‹ Œuvre complètes (volume 2)Chapitre 54 sur 217 · Capriche, caprice · texte numérisé non relu

Capriche, caprice

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4]u'ibestoyent bastants pour conquérir tout un royaume; tesmoin M. de Bussi^ le nompair de son temps, et force autres.

Ten aHégaerois une infinité d'autres que je laisse «n arrière, pour finir et dire, et admonester ces amoureux , qu'ils pratiquent le proverbe de l'Italien qui dit : Che molto guadagna chi putana perde ^ !

Le comte Amé de Savoye second disoit souvent :

En jeu d'armes et d'amours Pour une joye cent douleurs.

osant ainsi de ce mot anticq pour mieux faire sa rime. Disoit-il encor que la colère et l'amour avoyent cela en soy fort dissemblable, que la colère passe tost et se dé&it fort aisément de sa personne quand elle y est entrée, mais malaisément l'amour.

Yoilà comment il se faut garder de cet amour, car elle nous couste bien autant qu'elle nous vaut, et bien souvent en arrive beaucoup de malheurs. Et pour parler au vray^ la pluspart des cocus patients ont cent fois meilleur temps, s'ils se sçavoyent cognoistre et bien s'entendre avec leurs femmes, que les agents; et plusieurs en ay-je veu qu'encor qu'il y allast de leurs cornes; se mocquoyent de nous et se ryoient de toutes les humeurs et façons de Êdre de nous autres qui traittons l'amour avec leurs femmes; et mesmes quand nous avions à faire à des femmes rusées, qui s'entendent avec leurs marys et nous vendent : conmae j'ay cogneu un fort brave et honneste gentilhomme qui, ayant longuement aymé une belle

i. Qu'il gagne beaucoup celui qui perd une p !

et honneste dame^ et eu d'elle la jouissance qu'il en désiroit y avoit longtemps j s'estant un jour apperceu que le mary et elle se mocquoyent de luy sur quelque trait, il en prit un si grand dépit qu'il la quitta^ et fit bien; et^ faisant un voyage lointain pour en divertir sa fantaisie, ne l'accosta jamais plus^ ainsi qu'il me dist. Et de telles femmes rusées , fines et changeantes, s'en faut donner garde comme d'une besle sauvage ; car^ pour contenter et appaiser leurs marys^ quittent leurs anciens serviteurs , et en prennent puis après d'autres, car elles ne s'en peuvent passer.

Si ay-je cogneu une fort honneste et grande dame^ qui a eu cela en elle de malheur^ que ^ de cinq ou six serviteurs que je luy ay veu de mon temps avoir, se sont morts tous les uns après les autres, non sans iin grand regret qu'elle en portoit; de sorte qu'on eust dit d'elle que c'estoit le cheval de Séjan *, d'autant que tous ceux qui montoyent sur elle mouroyent et ne vivoyent guières ; mais elle avoit cela de bon eh soy et cette vertu, que, quoy qui ayt esté, n*a jamais changé ny abandonné aucun de ses amys vivants pour en prendre d'autres ; mais, eux venans à mourir, elle s'est voulu tousjours remonter de nouveau peur n'aller à pied ; et aussi, comme disent les légistes, qu'il est permis de faire valloir ses lieux et sa terre par quiconque soit, quand elle est déguerpie

1 . Brantôme a mal traduit la locution proverbiale equus Seianus^ qui se rapportait non pas au cheval de Séjan , mais au cheval de Seius. Voyez, dans les Nuits attiques d*Aulu-Gelle , liv, III, le chap. IX intitulé : Quis et cujus modi fuerity qui in proverbio fertur equus Seianus,

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de son premier maistre '. Telle constance a esté fort en cette dame recommandable; mais si celle-là a esté jusques-là ferme ^ il y en a eu une infinité qui ont bien branslé.

Aussi ^ pour en parler franchement^ il ne se faut jamais envieillir dans un seul trou, et jamais homme de cœur ne le fit : il faut estre aussi bien adventurier* deçà et delà, en amours comme en guerre^ et en autres choses ; car si Ton ne s'asseure que d'une seule anchre en son navire, venant à se décrocher, aisément on le perd, et mesmes quand l'on est en pleine mer et en une tempeste, qui est plus sujette aux orages et vagues tempestueuses que non en une calme ou en un port.

