Grand* stase y grande extase
DBS DAMES. 7
et continence ; dont elle luy en sceut si bon gré^ que quelque temps après luy en donna jouissance^ disant pour ses raisons qu'elle avoit voulu esprouver son amour en accomplissant ce qu'elle luy avoit commandé. £t^ pour ce^ l'en aima puis après davantage^ et qu'il pourroit faire toute autre chose une autre fois d'aussi grande adventure que celle-là, qui est des plus grandes.
Aucuns pourront louer cette discrétion ou lascheté, autres non : je m'en rapporte aux humeurs et discours que peuvent tenir ceux de l'un et de l'autre party en cecy.
J'ay cogneu une dame assez grande qui, ayant donné une assignation à son amy de venir coucher avec elle une nuict, il y vint tout appresté, en chemise, pour faire son devoir; mais, d'autant que c'estoit en hyver, il eut si grand froid en allant, qu*estant couché il ne put rien faire, et ne songea qu'à se réchauffer : dont la dame l'en haït, et n'en fit plus de cas.
Une autre dame devisant d'amour avec un gentilhomme, il luy dit, entre autres propos, que s'il estoit couché avec elle, qu'il entreprendroit faire six postes la nuict,'tant sa beauté le feroit bien piquer, a Vous vous vantez de beaucoup, dit-elle. Je vou^ « assigne donc à une telle nuict. » A quoy il ne faillit de comparoistre; mais le malheur fut pour luy qu'il fut surpris, estant dans le liet, d'une telle convu.sion, refroidissement et retirement de nerf, qu'il ne put pas faire une seule poste ; si bien que la dame luy dit : « Ne voulez- vous faire autre chose? Or, « vuidez de mon lict ; je ne le vous ay pas preste.
« comme un lict d'hostellerie, pour vous y mettre à « vostre aise et reposer. Parquoy, vuidez. » Et ainsi le renvoya, et se mocqua bien après de luy, l'haïssant plus que peste.
, Ce gentilhomme fust esté fort heureux s'il fust esté de la complexion du grand protenotaire Baraud, et àumosnier du roy François, que, quand il couchoit avec les dames de la cour, du moins il alloit à la douzaine, et au matin il dboit encor : « Excusez-moi, a madame, si je n'ai mieux fait, car je pris hier mé* « decine. » Je l'ay veu depuis : et l'appelloit-on le capitaine Baraud, gascon, et a voit laissé la robbe; et m'en a bien conté, à mon advis, nom par nom.
Sur ses vieux ans, cette virile et vénéréique vigueur luy défaillit; et estoit pauvre, encor qu'il eust tiré de bons brins que sa pièce luy avoit valu ; mais il avoit tout brouillé, et se mit à escouler et distiller des essences : k Mais, disoit-il, si je pouvois, aussi <c bien que de mon jeune aage, distiller de l'essence « spermatique, je ferois bien mieux mes affaires et ce m'y gouvernerois mieux. »
Durant cette guerre de la Ligue, un honneste gentilhomme, brave certes et vaillant, estant sorti de sa place dont il estoit gouverneur pour aller à la guerre, au retour, ne pouvant arriver d'heure * en sa garnison, il passa chez une belle et fort honneste et grande dame veufve , qui le convie de demeurer à coucher léans; ce qu'il ne refusa, car il estoit las. Après l'avoir bien fait souper, elle lui donne sa chambre et son lict, d'autant que toutes ses autres chambres es-
1 , Ifheurcy c'est-à-dire à une heure convenable.
toyent dégarnies pour l'amour de la guerre, et ses meubles serrez, car elle en avoit de beaux. Elle se relire en son cabinet, où elle y avoit un lict d'ordinaire pour le jour.
Le gentilhomme 9 après plusieurs refus de cette chambre et ce lict, fut contraint par la prière de la dame de le prendre : et, s'y estant couché et bien endormy d'un très-profond sommeil, voicy la dame qui vient tout bellement se coucher auprès de luy sans qu'il en sentist rien, ny de toute la nuict, tant il estoit las et assoupy de sommeil; et reposa jusques au lendemain matin grand jour, que la dame s'ostant près de luy qui s'accommençoit à esveiller, luy dit : «Vous n'avez pas dormy sans compagnie, comme « vous voyez, car je n'ay pas voulu vous quitter « toute la part de mon lict, et par ce j'en ay jouy « de la moictié aussi bien que vous. Adieu : vous a avez perdu une occasion que vous ne recouvrirez « jamais. »
IjC gentilhomme, maugréant et délestant sa bonne fortune faillie (c'estoit bien pour se pendre), la voulut arrester et prier : mais rien de tout cela, et fort dépitée contre luy pour ne l'avoir contentée comme elle vouloit, car elle n*estoit là venue pour un coup, (aussi qu'on dit : un seul coup n'est que la salade du lict;) et mesmes la nuict, et qu'elle n'estoit là venue pour le nombre singulier, mais pour le plurier, que plusieurs dames en cela ayment plus que l'autre; bien contraires à une très-belle et honneste dame que j'ay cogneu, laquelle ayant une fois donné assignation à son amy de venir coucher avec elle, en un rien il fit trois bons assauts aveÔ elle; et puis.
voulant quarter* et parachever de multiplier ses 4 coups, elle luy dit, pria et commanda de se décou-
cher et retirer. Luy, aussi frais que devant, luy représente le combat, et promet qu'il feroit rage toute cette nuict là avant le jour venu, et que pour si peu sa force n*estoit en rien diminuée. Elle luy dit : a Contentez-vous que j'ay recogneu vos forces, qui « sont bonnes et belles et qu'en temps et lieu je les a sçauray mieux employer qu'ast'heure; car il ne (c faut qu'un malheur que vous et moy soyons des- K couverts ; que mon mary le sçache, me voylà perce due. Adieu donc jusques à une plus seure et « meilleure commodité , et alors librement je vous <( employeray pour la grande battaille^ et non pour (c si petite rencontre. »
Il y a force dames qui n'eussent eu cette considération, mats ennyvrées du plaisir, puisque tenoient déjà dans le camp leur ennemy, l'eussent fait combattre jusques au clair jour.
Cette honneste dame que je dis de paravant celles* cy, estoit de telle humeur, que, quand le caprice luy prenoit, jamais elle n'avoit peur ni appréhension de son mary, encor qu'il eust bonne espée çt fust ombrageux ; et nonobstant elle y a esté si heureuse, que ny elle ny ses amants n'ont peu guières courir fortune de vie, pour n'avoii* jamais esté surpris^ pour avoir bien posé ses gardes et bonnes sentinelles et vigilantes : en quoy pourtant ne se doivent fier les dames, car il n'y faut qu'une heure malheureuse, ainsi qu'il arriva il y a quelque temps à un gentil-