S'encaprichent^ s'amourachent
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leur langage : et s'ils s'accostent d'elles^ ce n'est que pour contenter autant nature^ et esteindre le feu naturel bestialement^ et puis andar in barca ^, comme dist un Italien un jour désembarqué à Marseille^ al> lant en Espagne, et demandant où il y avoit des femmes. On luy monstre un lieu où se faisoit le bal de quelques nopces. Ainsi quune dame le vint accoster et arraisonner^ il luy dit : V. S. mi perdona^ non i^oglio parlarej iH)glio solcunente chiware ^ e poi me ri andar in barca*.
Le François ne prend grand plaisir avec une Allemande, une Souysse^ une Flamande^ une Angloise, Escossoise^ ou Esclavonne ou autre estrangère, encor qu'elle babillast le mieux du monde, s'il ne l'entend; mais il se pkist grandement avec sa dame françoise, ou avec l'Italienne ou Espagnole^ car coustumièrement la pluspart des François aujourd'huy^ au moins oe^ix qui ont un peu veu^ sçavent parler ou entendent œ" langage; et Dieu sçait s'il est affetté et propre po^ir l'amour; car quiconque aura à faire avec une d^me françoise, italiene, espagnolle ou grecque, et V^^elle soit diserte, qu'il die hardiment qu'il est pris ^ "Vaincu.
D'autres fois nostre langue françoise n*a esté si P^Ue ny si enrichie comme elle est aujourd'hui; mais ^ 5 a longtetnps que Titalienne, l'espagnole et la S^'^^cque l'est : et volontiers n'ay-je guières veu dame ^^^ cette langue y si elle a pratiqué tant soit peu le
'^ • Aller à la barque.
I ^. Pardonnez-moi, madame, je ne veux pas causer, mais seu* ^^«nt faire Faiâour et puis m'en aller à la barque.
mestier de l'amour, qui ne soache très-bien dire. Je m'en rapporte à ceux qui ont traitté celles-là. Tant y a qu'une belle dame et remplye de belle parole contente doublement.
Parlons maintenant de la veue. Certainement,, puisque les yeux sont les premiers qui attacquent le
combat de l'amour, il faut advouer qu'ils donnent un très-grand contentement quand ils nous font voi quelque chose de beau et rare en beauté. Hé ! queU est la chose du monde que l'on puisse voir plu^sr belle qu'une belle femme ^ soit habillée ou bien pa — i-^^»rée, ou nue entre deux draps? Pour l'habillée >
vous n'en voyez que le visage à nud; mais aussi 1
quand un beau corps , orné d'une riche et bell^^ — ^^ taille, d'un port et d'une grâce, d'une apparence e^^^^^^
superbe majesté , à nous se présente à plein , quell^^ -^
plus belle vue et agréable monstre peut-il estre a monde? Et puis, quand vous en venez à jouir tou ainsi couverte et superbement habillée, la convoiti: et jouissance en redoublent, encor que l'on ne voyi que le seul visage de tout le reste des autres parties du corps : car malaisément peut-on jouir d'un& grand' dame selon toutes les commoditez que l'on désireroit bien, si ce n'estoit dans une chambre bien à de loisir et lieu secret, ou dans un lict bien à plaisir; car elle est tant esclairée* !
Et c'est pourquoy une grand* dame, dont j'ay ouy parler, quand elle rencontroit son serviteur à propos, et hors de veue et descouverte , elle prenoit l'occasion tout aussitost, pour s'en contenter le plus promp-
i. Esclairée, observée, épiëe.
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^^^ment et briefVement qu'elle pouvoit, en luy disant m^n jour : m C'estoyent les sottes, le temps passée qui^ ^c par trop se voulans délieater ' en leurs amours et c< plaisirs, se renfermoyent^ ou en leurs cabinets, ou me autres lieux couverts, et là faisoyent tant durer «r leurs jeux et esbats, qu'aussitost elles estoyent descc <îouvertes et divulguées. Aujourd'huy, il faut prenne <ire le temps, et le plus bref que Ton pourra, et, «r siussitost assailly, aussitost investi et achevé; et, «t jpar ainsi, nous ne pouvons estre escandalisées. »
Je trouve que cette dame avoit raison; car ceux
<]|^ii se sont meslez de cet estât d'amour, ilz ont tous-
jo^ars tenu cette maxime, qu'il n'y a que le coup en
ï'^:>lDbe. Aussi quand l'on songe que l'on brave, l'on
*<>male, presse et gourmande, abat et porte par teiTC
le^s draps d*or, les toilles d'argent, les clinquants, les
^s^offes de soye, avec les perles et pierreries, l'ardeur,
1^ contentement s'en augmente bien davantage, et
^^^i*tes plus qu'en une bergère ou autre femme de
V^^ï^ille qualité, quelque belle qu elle soit.
Et pourquoy jadis Vénus fut trouvée si belle et
^^l désirée, sinon qu'avec sa beauté elle estoit tous-
PUrs gentiment habillée, et ordinairement parfumée,
^'elle sentoit tousjours bon de cent pas loing?
^^ssi tenoit-on que les parfums animent fort à Ta-
lHour.
Voilà pourquoy les emperières et grandes dames
de Rome s'en accommodoyent bien fort, comme font
aussi nos grandes dames de France, et surtout aussi
celles d^Espagne et d'Italie, qui, de tout temps, en