Attenter^ tenter
et que son amy ne la peut ou veut contenter tout à coup, pour quelques divers empeschements, haïsse plus et s'en dépite.
Il faut bien touer cette dame de sa hardiesse, et d'autres aussi ses pareiles, qui ne craignent rien pour contenter leurs amours, bien qu'elles y courent plus de fortune et de dangers que ne fait un soldat ou un marinier aux plus hasardeux périls de la guerre ou de la mer- Une dame espagnole, conduite une fois par un gallant cavallier dans le logis du roy, venant à passer par un certain recoing caché et sombre, le cavallier, se mettant sur son respect et discrétion espagnole, luy dit : Semray buen lugar^ si no fuera vuessa merced. La damé lui respondit seulement : Sij buen lugaPj si no fuera s^uessa merced : « Voicy un beau a lieu, si c'estoit une autre que vous. — Ouy vray- « ment, si c'estoit aussi un autre que vous. » Par-là l'arguant et incolpant de couardise, pour n'avoir pas pris d'elle en si bon lieu ce qu'il vouloit et elle desiroit; ce qu*eust fait un autre plus hardy : et, pour ce, oncques plus ne l'aima , et le quitta.
Tay ouy parler* d'une fort belle et honneste dame, qui donna assignation à son amy de coucher avec elle, par tel si* qu'il ne la toucheroit nullement et ne viendroit aux prises; ce que l'autre accomplit, demeurant toute la nuict en grand' stase', tentation
1 . fajr ouy parler, Brantôme aurait dû dire : J'ai lu dans VHeptaméron; car l'histoire qu'il a un peu modifiée se trouve racontée dans la XVIU* Nouvelle de la reine de Navarre.