‹ Œuvre complètes (volume 2)Chapitre 68 sur 217 · Dessapourées, privées de saveur · texte numérisé non relu

Dessapourées, privées de saveur

3. Voyez ia Fieille courii sanne dans les Œuvras poét, de J chim du Bellay, édit. de 1 ÎJ97, P» kk9 v«.

J'ay ouy feire des contes à plusieurs qui ont jouy

d^ belles et grandes darnes^ ou qui ont esté curieux

d^ les escouter parlant avec d'autres dedans le lict,

qu'elles estoyent aussi libres et folles en leur parler

qtme courtisannes qu'on eust sceu connoistre : et qui

esS un cas admirable^ est que^ pour estre ainsi ac-

coustumées à entretenir leurs marys, ou leurs amis^

de xnots^ propos et discours sallaux et lascifs, mesmes

nonomer tout librement ce qu'elles portent au fonds

du sac, sans farder; et pourtant^ quand elles sont en

leurs discours^ jamais ne s'extravaguent, ny aucun

de ces mots sallaux leur vient à la bouche : il faut

l>ien dire qu'elles se sçavent bien commander et dis^

^Ululer; car il n'y a rien qui frétille tant que la lan-

g**e d'une dame ou fille de joye.

^ ay-je cogneu une très-belle et honneste dame de P^r le monde^ qui, devisant avec un honneste gentilhomme de la cour des affaires de la guerre durant ^^s civiles, elle luy dit : « J'ay ouy dire que le roy a ^ &ict rompre tous les c... de ce pays là. » Elle vou- *oii jîj*g ^j ponts. Pensez que , venant de coucher ^ avec son mary, ou songeant à son amant, elle avoit ^'ïeor ce nom frais en la bouche ; et le gentilhomme ^ ^n eschaufia en amours d'elle pour ce mot.

Une autre dame que j'ay cogneue, entretenant une

*^tre grand* dame plus qu'elle, et luy louant et exal-

^*ït ses beautez, elle luy dit après : ic Non, madame,

* Ce que je vous en dis, ce n'est point pour vous adul-

^^^er; » voulant dire adulater^y comme elle le rha-

^^ - jidulater^ aduler. Nous n'avons conservé que le substantif

billa ainsi : pensez qu'elle songeoit à l'adultère et » à adultérer.

Bref^ la parole en jeu d'amours a une très-grancL^Ede eflSeace; et où elle manque le plaisir en est imparfait^^^t: aussi ^ à la vérité, si un beau corps n'a une beMCJle âme^ il ressemble mieux son idole qu'un corps htwr i, main; et s'il se' veut faire bien aymer, tant bea^Hiu soit-il, il Êiut qu'il se Êice seconder d'une belle âmr— ?; que s'il ne l'a de nature , il la faut façonner par ai^^ l* yi\Les courtisanes de Rome se mocquent^fort d^^s gentilles dames de Rome^ lesquelles ne sont appris^ss à la parole comme elles ; et disent que chiavar:^^^ corne cani, ma che sono quiète délia bocca corr^x^ sassi '.

Voilà pourquoy j'ay cogneu beaucoup d'honnest^ gentilshommes qui ont refusé l'acointance de pli sieurs dames, je vous dis très-belles , parce qu'elle estoyent idiotes, sans âme, sans esprit et sans paroE^ et les ont quittées tout à plat; et disoyent qu'ils a.; moyent autant avoir à faire avec une belle statue quelque beau marbre blanc, comme celuy qui ayma une à Athènes jusques à en jouir*. Et poi ce, les estrangers qui vont par pays ne se mett^^ à guières aymer les femmes estrangères, ny volo: tiers s'encaprichent • pour elles, d'autant qu'ilz s'entendent point, ny leur parole ne leur touche \ cunement au cœur; j'entends ceux qui n'entend^^ '^^

i . Elles font ramour comme des chiennes , mais sont paisîM^^^^^^ de la bouche conpme pierres.

î. Voyez Lucien , les Amours^ chap. xv.

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