Et dans quelle plus grande et haute mer se sçauroit-on mieux mettre et naviguer que de faire l'amour à une seule dame? Que si de soy elle n'a esté rusée au commencement j nous autres la dressons et raffinons par tant de pratiques que nous menons avec elle, dont bien souvent il nous en prend mal, en la rendant telle pour nous faire la guerre, l'ayant façonnée et aguerrie. Tant y a, comme disoit quelque gallant homme, qu'il vaut mieux se marier avec quelque belle femme et honneste , encor qu'on soit en danger d'estre un peu touché de la corne et de

i . a Cette fort honneste et grande dame » est, à n'en pa^ dou« ter, Marguerite de Valois qui fut sitôt « dëguerpie de son premier maistre. » En effet, parmi ses amants qui ont péri de mort violente, on peut citer le vicomte de Martigues, tuë en i569, la Mole, décapité en i574, Bussy d'Amboise, assassiné en 1579, le duc Henri de Guise, assassiné à Blois, etc. Voyez la préface de ia Ruelle mal assortie^ Paris, Aubry, 1855, in-B^,

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ce mal de cocuage commun à plusieurs^ que d'endurer tant de traverses et faire les autres cocus; contre Topinion de M. du Gua pourtant, auquel moy ayant tenu propos un jour de la part d^une grand' dame qui m'en avoit prié^ pour le marier^ me fit cette response seulement^ qu'il me pensoit de ses plus grands amis, et que je luy en faisois perdre la créance par tel propos, pour luy pourchasser la chose qu'il haïssoit le plus, que le marier et le faire cocu^ au lieu qu'il faisoit les autres; et qu'il espousoit assez de femmes l'année , appellant le mariage un putanisme secret de réputation et de liberté, ordonné par une belle loy ; et que le pis en cela, ainsi que je voy et ay noté, c'est que la pluspart, voire tous, de ceux qui se sont ainsi délectez à faire les autres cocus, quand ilz viennent à se marier, infailliblement ilz tombent en mariage, je dis en cocuage; et n'en ay jamais veu arriver autrement, selon le proverbe : Ce que tu feras à autruy^ il te sera fait.

Avant que finir, je diray encores ce mot : que j'ay veu faire une dispute qui est encores indécise : en quelles provinces et régions de nostre chrestienneté et de nostre Europe il y a plus de cocus et de putains? L'on dit qu'en Italie les dames sont fort chaudes, et, par ce, fort putains, ainsi que dit M. de Bèze en une épigramme; d'autant qu'où le soleil, qui est chaud et donne le plus, y eschauffe davantage les femmes, en usant de ce vers :

« Credibile est ignés multiplicare 8Uos^ » i. « On peut croire qu'il multiplie leurs feux. » Ce vers

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L'Espagne en est de mesme , encor qu'elle soit sur l'occident; mais le soleil y eschauffe bien les dames autant qu'en Orient.

Les Flamendes, les Suisses , les Allemandes^ Ângloises et Escossoises^ encor qu'elles tirent sur le midy et septentrion^ et soyent régions froides^ n'en participent pas moins de cette chaleur naturelle, comme je les ay cogneues aussi chaudes que toutes les autres nations.

Ijes Grecques ont raison de l'estre, car elles sont fort sur le levant. Ainsi souhaite-on en Italie Greca in letto: comme de vray elles ont beaucoup de choses et vertus attrayantes en elles ^ q^^^ non sans cause, le temps, passé elles sont estées les délices du monde, et en ont beaucoup appris aux dames italienes et espagnoles, depuis le vieux temps jusques à ce nouveau ; si bien qu'elles en surpassent quasi leurs anciennes et modernes maistresses : aussi la reine et impérière des putains^ qui estoit Vénus, estoit grecque.

Quant à nos belles Françoises ^ on les a veues le temps passé fort grossières^ et qui se contentoyent de le &ire à la grosse mode ; mais^ depuis cinquante ans en ça^ elles ont emprunté et appris des autres nations tant de gentillesses^ de mignardises, d'attraits et de vertus, d'habits^ de belles grâces, lascivetez, ou d'elles-mesmes se sont si bien estudiées à se façonner, que maintenant il faut dire qu'elles surpassent

est le dernier de répigramme In Italiam qui commence ainsi : Cor Italas orbes Phœbos torrentior urat.

