Jour de la rentrée du parlement
^t présidents, pour les bons morceaux qu'ils en ont t^astez des femmes des gentilshommes.
ITy a pas long-temps qu'une très-belle, honneste ,^t grande dame, que j ay cogneu, allant ainsi sollic?Uer son procez à Paris, il y eut quelqu'un qui dit : €€ Qu'y va-elle faire? Elle le perdra; elle n'a pas ^ grand droit. » Et ne porte*elle pas son droit sur la l>eauté de son devant, comme César portoit le sien sur le pommeau et la pointe de son espée?
Ainsi se font les gentilshommes cocus aux Palais , en récompense de ceux que messieurs les gentilsliommes font sur mesdames les présidentes et conseillères. Dont aussi aucunes de celles-là ay-je veu, cjmii ont bien vallu sur la monstre autant que plusieurs dames, damoiselles et femmes de seignem^s, c^bevalliers et grands gentilshommes de la cour et a.«3tres.
J'ay cogneu une dame grande, qui avoit esté très-
b^^lle, mais la vieillesse l'avoit effacée. Ayant un pro-
c^?aà Paris, et voyant que sa beauté n'estoit plus pour
ay der à solliciter et gaigner sa cause, elle mena avec
^Me une sienne voisine, jeune et belle dame; et pour
^^ l'appointa d'une bonne somme d'argent, jusques
^ ^ mille escus; et, ce qu'elle ne put ou eust bien
Voulu faire elle-mesme, elle se servit de cette dame ;
^ont elle s'en trouva très-bien, et la jeune dame, et
tout en deux bonnes façons.
N'y a pas longtemps que j'ay veu une dame mère
F mener une de ses filles, bien qu'elle fust mariée,
pour luy ayder à solliciter son procez, n'y ayant autre
aâaire; et de fait elle est très- belle, et vaut bien la
sollicitation.
Il est temps que je m'arreste dans ce grand discours de cocuage; car enfin mes longues paroles^ tournoyées dans ces profondes eaux et ces grands torrents, seroyent noyées; et n'aurois jamais fait, ny n'en sçaurois jamais sortir, non plus que d'un grand labyrinthe qui fut autresfois, encor que j'eusse le plus long et le plus fort fillet* du monde pour guide et sage conduite.
Pour fin je concluray que, si nous faisons des maux, donnons des tourmens, des martyres et des mauvais tours à ces pauvres cocus, nous en portons bien la folle enchère, comme l'on dit, et en payons les triples intérêts; car la pluspart de leurs persécuteurs et faiseurs d'amour, et de ces dameretz, en endurent bien autant de maux ; car ils sont plus sujets à jalousies, mesmes qu'ils en ont des marys aussi bien que de leurs corrivals*: ils portent* des martels *, des capriches •, se mettent aux hazards en danger de mort, d'estropiemens, de playes, d'afironts, d'offenses, de .querelles, de craintes, peines et morts; endurent froidures, pluyes, vents et chaleurs. Je ne conte pas la vérolle, les chancres, les maux et malaladies qu'ilz y gaignent, aussi bien avec les grandes que les petites; de sorte que bien souvent ils acheptent bien cher ce que l'on leur donne; et la chandelle n'en vaut pas le jeu.
Tels y en avons-nous veu misérablement mourir,
i. FiUet^ fil. — 2. Corrivais, corivanx.