Prime^ première (saison), printemps
se voyant ainsi belles, blanches, caillées*, poupines et en bon point, entrent soudain en rut et tentation; et, sur ce, Êiut aller au masle ou du tout brusler toutes vives, dont on en a veu fort peu ; aussi seroyentelles bien sottes. Et si elles sont couchées dans leurs beaux licts, ne pouvants endurer ny couvertes ny linceux, se mettent en leurs chemises retroussées à demy nues; et le matin, le soleil levant donnant sur elles, et venans à se regarder encor mieux à leur aise de tous costez et toutes parts, souhaittent leurs amys, et les attendent. Que si par cas ilz arrivent sur ce poinct, sont aussitost les bien venus, pris et embrassez; «car lors, disent-elles, c^est la meilleure em- <c brassade et jouissance d'aucune heure du jour » ; « d'autant, disoit un jour une grande, que le c. . est (( bien confit, à cause du doux chaud et feu de la « nuict, qui l'a ainsi cuit et confit, et qu'il en est « beaucoup meilleur et savoureux. »
L'on dit pourtant par un proverbe ancien : Juin et juillet, la bouche mouillée et le v.. sec; encor met-on le mois d'aoust : cela s'entend pour les hommes, qui sont en danger quand ils s'esbhauffent par trop en ces temps, et mesmes quand la canicule domine, à quoy ilz y doivent aviser; mais s'ils se veulent brûler à leur chandelle, à leur dam. Les femmes ne courent jamais cette fortune , car tous mois, toutes saisons, tous temps, tous signes leur sont bons.
Or les bons fruits de l'été surviennent, qui semblent devoir rafraischir ces honnestes et chaleureuses
i. Caillé, grassouillet. ,
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dames. A aucunes j'en ay veu manger peu^ et à d'autres prou. Mais pourtant on n'y a guières veu de changement de leur chaleur^ ny aux unes ny aux autres, pour s'en abstenir ny pour en manger; car le pis est que, s'il y a aucuns fruits qui puissent rafraîchir, il y en a bien force autres qui reschauflfent bien autant, auxquels les dames courent le plus souvent, comme à plusieurs simples qui sont en leur vertu et bons et plaisants à mianger en leurs potages et salades, et comme aux asperges, aux artichaux, aux morilles, aux trufles, aux mousserons et potirons, et aux viandes nouvelles que leurs cuisiniers, par leurs ordonnances, sçavent très-bien accoustrer et accommoder à la friandise et lubricité, et que les médecins aussi leur sçavent bien ordonner. Que si quelqu'un bien expert et gallant entreprenoit à desduire ce passage, il s'en acquitteroit bien mieux que moy.
Au partir de ces bons mangers, donnez- vous garde, pauvres amants et marys. Que si vous n'estes bien préparez, vous voilà déshonnorez, et bien souvent on vous quitte pour aller au change.
Ce n'est pas tout; car il faut avec ces fruits nouveaux, et fruits des jardins et des champs, y adjouster de boas grands pastez , que l'on a inventez depuis quelque temps, avec force pistaches, pignons et au- ^ drogues d'apoticaires scaldatives *, mais surtout
descrestes et c de cocq, que l'esté produit et
donne plus en abondance que l'hyver et autres sai- ^Qs; et se &it aussi plus grand massacre en général