[neodori Bezm Poemata^ Lutetias, 1548, m-8\ p. 97.)

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toutes les autres en toutes façons; et^ ainsi que j'ay ouy dire^ mesmes aux estrangers^ elles valent beaucoup plus que les autres^ outre que les mots de paillardise françois en la bouche sont plus paillards, mieux sonnans et esmouvans que les autres.

De plus, cette belle liberté françoise^ qui est plus à estimer que tout^ rend bien nos dames plus désirables, aymables^ accostables et plus passables que toutes les autres : et aussi que tous les adultères n'y sont si communément punis comme aux autres provinces, par la providence de nos grands sénats et législateurs françois^ qui^ voyans les abus en provenir par telles punitions^ les ont un peu bridées^ et un peu corrigé les loix rigoureuses du temps passé des hommes^ qui s'estoyent donnez en cela toute liberté de s'esbattre et Font ostée aux femmes ; si bien qu'il n'estoit permis à la femme innocente d'accuser son mary d'adultère^ par aucunes lois impériales et canon (ce dit Cajetan*). Mais les hommes fins firent cette loy pour les raisons que dit cette stance italiene^ qui est telle :

Perche, di quel che Natura concède Cer vieti tu, dura legge d'honoré.

Ella à noi libéral largo ne diede 0)m' agli altri animai legge d'amore.

Ma rhuomo fraudulento, e senza fede, Che fu legislalor di quest' errore,' Vedendo nostre forze e buona schiena, 0)pri la sua debolezza con la pena*.

i, Thomas de Vio, dit Cajetan, cardinal, né à Gaète en 1469, mort en 1534.

2. Pourquoi, dure loi de l'honneiu*, nous dëfends-tu ce que la

Pour fin , en France U fait bon faire l'amour. Je m'en rapporte à nos autentiques docteurs d'amours^ et xnesmes à nos courtisans^ qui sçauront mieux sophistiquer là dessus que moy. Et, pour en parler iDien au vray : putains partout, et cocus partout, ainsi cfue je le puis bien tester, pour avoir veu toutes ces r-égions que j'ay nommées,.. et autres; et la chasteté 3:i'habite pas en une région plus qu'en l'autre.

Si feray-je encor cette question, et puis plus, qui, |:>ossible, n'a point esté recherchée de tout le monde, jTBj, possible, songée : à sçavoir mon, si deux dames ^Lxnoureuses l'une de l'autre, comme il s'est veu et se ^%roid souvent aujourd'huy, couchées ensemble, et taisant ce qu'on dit donna con donna, en imitant la docte Sapho lesbienne, peuvent commettre adultère, e^ entre elles faire leurs marys cocus.

Certainement, si Ton veut croire Martial en son

px-emier livre, épigramme cxix^, elles commettent

adultère; où il introduit et parle à une femme nom-

v^ëe Bassa, tribade, luy faisant fort la guerre de ce

cfu'on ne voyoit jamais entrer d'hommes chez elle,

de sorte que l'on la tenoit pour une seconde Lucresse :

mais elle vint à estre descouverte , en ce que Ton y

V voyoit aborder ordinairement force belles femmes et

1 filles; et lut trouvé qu'elle -mesme leur servoit et

I contrefaisoit d'homme et d'adultère, et se conjoignoit

1^^^ nous permet ? EUe nous a donne la loi de l'amour aussi ^il)énle et aussi large qu'aux autres animaux. Mais Thomme trompa et sans foi, qui fut le législateur de cette erreur, voyant itotre vigueur et notre robuste ëchine, couvrit sa faiblesse par le

^* Cest, non pas la cxix*, mais la xci* épigramme du livre I.

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avec elles ; et use de ces mots geminos comnUtiere cunnos. Et puis s'escriant^ il dit et donne à songer et deviner cette énigme par ce vers latin :

Hic, ubî vir non est, ut sit adulterium^

Voila un grand cas, dit-il, que, là où il n'y a point d'homme, qu'il y ait de Padultère.

