‹ Œuvre complètes (volume 2)Chapitre 51 sur 217 · Cest-à-dire même pour l'intention · texte numérisé non relu

Cest-à-dire même pour l'intention

cbîr le mot tout à trac^ et qu'il n'eust passé plus avant sans s^arrester à la volonté.

Je me suis laissé conter qu'un de ces ans un jeune gentilhomme françois^ l'un des beaux qui fust esté veu à la cour longtemps avoit ^^ estant allé à Rome pour y apprendre des exercices , comme autres ses pareils, fut arregardé de si bon œil, et par si grande admiration de sa beauté^ tant des hommes que des femmes, que quasi on l'eust couru à force : et là où ils le sçavoyent aller à la messe ou autre lieu public et de congrégation^ ne falloyent'^ ny les uns^ ny les autres, de s'y trouver pour le voir; si bien que plusieurs marys permirent à leurs femmes de luy donner assignation d'amours en leurs maisons, afin qu'y estant venu et surpris, fissent eschange, l'un de sa femme et l'autre de luy : dont luy en fut donné advis de ne se laisser aller aux amours et volontez de ces dames, d'autant que le tout avoit esté fait et apposté pour l'attrapper; en quoy il se fit sage, et préféra son honneur et sa conscience à tous les plaisirs détestables, dont il eii acquist une louange trèsdigne. Enfin, pourtant, son écuyer le tua. On en parle diversement pourquoy : dont ce fut très-grand dommage, car c'estoit un fort honneste jeune homme, de bon lieu, et qui promettoit beaucoup de luy, autant de sa fisyonomie, pour ses actions nobles, que pour ce beau et noble trait : car, ainsi que j'ay ouy dire à un fort gallant homme de mon temps, et qu'il est aussi vray, nul jamais b , ny bardasche, ne fut

i . Longtemps avoit ^ il y avait longtemps* 2. Faliqyenty failloient.

l^rave^ vaillant et généreux^ que le grand Jules César ; stussi que par la grand' permission divine telles gens aJbominables sont rédigez' et mis à sens réprouvé. En quoy je m'estonne que plusieurs^ que Ton a veu tachez de ce meschant viee^ sont esté continuez du ciel en grand' prospérité ; mais Dieu les attend , et à la fin on en voit ce qui doit estre d'eux.

Certes, de telle abomination, j'en ay ouy parler que plusieurs marys en sont esté atteints bien au vif: car^ malheureux qu'ils sont et abominables, ils se sont accommodez de leurs femmes plus par le derrière que par le devant, et ne s'en sont servis du devant que pour avoir des enfans ; et traittent ainsi leurs pauvres femmes, qui ont toute leur chaleur en leurs belles parties de la devantière *• Sont-elles pas excusables si elles font leurs marys cocus, qui ayment leurs ordes et salles parties de derrière?

Combien y a-il de femmes au monde, que si elles

estoient visitées par des sages-femmes et médecins et

chirurgiens experts, ne se trouveroyent non plus pu-

cellcs par le derrière que par le devant, et qui fe-

royent le procez à leurs marys à l'instant ; lesquelles

le dissimulent et ne l'osent descou\Tir, de peur

d*escandaliser et elles et leurs marys, ou, possible,

cju' elles y prennent quelque plaisir plus grand que

t^ous ne pouvons penser; ou bien, pour le dessein

^e je viens de dire, pour tenir leurs marys en telle

^^jection, si elles font l'amour d'ailleurs, mesmes

^'aucuns marys leur permettent; mais pourtant tout

cela ne vaut rien.

i . Rédigez^ réduits. — â. Devaruièten devanture.

i80 DES DAMES.

Summa BenedJcti^ dit : que si le mary veut reeonnoistre sa partie ainsi contre l'ordre de nature^ qu'il offense mortellement; et s'il veut maintenir qu'il peut disposer des sa femme comme il luy plaist , il tombe en détestable et vilaine hérésie d'aucuns Juifs et mauvais rabins^ dont on dit que duabus mulieribus apud synagogam conquestis se fuisse a ifiris suis cognitu sodomico œgniias^ responsum est ah illis rabinis: virum esse uxoris dominum^ proinde posse uti ejus utcumque libuerity non aliter quant is qui piscem émit : ilie enim , tant anterioribus quant posterioribus pav'^ tibus^ ad arbitrium çesci potest.

