‹ Œuvre complètes (volume 2)Chapitre 56 sur 217 · Pair, paire, couple · texte numérisé non relu

Pair, paire, couple

3. L'église de Brou. Litta, dans les fascicules consacrés à la maison de Savoie, a donné plusieurs planches représentant cette église et les tombeaux qu'elle renferme.

Corneille Agripa a fait un petit traitté de la vertu des femmes ^, et tout en la louange de cette Marguerite. Le livre en est très-beau, qui ne peut estre autre pour le beau sujet, et pour l'auteur^ qui a esté un très-grand personnage.

J^ay ouy parler d'une grand* dame princesse, laquelle , parmy les filles de sa suitte , elle en aymoit une par-dessus toutes et plus que les autres; en quoy on s'estonnoity car il y en avoit d'autres qui la surpassoyent en tout ; mais enfin il fut trouvé et descouvert qu'elle estoit hermafrodite, qui luy donnoit du passe-temps sans aucun inconvénient ny escandale. C'estoit bien autre chose qu'à ces tribades : le plaisir pénétroit un peu mieux.

J'ay ouy nommer une grande qui est ausâi hermafrodite, et qui a ainsi un membre viril, mais fort petit, tenant pourtant plus de la femme, car je la)veue très-belle. J'ay entendu d'aucuns grands médecins qui en ont vu assez de telles, et surtout trèslascives.

Voilà enfin ce que je diray du sujet de ce chapitre, lequel j'eusse pu allonger mille fois plus que je n'ay fait, ayant eu matière si ample et si longue^ que si tous les cocus et leurs femmes qui les font se tenoyent tous par la main, et qu'il s'en pust faire ur cerne, je croy qu'il seroit assez bastant pour entourne^ et circuir la moitié de la terre.

Du temps du roy François fut une vieille chansom.

i • Declamatio de nohilitate et prxcellentia fœmini sexus^ ào^ la première édition est de 1529, Anvers, in-8*»; ce livre, plusieu^^ fois réimprime et traduit, est dédié à Blarguerite.

que j'ay ouy conter à une fort honneste et ancienne dame^ qui disoit :

Mais quand viendra la saison

Que les cocus s'assembleront, Le mien ira devant, qui portera la bannière; Les autres suivront après, le vostre sera au darrière.

La procession en sera grande,

L'on y verra une très-longue bande.

Je ne veux pourtant taxer beaucoup d'honnestes et sages femmes mariées, qui se sont comportées vertueusement et constamment en la foy saintement promise à leurs marys ; et en espère faire un chapitre a part à leur louange^ et faire mentir maistre Jean de Mun, qui en son Romçint de la Rose^ dit ces mots : <r Toutes vous autres femmes....

Estes ou fustes, D'effet ou de volonté putes*, »

tjont il encourut une telle inimitié des dames de la oour pour lors, qu^elles, par une arrestée conjuration et advis de la reine entreprindrent un jour de le fouetter , et le despouillèrent tout nud ; et estans furestes à donner le coup, il les pria qu'au moins c^elle qui estoit la plus grand' putain de toutes com- :i3Qançast la première : chacune, de honte, n'osa comxiaencer; et par ainsi il évita le fouet. J'en ay veu l^liistoire représentée dans une vieille tapisserie des '^rieux meubles du Louvre.

J'aymerois autant un prescheur qui, preschant un

l. Vers 9192.

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jour en une bonne compagnie^ ainsi qu'il reprenoit les mœurs d'aucunes femmes et leurs marys qui enduroyent estre cocus d'elles, il se mil à crier : « Ouy, w je les cognois, je les voy, et m'en vois jetter ces « deux pierres à la teste des plus grands cocus de la a compagnie; » et^ faisant semblant de les jetter, il n'y eut homme du sermon qui ne baissât la teste, ou mit son manteau , ou sa cappe, ou son bras audevant, pour se garder du coup. Mais luy, les retenant, leur dit : « Ne vous di-je pas? je pensois qu'il ic n'y eust que deux ou trois cocus en mon sermon ; M mais, à ce que je vois, il n'y en a pas un qui ne « le soit. »

Or, quoy que disent ces fols, il y a de fort sages et honnestes femmes, auxquelles, s'il falloit livrer battailles à leurs dissemblables, elles Temporteroyent ^ non pour le nombre, mais par la vertu, qui combat et abat son contraire aisément.