J'ay eogneu une courtisanne à Rome , vieille et rusée s'il en fut oncq, qui s'appelloit Isabelle de Lune*, espagnolle, laquelle prit en telle amitié une courtisanne qui s'appelloit la Pandore, l'une des belles pour lors de tout Rome, laquelle vint à estre mariée avec un sommeiller de M. le cardinal d'Armaignae', sans pourtant se distraire de son premier mestier : mais cette Isabelle l'entretenoit, et couchoit ordinairement avec elle; et, conmie débordée et désordonnée en paroles qu'elle estoit , je kiy ay ouy souvent dire qu'elle la rendoit plus putain, et luy faisoit faire des cornes à son mary plus que tous les rufians que jamais elle avoit eu. Je ne sçay comment elle entendoit cela, si ce n'est qu'elle se fondast sur cette épigranune de Martial.

i. Gomment il peut y avoir un adultère, là où il n'y a pas d'homme.

2. Isabelle de Luna a l'honneur d'être Théroîne d'une nouveDe de Bandello, la seizième de la quatrième partie. Elle est intitulée : Casiigo dato a IsabeUa Luna meretrice^ per la inobbediemia a li comandamenti del govematore di Roma. Édit. de Londres, 1793, in-S^", tome IX, p. 261 .

3. Georges d'Armagnac, archevêque de Toulouse (1562), puis d'Avignon (i576), cardinal (1544), ambassadeur à Vcjoise et à Rome, né vers i50i, mort le 2 juin 1585.

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On dit que Sapho de Lesbos a été une forl bonne maistresse en ce mestier^ voire, dit-on, qu^elle l'a inventé, et que depuis les dames lesbiennes Pont imitée en cela, et continué jusques aujourd'huy; ainsi €jae dit Lucian ' : que telles femmes sont les femmes de JLesbos, qui ne veulent pas souffrir les hommes, mais s'approchent des autres femmes, ainsi que les hommes mesmes« Et telles femmes qui ayment cet exercice ne voulent souffrir les hommes, mais s'adonnent à d'autres femmes, ainsi que les hommes mesmes, s'appellent tribades, mot grec dérivé, ainsi qoe j'ay appris des Grecs, de TpiSoi, TpiSeiv, qu'est autant à dire que fricare^ freyer, ou friquer, ou s'entrefix>tt0r; et tribades se disent fricatricesy en (rançois firicatriceSy ou qui font la friquarelle en mestier de donne con donne , comme Ton la trouvé ainsi aujoiurd'huy.

Juvénal parle aussi de ces femmes quand il dit :

firictum Grissantis adorât,

parlant d'une pareille tribade qui adoroit et aimoit

^ fricarelle d'une Grissante '•

Le bon compagnon Lucian en fait un chapitre , et dit ainsi , que les femmes viennent mutuellement à <^QJoindre comme les hommes, conjoignants des

1. Voyez Lucien, Dialogues des courtisanes^ dialog. V: Clona-^ ^Vh et Lexna.

2. Si le manuscrit reproduit exactement le texte de l'auteur, BnnlSme aurait pris le génitif d'un participe présent [crissaniis et non grissantis) pour un nom propre de femme. Voici le vers de Jnvénal (sat. vi, vers 323] :

Ipaa ÇUoifelia) MedulliiUB frictum crissantis adorât.

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instruments lascifs^ obscurs et monstruaux^ faits d'une forme stérilet Et ce nom^ qui rarement s'entend dire de ces fricarelles, vacque librement partout , et qu'il faille que le sexe fémenin &oit Filènes% qui iaisoit Taction de certaines amours hommasses. Toutesfois il adjouste qu'il est bien meilleur qu'une femme soit adonnée à une libidineuse affection de faire le masle^ que n'est à l'homme de s'efféminer ; tant il se monstre peu courageux et noble. La femme donc , selon cela^ qui contrefait ainsi l'hommîe^ peut avoir réputation d'estre plus valeureuse et courageuse qu'une autre, ainsi que j'en ay cogneu aucunes, tant pour leur corps que pour l'âme.

En un autre endroit*, Lucian introduit deux dames ^ devisantes de cet amour ; et une demande à l'autre — SI une telle avoit esté amoureuse d'elle, et si elle^= avoit couché avec elle , et ce qu'elle luy avoit Êdt. L'autre luy respondit librement : « Premièrement^ « elle me baisa ainsi que font les hommes, non pa^^- « seulement en joignant les lèvTCS, mais en ôuvranK^ et aussi la bouche » (cela s'entend en pigeonne^ lalan- — gue en bouche), « et, encor qu'elle n'eust point 1^ « membre viril, et qu'elle fiist semblable à nous au— et très, si est-ce qu'elle disoit avoir le cœur, l'affection a et tout le reste viril; et puis je l'embrassay comme « un homime, et elle me le faisoit, me baisoit et allan-

1. Voyez dans Lucien les Amours^ chap. xxvni. Brantôme a copie textuellement la traduction de Filbert Bretin, tome II, p. 400.

