Escarce^ avare
J'ay ouy conter* qu'en quelque endroit du monde (je ne le veux pas nommer) il y eut un mary, et de qualité grande, qui estoit vilainement espris d'un jeune homme qui aymoit fort sa femme^ et elle aussi luy: soit ou que le mary eust gaigné sa femme , ou que ce fust.une surprise à l'improviste , les prenant tous deux couchez et accouplez ensemble^ menaçant le jeune homme s'il ne luy complaisoit^ l'envestit' tout couché , et joint et collé sur sa femme y et en jouit ; dont sortit le problesme, comme trois amants furent jouissans et contents tout à un mesme coup ensemble.
J'ay ouy conter d'une dame^ laquelle esperdument amoureuse d'un honneste gentilhomme qu'elle avoit pris pour amy et favory ; luy se craignant que le mary luy feroit et à elle quelque mauvais tour, elle le consola, luy disant : « Nayez pas peur; car il n'oseroit a rien faire, craignant que je l'accuse de m'avoir « voulu user de l'arrière- Vénus , dont il en pourroit ff mourir si j'en disois le moindre mot et le dédarois « à la justice. Mais je le tiens ainsi en eschec et en a allarme; si bien que, craignant mon accusation, il « ne m'ose pas rien dire. »
Certes telle accusation n'eust pas porté moins de préjudice à ce pauvre mary que de la vie : car les légistes disent que la sodomie se punit pour la volonté'; mais, possible, la dame ne voulut pas fran-
i . lisez : j'ai lu dans Boccace. Voyez dans le Decaméron, la X« Nouvelle de la \* journée. La scène se passe à Florence. S. Envestir^ investir.