Et si ledict maistre Jean de Muns blasme celles qui sont de volonté putes, je trouve qu'il les faut plustost louer et exalter jusques au ciel, d'autant que si elles bruslent si ardamment dans le corps et dans l'âme, et ne venant point aux effets, font parestre leur vertu, leur constance et la générosité de leur coeur, aymant plustost brusler et se consumer dans leurs propres feux et fiâmes, comme un phénix rare, que de forfaire ny souiller leur honneur, et comme la blanche hermine, qui ayme mieux mourir que se souiller (devise d'une très-grande dame que j'ay cogneue, mais mal d'elle pratiquée pourtant), puisqu' estant en leur puissance d'y pouvoir remédier, se conmiandent si généreusement, et puisqu'il n'y a plus belle

Tertu ny vietoîre que de se commander et yainqre soy-mesme. Nous en avons une histoire très^belle dans les Cent l^auç^Ues de la reine de Navarre*, de cette honneste dame de Pampelune, qui^ estant dans son âme et de volonté pute^ et bruslant de l'amour de M. d'Avannes^ si beau prince, elle ayma mieu)^ mourir dans son feu que de chercher son remède > ainsi qu'elle luy sceut bien dire en ses derniers pro« pos de sa mort.

Cette honneste et belle dame se donnoit bien la mort très ^iniquement et injustement; et, comme j'ouls dire sur ce passage à un honneste homme et honneste dame^ cela ne fut point sans offenser Dieu, puisqu'elle se pouyoit délivrer de la mort. Et se la pourchasser et avancer ainsi, cela s'appelle proprement se tuer soy-mesme; ainsi qu'il y a plusieurs de ses pareilles qui , par ces grandes continences et abstinences de ce plaisir^ se procurent la mort, et pour l'âme et pour le corps.

Je tiens d'un très-grand médecin (et pense qu'il en a donné telle leçon et instruction à plusieurs honnestes dames) que les corps humains ne se peuvent jamais guières bien porter, si tous leurs membres et parties, depuis les plus grandes jusques aux plus petites, ne font ensemblement leurs exercices et fonctions que la sage nature leur a ordonné pour leur santé, et n'en facent une commune accordance.

i . Voyez la XXVI* Nouvelle. Le beau prince, héros de l'aventore, était Gabriel d'Albret, seigneur d'Avesnes et de Lesparre, Tice*roi de Naples, sëfiécbal de Guyenne (1490), mort probableten iS03.

2i2 DES DAMES

comme d'un concert de musique, n'estant raison qu'aucunes desdites parties et membres travaillent, et les autres chaument; ainsi qu'en une république faut que tous officiers, artisans, mianouvriers et autres , facent leur besogne unanimement , sans se reposer ny se remettre les uns sur les autres, si l'on veut qu'elle aille bien et que son corps demeure sain et entier : de mesmes est le corps humain.

Telles belles dames, putes dans l'âme et chastes du corps, méritent d'éternelles louanges; mais non pas celles qui sont froides comme marbre, molles, lascheset immobiles plus qu'un rocher, et ne tiennent de la chair, n'ayant aucuns sentiments (il n'y en a. guières pourtant), qui ne sont point ny belles ny recherchées, et, comme dit le poète,

. . • • Casta quam nemo rogavit*.

« chaste qui n'a jamais esté priée. » Sur quoy je cog— nois une grande dame qui disoit à aucunes de se^ compagnes qui estoyent belles : « Dieu m'a fait un^ « grand' grâce de quoy il ne m'a fait belle comm^ « vous autres, mesdames; car aussi bien que vou^ « j'eusse fait l'amour , et fusse estée pute commet « vous. » A cause de quoy peut-on louer ces belles ainsi chastes, puisqu'elles sont de telle nature.

Bien souvent aussi sommes-nous trompez en telles dames; car aucunes y en a qu'à les voir mineuses ', piteuses, marmiteuses, froides, discrètes, serrées et

i. Ovide, Amores^ lib. I, eleg. viii, vers 43. 2. Mineuse^ faisant des mines*

DES DAMES. 2i3

modestes en leurs paroles et en leurs habits réformez, qu*on les prendroit pour des saintes et très-prudes femmes, qui sont au dedans et par volonté, et au dehors par bons effets, bonnes putains.

D'autres en voyons-nous qui , par leur gentillesse et leurs paroles follastres, leurs gestes gays et leurs habits mondains et affectez, on les prendroit pour fort débauschées, et prestes pour s'adonner aussitost; mais pourtant de leur corps sont fort femmes de bien devant le monde : en cachette, il s'en faut rapporter à la vérité aussi cachée.

J'en alléguerois force exemples que j'ay veu et sceu; mais je me contenteray d'alléguer cettui-cy, que Tite-Live allègue *, et Bocace ' encor mieux, d'une gentille dame romaine nommée Claudie Quin tienne', laquelle paroissant dans Rome pardessus toutes les autres en ses habits pompeux et peu modestes, et en ses façons gayes et libres mondaine plus qu'il ne falloit, acquist très-mauvais bruit touchant son honneur ; mais le jour venu de la réception de la déesse Cybelle, elle l'esteignit du tout; car elle eut Thonxieur et la gloire , pardessus toutes les autres , de la recevoir hors du batteau, la toucher et la transporter à la ville, dont tout le monde en demeura eslonné; car il avoit esté dit que le plus homme de bien et la plus femme de bien estoyent dignes de cette chaîne. Voilà comme le monde est fort trompé en plusieurs de nos dames. L'on doit premièrement fort

i . liv. XXIX, chap. xnr.

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