2. Philenis, nom d'une courtisane que Lucien mentionne plusieurs fois et entre autres dans le VI* Dialogue des courtisanes.

3. Dans le dialogue V cite plus haut. Brantôme a encore copié la traduction de Bretin, tome II, p. 702.

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« toit * (je n'entends point bien ce mot); et me semer bloit qu elle y prit plaisir outre mesure; et coha- « bita d'une certaine façon beaucoup plus agréable u que d'un homme. » Voilà ce qu'en dit Lucian.

Or, à ce que i'ay ouy dire, il y a en plusieurs endroits et régions force telles dames et lesbiennes, en France, en Italie et en Espagne , Turquie, Grèce et autres lieux. Et où les femmes sont recluses, et n'ont leur entière liberté, cet exercice s'y continue fort; car telles femmes bruslantes dans le corps, il faut bien 9 disent-elles, qu'elles s'aydent de ce remède, pour se rafiraischir un peu, ou du tout qu'elles bruslent.

Les Turques vont aux bains plus pour cette paillardise que pour autre chose, et s'y adonnent fort. Mesme les courtisannes; qui ont les hommes à commandement et à toutes heures , encor usent-elles de ces fricarelles, s' entrecherchent et s'entr'ayment les unes les autres, comme je l'ay ouy dire à aucunes en Italie et en Espagne. En nostre France, telles femmes sont assez communes; et si dit-on pourtant qu'il n'y a pas longtemps qu'elles s'en sont meslées , mesmes qae la façon en a esté portée d'Italie par une dame de qualité que je ne nommeray point.

J'ay ouy conter k feu M. de Clermont-Tallard le

jeune *, qui mourut à La Rochelle, qu'estant petit

garçon, et ayant l'honneur d'accompagner M. d'An-

1 jou, despuis nostre roy Henry ITI , en son estude , et

U y a dans la traduction (p. 703) alautoit, ëvidemment pour iletoit^ ce cpii rend bien le sens du grec iSaOfxaivs.

Henri, comte de Germont et de Tonnerre, tuë en avril i 573.

198 DES DAMBS.

estudier avec luy ordinairement, duquel M. de Gourinay estoit précepteur; un jour, estant à Thoulouze, estudiant avec sondit maistre dans son cabinet^ et estant assis dans un coin à part, il vid, par une petite fente (d^autant que les cabinets et chambres estoyent de bois , et avoyent esté faits à l'improviste et à la haste par la curiosité de M. le cardinal d'Armaignac^ archevesque de là , pour mieux recevoir et accommoder le roy et toute sa cour)^ dans un autre cabinet^ deux fort grandes dames, toutes retroussées et leurs callesons bas, se coucher l'une sur l'autre^ s'entrebaiser en forme de colombes, se frotter^ s'entrefriquer, bref se remuer fort^ paillarder et imiter les hommes ; et dura leur esbattement près d'une bonne heure, s'estans si très-fort eschauffées et lassées^ qu'elles en demeurèrent si rouges et si en eau, bien qu'il fit grand froid, qu'elles n'en purent plus et furent contraintes de se reposer autant» £t disoit qu'il vit jouer ce jeu quelques autres jours ^ tant que la ^ cour fut là, de mesme façon; et oncques plus n'eut-il ^ la commodité de voir cet esbattement, d'autant que ^ ce lieu le favorisoit en cela^ et aux autres il ne put.

Il m'en contoit encor plus que je n'en ose escrire^ et me nommoit les dames. Je ne sçay s'il est vray ;. mais il me l'a juré et affirmé cent fois par bons sermens. £t^ de fait, cela est bien vraysemblable; car telles deux dames ont bien eu tousjours cette réputation de faire et continuer l'amour de cette façon^ et de passer ainsi leur temps.

