I. Petsère^ pessaire
trèrent dans son cabinet^ et sur sa chaise percée se mirent à faire leur fricarelle si rudement et si impétueusement^ qu'elle en rompit sous elles, et la dame mariée qui faisoit le dessous tomba avec sa belle robbe de toille d'argent à la renverse, tout à plat sur l'ordure du bassin, si bien qu'elle se gasta et souilla si fort qu'elle ne sceut que foire de s'essuyer le mieux qu'elle peut, se trousser, et s'en aller à grande haste changer de robbe dans sa chambre, non sans pourtant avoir esté apperceue et bien sentie à la trace, tant elle puoit : dont il en fut ry assez par aucuns qui en sceurent le conte ; mesmes leur maistresse le sceut, qui s'en aydoit comme elles, en rist son saoul. Aussi il falloit bien que cette ardeur les maistrisât fort, que de n'attendre un lieu et un temps à propos, sans s'escandaliser. Encor excuse-on les filles et femmes veufves pour aymer ces plaisirs frivols et vains, aymians bien mieux s'y adonner et en passer leurs chaleurs, que d'aller aux hommes et se faire engroisser et se déshonnorer, ou de foire perdre leur fruict, comme plusieurs ont faict et font; et ont opinion qu'elles n'en offensent pas tant Dieu, et n'en sont pas tant putains conune avec les hommes : aussi y a-il bien de la différence de jetter de l'eau dans un vase, ou de l'arrouser seulement alentour et au borid. Je m'en rapporte à elles. Je ne suis pas leur censeur ny leur mary; s'ils le trouvent mauvais, encor que je n'en aye point veu qui ne fussent très-aises que leurs femmes s'amourachassent de leurs compagnes, et qu'ilz voudroyent qu'elles ne fussent jamais plus adultères qu'en cette façon; comme de vray, telle cohabitation est bien diférente de celle d'avec les
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hommes, et^ qaoy que die Martial % ilz n'en sont pas cocus pour cela. Ce n'est pas texte d'évangile, que celui d'un poète fol. Dont , comme dit Lucian V il est bien plus beau qu'une femme soit virile ou vraye amazone^ ou soit ainsi lubrique^ que non pas un homme soit fémenin^ comme un Sardanapale ou Héliogabale^ ou autres force leurs pareils ; car d'autant fias qu'elle tient de l'homme^ d'autant plus elle est courageuse : et de tout cecy je m'en rapporte à la décision du procez.
M. du Gua et moy lisions une fois un petit livre en italien^ qui s'intitule de la Beauté^, fait en dialogue par le seigneur Angelo FiorenzoUe^ Florentin, et tomJbasmes sur un passage où il dit qu'aucunes femelles qui furent faites par Jupiter au commencement, forent créées de cette nature, qu'aucunes se mirent à aymer les hommes, et les autres la beauté de l'une et de l'autre; mais aucunes purement et saintement, comme de ce genre s'est trouvée de nostre temps, comme dit l'autheur*, la très-illustre Marguerite d'Austriche, qui ayma la belle Laodomie Fortenguerre'; les autres lascivement et paillardement,
i. Vojez plus haut, p. 194. — 2. Les Amours^ chap. xxtiii.
3. Le Dialogo délie bellezze délie donne d'Agnolo Firenzuola parut dans ses Prose ^ Florence, 1548, in-8'', et a été traduit en français sous le titre de Discours de la beauté des dames , prins de t italien du seigneur Ange Firenzuole^ par J. Pallet. Paris, Abel
.l'Angelier, i578,in-8».
4. ce Amano la bellezza Tuna dell'altra, chi puramente e santam^ite, corne la élégante Laudomia Forteguerra la ilhistrissima Margherita d'Austria; chi lascivamente, corne Safib la Lesbia. » (A. Firenzuola, Opere^ Biilano, 1802, in-S^*, tome I, p. 27.)
5. Alessandro Piccolomini a dédié son livre de Le Stelle fisse
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comme Sapho lesbienne^ et de nostre temps à Rome la grande courtisanne Cécile vénétiemie; et icelles de nature haïssent à se marier^ et fuyent la conversation des honpnes tant qu'elles peuvent.
Là-dessus M. de Gua reprît Tauteuri disant que cela estoit faux que cette belle Mai^erite aymast cette belle dame de pur et saint amour; car puisqu'elle l'avoit mise plustost sur elle que sur d'autres qui pouvoyent estre aussi belles et vertueuses qu elle^ il estoit à présumer que c'estoit pour s'en servir en délices^ ne plus ne moins comme d'autres; et pour en couvrir sa lasciveté^ elle disoit et publioit qu'elle Taymoit saintement^ ainsi que nous en voyons plusieurs ses semblables^ qui ombragent leurs amours par pareils mots.
Voilà ce qu'en disoit M. du Gua; et qui en voudra outre plus en discourir là-dessus^ faire se peut.
Cette belle Marguerite^ fut la plus belle princesse
Venise , in-4°, alla nobilissima et bellissima madonna Laudomia Forteguerri gentil donna senese.
i . Brantôme s'est mépris sur la Marguerite nommée par Fîrenzuola. La duchesse de Savoie, tante de Oiarles-Quint, mourut en 1530, à cinquante ans. La noble Siennoise, « l'élégante Laudomia »>, était encore assez jeune vers 1563 pour être traitée de àdiissima dans la dédicace de Piccolomini (voyez la note précé* . dente), et l'on ne comprendrait guère qu'une amitié comme celle dont parle l'écrivain florentin (non sans méchanceté peut-être) eût pu exister entre deux personnes d'un âge aussi disproportionné. De plus, la duchesse passa ses vingt-trob dernières années en Franche-Gon^té ou dans les Pays-Bas dont elle était gouvernante et ne mit probablement jamais les pieds en Toscane, patrie de Laudomia. Toute difficulté disparait, s'il s'agit de la Marguerite qui fut non pas tante, mais fille naturelle de Charles-Quint. Née en 1522, elle épousa en i 533 le duc de Florence Alexandre de Médicis. Deve-
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qui fui de son temps en la ohrestienté. Ainsi beautez et beautez s'entr'ayment de quelque amour que ce soit^ mais du lascif plus que de l'autre. Elle fut remariée en tierces noces^ ayant en premières espousé le roy Charles huitiesme , en seconde Jean , fils du roy d'Arragon^ et la troisiesme avec le duc de Savoye, qu'on appelloit le Beau *; si que, de son temps, on les disoit le plus beau pair' et le plus beau couple du monde; mais la princesse n'en jouit guières de cette copulation y car il mourut fort jeune ^ et en sa plus grande beauté ^ dont elle en porta les regrets très-extresmes , et pour ce ne se remaria jamais.
Elle fit faire bastir cette belle église qui est vers Bourg en Bresse*, Pun des plus beaux et plus suparbes bastimens de la chrestienté. Elle estoit tante de l'empereur Charles, et assista bien à son nepveu ; car elle vouloit tout appaiser, ainsi qu'elle et madame la régente au traitté de Cambray firent, où toutes deux se virent et s'assemblèrent là, où j'ay ouy dire aux anciens et anciennes qu'il faisoit beau voir ces deux grandes princesses.
nue veuve (iS37), elle se remaria (1538) à Octave Famèse, duc de Panne, et habita l'Italie jusqu'au moment où en 1559 elle devint gouvernante des Pays-Bas. Ajoutons enfin que plus loin, à roocasion du sîëge de Sienne (1554), Brantôme lui-même parle d'une dame Fortenguerra qui, d'après son prénom Tarsia, ne peut être l'amie de Marguerite.