43 sur 217 · Peut-être le duc Henri de Guise · texte numérisé non relu

Peut-être le duc Henri de Guise

que le plus clairvoyant n'y eust sceu rien voir ny mordre^ sans connoistre sa femme; tant il avoit bonne grâce> belle Ëiçon et apparence honnorable et grave.

Je prierois volontiers les dames qui ont de ces marys si parfaits, qu'elles ne leur fissent de tels tours et afironts : mais elles me pourront dire aussi : « Et où sont-ilz ces par&its, comme vous dites « qu'estoit celuy-là que vous nous venez d'alléir guer ? »

Certes^ mesdames^ vous avez raison^ car tous ne peuvent estre des Scipions et des Caesars^ et ne s'en trouve plus. Je suis d'advis doncques que vous ensuiviez en cela vos fantaisies ; car^ puisque nous parlons des Césars^ les plus gallants y ont bien passée et les plus vertueux et parfaits^ comme j'ay dit, et comme nous lisons de cet accomply empereur Trajan, les perfections duquel ne purent engarder sa femme Plotine qu'elle ne s'abandonnast du tout au bon plaisir d'Adrian, qui fut empereur après; de laquelle il tira de grandes commoditez, proffits et grandeurs, tellement qu'elle fut cause de son avancement; aussi c'en fîit-il ingrat estant parvenu à sa grandeur, car il Payma et honnora tousjours si bien, qu'elle estant ^Oïte, il en démena si grand dueil et en conceut ^G telle tristesse, qu'enfin il en perdit pour un temps ^® ivoire et le manger, et fut contraint de séjourner ^ ia Gaule Narbonnoise, où il sceut ces tristes nou- ^^ï^l^s, trois ou quatre mois, pendant lesquels il ^^^^^^Hvit au sénat de colloquer Plotine au nombre des ^^^^îsses, et commanda qu'ea ses obsèques on luy ^fl«rîst des sacrifices très-riches et très-sumptueux ; et

cependant il employa le temps à faire bastir et édifier, à son honneur et mémoire^ mi très-beau temple près NemuseS ditte maintenant Nismes, orné de très-beaux et riches marbres et porfires avec autres joyaûx\

Voilà donc comment^ en matière d'amours et de ^es contentemens^ il ne &ut aviser à rien : aussi Cupidon leur dieu est aveugle^ comme il paroist en aucunes^ lesquelles ont des marys des plus beaux ^ des plus honnestes et des plus accomplis qu'on sçauroit voir^ et néantmoins se mettent à en aymer d'autres si laids et si salles^ qu'il n'est possible de plus.

J'en ay veu force desquelles on faisoit une question : Qui est la dame la plus putain , ou celle qui a un fort beau et honneste mary, et fait un amy laid, maussade et fort dissemblable à son mary; ou celle qui a un laid et fascheux mary, et fedt un bel amy bien avenant, et ne laisse pourtant à bien aymer et caresser son mary, comme si c'estoit la beauté* des hommes, ainsi que j'ay veu faire à beaucoup de femmes?

Certainement, la conmiune voix veut que celle qui a un beau mary et le laisse pour aymer un amy laid, est bien une grande putain, ny plus ny moins qu'une personne est bien gourmande qui laisse une bonne viande pour en manger une meschante. Aussi cette femme quittant une beauté pour aymer une

i . Nemausus est le nom latin de Nfmes.

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