J'en ay cogneu plusieurs autres qui ont traitté de mesmes amours, entre lesquelles j'en ay ouy conter d*une de par le monde^ qui a esté fort superlative en

DES DABfBS. 199

cela^ et qui aymoit aucunes darnes^ les honiioroit et les servoit plus que les hommes/et leur faisoit lamour comme un homme à sa maistresse; et si les prenoit avec elle, les entretenoit à pot et à feu, et leur donnoît ce qu'elles vouloyent. Son mary en estoit trèsaise et fort content, ainsi que beaucoup^d'autres marys que j'ay veu, qui estoyent fort aises que leurs femmes menassent ces amours plustost que celles des hoimnes (n'en pensant leurs femmes si folles ny putains). Mais je croy qu'ilz sont bien trompez : car, à ce que j'ay ouy dire, ce petit exercice n'est qu'un apprentissage pour venir à celuy grand des hommes; car, après qu'elles se sont eschauffees et mises bien en rat les unes et les autres, leur chaleur ne se diminuant pour cela, faut qu'elles se baignent par une eau vive et courante, qui raffraischit bien mieux cju'nne eau dormante; aussi que je tiens de bons chirurgiens et veu* que, qui veut bien penser et guérir une playe, il ne faut qu'il s'amuse à la médicamenter et nettoyer à l'entour ou sur le bord; mais il la £siut sonder jusques au fonds, et y mettre une sonde et une tente bien avant.

Que j'en ay veu de ces Lesbiennes, qui, pour toutes leurs firicarelles et entre-frotteinens, n'en laissent d'aller aux hommes ! mesmes Sapho, qui en a esté la maistresse, ne se mit-elle pas à aymer son grand amy Faon, après lequel elle mouroit? Car, enfin, comme j'ay ouy raconter à plusieurs dames, il n'y a que les hommes; et que de tout ce qu'elles prennent avec les autres femmes, ce ne sont que des

i . Et j'ai vu.

tirouers pour s'aller paistre de goi^es-chaudes avec les hommes : et ces fricarelles ne leur servent qu'à faute des hommes. Que si elles les trouvent à propos et sans escandale, elles lairroyent bien leurs com* pagnes pour aller à eux et leur sauter au collet.

J'ay cogneu de mon temps deux belles et honnestes damoiselles de bonne maison, toutes deux cousines, lesquelles ayant couché ensemble dans un mesme lict l'espace de trois ans^ s'accoustumèrent si fort à cette fricarelle^ qu'après s'estre imaginées que le plaisir estoit assez maigre et imparfait au prix de celuy des hommes^ se mirent à le taster avec eux^ et en devinrent trè«-bonnes putains; et confessèrent après à leurs amoureux que rien ne les avoit tant desbauchées et esbranlées à cela que cette fricarelle, la détestant pour en avoir esté la seule cause de leur desbauche. Et^ nonobstant^ quand elles serencontroyent, . ou avec d'autres , elles prenoyent tousjours quelque repas de cette fricarelle, pour y prendre tousjours plus grand appétit de l'autre avec les hommes. Et c'est ce que dit une fois une honneste damoiselle que j'ay cogneue^ à laquelle son serviteur demandoit un jour si elle ne Êdsoit point cette fricarelle avec sa compagne, avec qui elle couchoit ordinairement, ce Ah ! non^ dit-elle en riant, j'ayme trop les hommes ; » mais pourtant elle faisoit l'un et l'autre.

Je sçay un honneste gentilhomme', lequel^ désirant un jour à la cour pourchasser en mariage une fort honneste damoiselle, en demanda l'advis à une

1. C'est Brantôme lui-même, ainsi qu'on le voit quelques lignes.] plus loin.

sienne parente. Elle luy dit firanohement qu'il y perdroit son temps; d'autant^ me dit-elle, qu'une telle dame qu'elle me nomma ^ et de qui j'en sçavois des nouvelles, ne permettra jamais qu'elle se marie. J'en cogneus soudain l'eneloueure , parce que je sçavois bien qu'elle tenoit cette damoiselle en ses délices à pot et à feu, et la gardoit précieusement pour sa bouche. Le gentilhomme en remercia sadite cousine de ce bon advis, non sans luy Êiire la guerre en riant, qu'elle parloit aussi en cela pour elle comme pour l'autre ; car elle en tirait quelques petits coups en robbe quelquesfois : ce qu'elle me nia pourtant.

