‹ Œuvre complètes (volume 2)Chapitre 57 sur 217 · Ûaiidia Quinta · texte numérisé non relu

Ûaiidia Quinta

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les connoistre et examiner avant qdé les juger^ tan d'une que de l'autre sorte.

Si faut-il, avant que fermer ce pas, que je die Un autre belle vertu et propriété que porte le eoeuage que je tiens d'une fort honneste et belle dame d bonne part ^^ au cabinet de laquelle estant un jou entré, je la trouvé sur le point qu'elle vénoit d'achc ver d'escrire un conte de sa propre main, qu'elle m monstra fort librement, car j'éstois de ses bons amis et ne se cachoit point de moy : elle estoit fort spiri tuelle et bien disante , et fort bien duite à l'amour et le commencement du conte estoit tel :

« Il semble, dit-elle, qu'entr'autres belles proprit « tez que le cocuage peu^ apporter, c'est ce beatl i ce bon sujet par lequel on peut bien connoistre con « bien gentiment l'esprit s'exerce pour lé plaisir i K contentement de la nature humaine, d'autant qu « c'est luy qui veille , et qui invente et façonne l'ai « tifice nécessaire à y pourvoir, sâhs que la natui « y fournisse que le désir et l'appétit sensuel, conux « l'on peut cacher, par tant de ruses et astuces qi (c se pratiquent au mestier de l'amour, qui est celu a qui imprime les cornes; car il faut tromper un mar] a jaloux, soupçonneux et colère ; il faut tromper e «f voiler les yeux des plus prompts à recevoii* di « mal, et pervertir les plus curieux de là connais « sance de la vérité; faire croire de là fidélité là 6Û i « n'y a que toute déception ; plus de franchise la d a il n'y a que dissimulation, et plus de crainte là où « y a plus de licence : bref, par toutes ces diffioulte:

i , Bien probablement Marguerite de Valois.

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ce et pour venir dessus ces discours, ce ne sont pas « actes à qiioy la vertd naturelle puisse parvenir.; il « en feut donner TadVantage à l'esprit, lequel fournit <c le plaisir et bastit plus de cojrnes que le corps qui €i les plante et clievillè, »

Voilà les propres mots du discours de cette dame, sans les chahget^ âticuiiement, qu'elle fait au cornxnenéement de sbil coihpte, qui se faiâôit d'elletuesme; mais elle Tàdonibroit* par d'autres noms; et puis, poùrsuivatlt les amourà de là dame et du seigneur avec qui elle avôit à faire, et pour venir là et à la perfection, elle allègue que l'apparence de l'amour n'est qu'une apparence de contenteitient. Il est du tout ^ns forme jUscJues à son entière joiiissanee et possessibri, et bien souvent l'on croit qu'elle soit vehiie à cette extrémité, que l'on est bien loin de son compte; et, pour récompense, il ne reste rien qile le tem^s perdu, duqtlel l'ori porte un e\tresme regret. (Il faut bieii noter et peser ces dernières parolles, car fellës portent coup, et de quoy à blasoniier.) Pourtant il n'y a que la jouissance en amour et polit l'homme et pour la femme, pour ne regretter rîeii du temps passé. Et pbiir ce, cette honueste dame qui ësCrivoit ce conte, dbnnà Un rendez- Yous à sbn serviteur dans Un bois, où souvent s'alloit pourmener en une fort belle allée , à l'entrée de laquelle elle laissa ses femmes j et lé va trouver sous un beau et large chesne ombrageux ; car c'estoit en esté i a Là où D, dit la dame en son conte par ces pro-

1. Adombrer^ mettre à Tombre, voiler, déguiser; de l'italien adombrare.

près mots^ « ne faut point douter la vie qu'ils déme- « nèrent pour un peu, et le bel autel qu'ils dressèrent « au pauvre maryau temple de Créaton*, bien qu*ilz « ne fussent en Délos », qui estoit fait tout de cornes : pensez que quelque bon compaignon l'avoit fondé.

Voilà comment cette dame se mocquoit de son mary, aussi bien en ses escrits comme en ses délices et eflFets. Et qu'on note tous ses mots, ilz portent de l'efficace, estans prononcez mesmes et escrits d'une si habile et honneste femme.

Le conte en est très-beau, que j'eusse icy volontiers mis et inséré ; mais il est trop long , car les pourparlei*s, avant que venir là^ sont beaux et longs aussi^ reprochant à son serviteur, qui la louoit exlresmement qu'il y avoit en luy plus d'œuvre de naturelle et nouvelle passion qu'aucun bien qui fust en elle, bien qu'elle fust des belles et honnestes; et, pour vaincre cette opinion, il fallut au serviteur faire de grandes'preuves de son amour, qui sont fort bien spécifiées en ce conte : et puis estant d'accord, l'on y void des ruses, des finesses et tromperies d'amour en toutes sortes, et contre le mary et contre le monde, qui sont certes fort belles et très-fines.

Je priay cette honneste dame de me donner le

i. Il y avait à Dëlos, non pas un temple, mais un autel formé uniquement de coraes (x^paTwv) entrelacées. «Cet autel, dit Plutarque, est renomme et célébré entre les sept miracles du monde, pource que, sans aucune colle ny autre sorte de ligature, il est tout basty et construit de cornes , de costé droict seulement. *> {Œuvres mêlées^ trad. Amyot, Quels animaux sont les plus advisez^ chap. Lxxxvii, édit. 1808, tome II, p. 167.)

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ouble de ce conte ; ce qu^elle fit très- volontiers, et le voulut qu'autre le doublast* qu'elle, de peur de urprise, que je garde fort précieusement*.

Cette dame avoit raison de donner cette vertu et ropriété au cocuage; car, avant que se mettre à amour, elle estoit fort peu habile; mais l'ayant *aitté, elle devint Tune des spirituelles et habiles ïmmes de France, tant pour ce sujet que pour d'au- •es. Et de fait, ce n'est pas la seule que j'ay veue qui est habilitée* pour avoir traitté l'amour, car j'en ay eu une infinité très-sottes et mal-habiles à leur comlencement; mais elles n'avoyent demeuré un an à académie de Cupidon et de Vénus madame sa mère, u'elles en sortoyent très-habiles et très-honnestes rmmes en tout ; et quant à moy, je n'ay veu jamais utain qui ne fust très -habile et qui ne levast la Eiille.

Si feray-je encor cette question : en quelle saison & Tannée se fait plus de cocus , et laquelle est plus popre à l'amour, et à esbranler une femme, une îufire ou une fille? Certainement la plus commune >ix est qu'il n'y a pour cela que le printemps, qui iveille les corps et les esprits endormis de l'hyver scheux et mélancholiq ; et puisque tous les oyseaux . animaux s*en resjouissent et entrent tous en noursy les personnes qui ont autre sens et sentiment en ressentent bien davantage, et surtout les femmes »elon l'opinion de plusieurs philosophes et méde-

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