J'ay mis cecy en latin sans le traduire en françois^ car il sonne très-mal à des oreilles bien honnestes et chastes. Abominables qu'ils sont ! laisser une belle, pure et concédée partie , pour en prendre une villaine^ salle, orde et défendue, et mise en sens réprouvé !

Et si l'homme veut ainsi prendre la femme, il est permis à elle se séparer de luy, s'il n'y a autre moyen de le corriger : et pourtant, dit-il encor, celles qui craignent Dieu n'y doivent jamais consentir, ains plustost doivent crier à la force, nonobstant l'escandale qui en pourroit arriver en cela, et le déshonneur ny la crainte de mort ; car il vaut mieux mourir, dit la loy, que de consentir au mal. Et dit encor ledit livre une chose que je trouve fort estrange : qu'en quelque mode que le mary cognoisse sa femme, mais qu'elle en puisse concevoir, ce n'est point péché mortel, combien qu'il puisse estre véniel: si y a-il

i , La Summa peccatorum déjà mentionnëe.

pourtant des méthodes pour cela fort sales et vilaines^ selon que TArétin les représente en ses figures; et ne ressentent rien la chasteté maritale, bien que, comme j'ay dit, il soit permis à Tendroit des femmes grosses, et aussi de celles qui ont Thaleine forte et puante, tant de la bouche que du nez : comme j'en ay cogneu et ouy parler de plusieurs femmes, lesquelles baiser et alleiner * autant vaudroit qu'un anneau de retrait ; ou bien , comme j'ay ouy parler d'une trèsgrande dame, mais je dis très-grande % qu'une de ses dames dit un jour que son halleine sentoit plus qu^un pot-à-pisser d'airain; ainsi m'usa-elle de ces mots. Un de ses amys fort privé, et qui s'approchoit près d'elle, me le confirma aussi, si est-il vray qu'elle estoit un peu sur l'aage.

Là-dessus que peut faire un mary ou un amant, s*il n'a recours à quelque forme extravagante? mais surtout qu'elle n'aille point à l'arrière-Vénus.

J'en dirois davantage, mais j'ay horreur d'en parler : encor m'a-il fasché d'en avoir tant dit; mais si faut-il quelquesfois descouvrir les vices du monde pour s'en corriger.

Or il faut que je die une mauvaise opinion que plusieurs ont eue et ont encores de la cour de nos rois : que les filles et femmes y bronchent fort, voire coastumièrement ; en quoy bien souvent sont -ils trompez, car il y en a de très-chastes, honnestes et vertueuses, voire plus qu'ailleurs; et la vertu y habite aussi bien, voire mieux qu'en tous autres lieux, que Ton doit fort priser pour estre bien à preuve.

i. Alleiner^ respirer Thaleine. — 2. Catherine de Médicis?

182 DES DAMBS.

Je n'allégueray que ce seul exemple de nuKlame la grand' duchesse de Florence d'aujourd'huy, de la maison de Lorraine*, laquelle estant arrivée à Florence le soir que le grand duc Tespousa^ et qu'il voulut aller coucher avec elle pour la dépuceler^ il la fit avant pisser dans im beau urinai de cristal^ le plus beau et le plus clair qu'il put , et en ayant veu Turine, il la consulta avec son médecin^ qui estoit un très-^prand et très-sçavant et expert personnage^ pour sçavoir de luy par cette inspection si elle estoit pucelle, ouy ou non. Le médecin layant bien fixement et doctement inspicée*, il trouva qu'elle estoit telle comme quand sortit du ventre de sa mère^ et qu'il y aUast hardiement , et qu'il n'y trouveront point de chemin nullement ouvert, frayé ny battu; ce qu'il fit; et en trouva la vérité telle; et puis, l'endemain en admiration , dit : « Voilà un grand mirait cle, que cette fille soit ainsi sortie pucelle de cette « cour de France 1 » Quelle curiosité et quelle opinion 1 Je ne sçay s'il est vray, mais il me l'a ainsi esté asseuré pour véritable.

Voilà une belle opinion de nos courts; mais ce n'est d'aujourd'huy^ ains de long-temps, qu'on tenoit que toutes les dames de la cour et de Paris n'estoyent si sages de leurs corps comme celles du plat païs, et qui ne bougeolent de leurs maisons. Il y a eu des hommes qui estoyent si conscientieux de n*espouser des filles et femmes qui eussent fort paysé', et veu

i. Christine, fille de Charles III, duc de Lorraine, mariée le 30 avril 1589 à Ferdinand I*" de Mëdicis.

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