La beauté^ le plus beau
laideur, il y a bien de l'apparence qu'elle le fait pour la seule paillardise, d'autant qu'il n'y a rien plus paillard ny plus propre pour satisfaire à la paillardise, qu'un homme laid y sentant mieux son bouc puant^ ord et lascif que son homme. Et volontiers les beaux et honnestes hommes sont un peu plus délicats et moins habilles à rassasier une luxure excessive et efirénée, qu'un grand et gros ribaut barbu^ ruraud et satyre,
D'autres disent que la femme qui ayme un bel amy et un laid mary, et les caresse tous deux^ est bien autant putain, pour ce qu'elle ne veut rien perdre de son ordinaire et pension.
Telles femmes ressemblent à ceux qui vont par pais, et mesmes en France, qui, estans arrivez le soir à la souppée du logis, n'oublient jamais de demander à rhoste la mesure du mallier^; et faut qu'il l'aye*^ quand il seroit saoul à plein jusques à la gorge.
Ces femmes de mesme veulent tousjours avoir à leur couchée, quoy qui soit, la mesure de leur mallier, comme j'en ay cogneu une qui avoit un mary très-bon embourreur de bas ; encores la veulent-elles croislre et redoubler en quelque façon que ce soit , voulant que l'amy soit pour le jour qui esclaire sa beauté, et d'autant plus en &it venir l'envie à la dame, et s'en donne plus de plaisir et contentement V^^ layde de la belle lueur du jour; et monsieur le '^^^'y laid est pour la nuict; car, conmie on dit que
- JHaUier^ cheval qui porte la • ^miltigret que le cheval Ta
malle, aie.
tous chats sont gris de nuict^ et pourveu que cette dame rassasie ses appétits, elle ne songe point si son homme de mary est laid ou beau. Car^ comme je tiens de plusieurs^ quand on est en ces extases de plaisirs^ l'homme ny la femme ne songent point à autre sujet ny imagination, sinon à celuy qu'ils traittent pour l'heure présente : encore que je tienne de bon lieu que plusieurs dames ont Êdct à croire à leurs amys que, quand elles estoyent là avec leurs marys, elles addonnoyent leurs pensées à leurs amys, et ne songeoyent à leurs marys afin d'y prendre plus de plaisir; et à des marys ay-je ouy dire ainsi^ qu'estans avec leurs femmes songeoyent à leurs maistresses pour cette mesme occasion : mais ce sont abus.
Les philosophes naturels m'ont dit qu'il n'y a que le seul objet présent qui les domine alors, et nullement l'absent; et en ailéguoyent force raisons; mais je ne suis assez bon philosophe ny sçavant pour les déduire, et aussi qu'il y en a d'aucunes salles. Je veux observer la vérécondie, comme on dit; mais pour parler de ces élections d'amours laides, j'en ay veu force en ma vie, dont je m'en suis estonné cent fois.
Retournant une fois d'un voyage de quelque province estrangère, que ne nommeray point, de peur qu'on connoisse le sujet duquel je veux parler, et discourant avec une grand' dame de par le monde, parlant d'une autre grand' dame et princesse que j'avois veue là, elle me demanda comment elle Êdsoit l'amour ^ Je luy nommay le personnage lequel elle
i. Il me semble que cet entretien eut lieu au retour du voyage
DES DAIIES. 153
tenoit pour son ùcvorj, qui n'estoit ny beau ny de
bonne grâce ^ et de fort basse qualité. Elle me fit
response : ce Yrayement elle se fait fort grand tort^ et
« à Tamour un très-mauvais tour^ puisqu'elle est si
«c belle et si honneste comme on la tient. y>
Geste dame avoit raison de me tenir ces propos ,
puisqu'elle n'y contrarioit point, et ne les dissimuloit
par effect; car elle avoit un honneste amy et bien
:£ivory d'elle. Et quand tout est bien dit^ une dame
^ne se fera jamais de reproche quand elle voudra
siymer et faire élection d'un bel objets ny de tort au
^^noarj non plus^ quand ce ne seroit autre raison que
^2>our l'amour de leur lignée ; d'autant qu'il y a des
:amarys qui sont si laids^ si fats^ si sots, si badauts^ de
« mauvaise grâce^ si poltrons, si coyons et de si peu
^e valeur, que leurs femmes venans à avoir des en-
^0àn\s d'eux, et les ressemblants, autant vaudroit n'en
.^ivoir point du tout ; ainsi que j'ay cogneu plusieurs
liâmes, lesquelles ayant eu des enfants de tels marys,
Hz sont esté tous tels que leurs pères; mais en ayant
emprunté aucuns de leurs amys , ont surpassé leurs
'pères, firères et sœurs en toutes choses.
Aucuns aussi des philosophes qui ont traitté de ce ^m'et ont tenu tousjours que les enfants ainsi empmntez ou dérobbés, ou faits à cachettes et à l'im- Itoviste, sont bien plus gallants et tiennent bien pins de la Êiçon gentille dont on use à les faire près- ^^ment et habillement, que non pas ceux qui se font
<ie KrantSme en Ecosse, et qu'il avait pour objet Blarie Stuart et "^ Cnvori David Eizzio. La questionneuse était sans doute Cathe- ™e cieMAfids.
dans un lict lourdement^ fadement, pesamment, à loisir, et quasi à demy endormis, ne songeans qu'à ce plaisir en forme brutalle.