Ce trait me fait ressouvenir d'aucuns qui ont ainsi des putains à eux, mesmes qu'ilz ayment tant qu'ils n'en feroyent part pour tous les biens du monde, fîist à un prince, à un grand, fust à leur compagnon, ny à leur amy, tant ilz en sont jaloux , comme un ladre de son barillet; encor le présente-il à boire à qui en veut. Mais cette dame vouloit garder cette damoiselle toute pour soy, sans en départir à d'autres : pourtant si la faisoit-elle cocue à la dérobade avec aucunes de ses compagnes.

On dit que les belettes sont touchées de cet amour, et se plaisent de femelles à femelles à s'entre-conjoindre et habiter ensemble ; si que , par lettres hiérc^lifiques, les femmes s'entre-aymantes de cet amour estoyent jadis représentées par des belettes. J'ay ouy parler d'une dame qui en nourrissoit tousjours , et qui se mesloit de cet amour, et prenoit plaisir de voir ainsi ces petites bestioles s'entre-habiter.

Voicy un autre poinct : c'est que ces amours féme-

202 DBS DAMBS.

nines se traittent en deux façons , les unes par frtcarelies^ et par, comme dit ce poète^ geminos cornmittere cunnos. Cette £aiçon n'apporte point de dommage, ce disent aucuns , comme quand on s*ayde d'instrumens façonnez de ....^, mais qu'on a voulu appeler des g....**..

J'ay ouy conter qu'un grand prince % se doutant deux dames de sa cour qui s*en aydoient, leur fît foire le guet si bien qu'il les surprit^ tellement que l'une se trouva saisie et accommodée d'un gros entre les jambes y gentiment attaché avec de petites bandelettes à Fentour du corps, qu'il sembloit un membre naturel. Elle en fut si surprise qu'elle n'eut loisir de l'oster; tellement que ce prince la contraignit de luy monstrer comment elles deux se le faisoyent.

On dit que plusieurs femmes en sont mortes^ pour engendrer en leurs matrices des apostumes Élites par mouvemens et frottemens point naturels. J'en sçay bien quelques-unes de ce nombre , dont ça esté grand dommage, car c'estoyent de très-belles et bonnestes dames et damoiselles , qu'il eust bien mieux vallu qu'elles eussent eu compagnie de quelques honnestes gentilshommes, qui pour cela ne les font mourir, mais vivre et resusciter, ainsi que j'espère le dire ailleurs; et mesmes, que, pour la guérison de tel mal, comme j'ay ouy conter à aucuns chirurgiens, qu'il n'y a rien plus propre que de les faire bien nettoyer là-dedans par ces membres naturels des hom-

i. Le mot est reste en blanc dans le manuscrit. 2. Ce doit ttre Henri III.

mes, qai sont meilleurs que des pessères* qu'usent les médecins et chirurgiens, avec des eaux à ce composées; et toutesfois il y a plusieurs femmes, nonobstant les inconyénients qu'elles en voyent arriver souvent^ si &ut-il qu'elles en ayent de ces engins contrefaits.

Pay ouy £adre un conte, moy estant lors à la cour^ que la reine mère ayant fait commandement de viater un jour les chambres et cofires de tous ceux qui estoyent logez dans le Louvre, safis espargner dames et filles, pour voir s'il n'y avoit point d'armes cachées et mesmes des pistolets, durant nos troubles, il y en eut une qui fut trouvée saisie dans son coffre par le capitaine des gardes, non point de pistolets,

mais de quatre gros g gentiment façonnez,

qui donnèrent bien de la risée au monde , et à elle bien de l'estonnement. Je cognois la damoiselle : je croy qu'eUe vit encores; mais elle n'eut jamais bon visage. Tels instruments enfin sont très-dangereux*

Je feray encor ce conte de deux dames de la cour qui s'entr'aymoient si fort, et estoyent si chaudes à leur mestier, qu'en quelque endroit qu'elles fussent, ne s'en pouvoyent garder ny abstenir que pour le moins ne fissent quelques signes d'amourettes ou de baiser; qui les escandalisoyent si fort et donnoyent à penser beaucoup aux hommes. U y en avoit une veufve, et Tautre mariée; et comme la mariée, un jour d'une grand' magnificence ^ se fiist fort bien parée et habillée d'une robbe de toille d'ai^ent, ainsi que leur maistresse estoit allée à vespres, elles en-

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