Aussi ay-je ouy dire à ceux qui ont charge des haras des rois et grands seigneurs, qu'ilz ont veu souvent sortir de meilleurs chevaux dérobbez par leurs mères^ que d'autrçs faits par la curiosité des maistres du haras et estallons donnez et apposiez : ainsi est-il des personnes.
Combien en ay-je veu de dames avoir produit des plus beaux et honnestes et braves enfants que^ si leurs pères putatifs les eussent faits^ ils fussent esté vrays veaux et vrayes bestes.
Voylà pourquoy les femmes sont bien advisées de s'ayder et accommoder de bons et beaux estallons^ pour faire de bonnes races. Mais aussi en ay-je bien veu qui avoyent de beaux marys^ qui s'aydoyent de quelques amys laids et villains estallons^ qui procréoyent d'hydeuses et mauvaises lignées.
Voilà une des signalées conunoditez et incommoditez de cocuage.
J'ay cogneu une dame de par le monde^ qui avoit un mary fort laid et fort impertinent; mais de quatre filles et deux enfants qu'elle eut^ il n'y eut que deux qui vallussent, estans venus et faits de son amy ; et les autres, venus de son chalant^ de mary (je dirois volontiers chat-huant^ car il en avoit la mine), furent fort miaussades.
Les dames en cela y doivent estre bien advisées
i. Les andeimes éditions portent son nonchalant^ ce qui ne s'accorde guère avec le mot de chat-huant qui siflt.
et habiles^ car coustumièrement les enfants ressemblent à leurs pères ; et touchent fort à leur honneur quand ils ne leur ressemblent ; ainsi que j'ay veu par expérience beaucoup de dames avoir cette curiosité, de faire dire et accroire à tout le monde que leurs enËmts ressemblent du tout à leur père et non à elles, encor quilz n'en tiennent rien; car c'est le plus grand plaisir qu'on leur sçauroit faire , d'autant qu'il y a apparence qu'elles ne l'ont emprunté d'au- Iruy, encores qu'il soit le contraire.
Je me suis trouvé une fois en une grande compagnie de cour où l'on advisoit le pourtrait de deux filles d'une très-grande reine \ Chacun se mit à dire son advis à qui elles ressembloyent, de sorte que tous et toutes dirent qu'elles tenoyent du tout de la jnère; mais moy, qui estois très-humble serviteur de la mère, je pris l'affirmative , et dis qu'elles tenoyent ^u tout du père, et que si l'on eust cogneu et veu le ^ère comme moy, l'on me condescendroit. Sur quoy Xa sœur de cette mère m'en remercia et m'en sceut trèa-bon gré, et bien fort, d'autant qu'il y avoit aucunes personnes qui le disoyent à dessein , pour ce qu'on la soupçonnoit de faire l'amour, et qu'il y avoit quelque poussière dans sa fleute ', comme l'on dit ; et par ainsi mon opinion sur cette ressemblance du père rabiUa tout. Dont sur ce point , qui aymera ^lelque dame, et qu'on verra enfans de son sang et
. jl* Sans aucan doute il s'agit ici de la reine d'Espagne, Elisa- ^! ^t de SCS deux fiUes. Quant à la scwir, inutile de dire que r**^ Marguerite de Valois.
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de ses os, qu'il die tousjours qu'ils tiennent du père du tout, bien que non.
Il est vray qu'en disant qu'ils ont de la mère un peu il n*y aura pas de mal , ainsi que dit un gentilhomme de la cour, mon grand amy, parlant en compagnie de deux gentilshommes frères assez favoris du roy, auquel on demandoit à qui ilz ressembloyent, au père on à la mère; il respondit que celuy qui estoit froid ressembloit au père, et l'autre qui estoit chaud ressembloit à la mère ; par ce brocard le donnant bon à la mère, qui estoit chaudasse; et de fait ces deux enfans participoyent de ces deux humeurs, froide et chaude.
Il y a une autre sorte de cocus qui se forment par le desdain qu'ils portent à leurs femmes y ainsi que j'en ay cogneu plusieurs qui, ayant de très -belles et honnestes femmes, n'en faisoyent cas, les mesprisoyent et desdaignoyent. Celles qui estoyent habilles et pleines de courage, et de bonne maison, se sentans ainsi dédaignées, se revangeoient à leur en faire de mesme : et soudain après bel amour, et de là à -l'effet; car, comme dit le refrain italien et napolitain, amor non si çince con altro che con sdegno ".
Car ainsi une femme belle et honneste, et qui se sente telle et se plaise, voyant que son mary la desdaigne, quand elle luy porteroit le plus grand amour marital du monde , mesmes quand on la prescheroit et proposeroit les commandemens de la loy pour l'aymer, si elle a le moindre cœur du monde, elle le plante là tout à plat et fait un amy ailleurs pour la