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que le brun n'efiace le blanc par trop ! Un vis^^sage aussi beau, faut qu'il soit porté par un corps façonc^^né et fait de mesmes : je dys autant des grands que ci^Bdes petits, mais les grandes titilles passent tout.
Or, d'aller rechercher des points si exquis de beauté 9 comme je viens de dire ou qu'on nous les dépeint, nous en passerons bien, et nous resjo ^^*. rons à voir nos beautez communes : non que je les vueille] dire communes autrement , car nous eo avons de si rares, que, ma foil elles vallent mi^tii que toutes celles que nos poètes fantasques, nos quifiteux peintres et nos ptndariseurs de beautez sçau* royent représenter.
Hélas I voicy le pis : telles beautez belles, tels beau^ visages, en voyons-nous aucuns, admirons, désiroim^ leur beau corps, pour l'amour de leurs belles faces ^ que néantmoins, quand elles viennent à estre de^ — couvertes et mises à blanc , nous en font perdre 1^^ goust; car ils sont si laidz, tarez, tachez, marqués el si hydeux, qu'ils en démentent bien le visage; voilà comme souvent nous y sommes trompez.
Nous en avons un bel exemple d'un gentilhomme^^ de l'isle de Majorque, qui s'appelloit Raymond Lulle\ de fort bonne, riche et ancienne maison, qui, pour sa noblesse, valeur et vertu, fut appelle en ses plus belles années au gouvernement de cette isle. Estant en ceste charge, comme souvent arrive aux gouverneurs des provinces et places, il devint amoureux d'une belle dame de l'isle, des plus habilles, belles
1. Raymond LuUe, célèbre philosophe espagnol, ne à Palma, en 1235, mort en i3i5.
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et mieux disantes de là. 11 la servit longuement et fort bien; et luy demandant tousjours ce bon point de jouissance, elle^ après Ten avoir refusé tant qu'elle peut^ luy donna un jour assignation, où il ne manqua Dj elle aussi^ et comparut plus belle que jamais et mieux en poinct. Ainsi qu*il pensoit entrer en paradis^ elle luy vint à descouvrir son sein et sa poitrine toute couverte d'une douzaine d'emplastres^ et, les arrachant Tune après l'autre, et de despit les jetlant par terre, luy monstra un efiroyable cancer, et, les larmes aux yeux, luy remonstra ses misères et son mal, luy disant et demandant s'il y avoit tant de quoy en elle qu'il en deust estre tant espris; et sur ce, luy en fit un si pitoyable discours, que luy, tout vaincu de pitié du mal de cette belle dame, la laissa; et l'ayant recommandée à Dieu pour sa santé, se défit de sa charge et se rendit hermite. Et estant de retxDur de la guerre sainte, où il avoit fait vœu, s'en allsi. estudier à Paris, sous Ai*naldus de Villanova*, sçs^^ant philosophe; et ayant fait son cours, se retira ct^ Angleterre, où le roy pour lors le receut avec lous les bons recueils du monde pour son grand sça. vc^ii*, et qu'il transmua plusieurs lingots et barres de fer', de cuivre et d'estain, mesprisant cette commune ^ trivialle façon de transmuer le plomb et le fer en oî^ parce qu'il sçavoit que plusieurs de son temps sÇ^^oyent faire cette besogne aussi bien que luy, qui sçavoit faire l'un et l'autre; mais il vouloit faire un pardessus les autres.
« i. Arnaud de Villeneuve, célèbre médecin et alchimiste, né rers 1240, mort en 431 i.
f 60 DES DAMES.
Je tiens ce compte d'un gallant homme qui m^r^xi'a dit le tenir du jurisconsulte Oldrade^ qui parle ^ de Raymond Lulle au commentaire qu^il a fait sur le
code de faim moneta. Aussi le tenoit-il, ce disoif Ai^ de Carolus Bovillus, picard de nation, qui a compoHizzDsé un livre en latin de la vie de Raymond Lulle ^
Voilà comment il passa sa fantaisie de Tamour ^ de cette belle dame; si que, possible^ d'autres n'eusse^^n/ pas fait, et n'eussent laissé à l'aymer et fermer IVes yeux, mesmes en tirer ce qu il vouloit, puisqu'il ^»toit à mesme; car la partie où il tendoit n'estoit touchée d'un tel mal.
J'ai cogneu un gentilhomme et une dame veufVe de par le monde , qui ne firent pas ces scrupules 5 car la dame estant touchée d'un gros villain cano^i* au tétin, il ne laissa de l'espouser, et elle aussi 1^ prendre, contre l'advis de sa mère ; et, toute malaci ^ et maléficiée qu'elle estoit, et elle et luy s'esmeurei:»^ et se remuèrent tellement toute la nuict, qu'ils ^^ rompirent et enfoncèrent le fonds du cliaUt.
J ay cogneu aussi un fort honneste gentilhomme y mon grand amy, qui me dit qu'un jour estant -^ Rome, il luy advint d'aymer une dame espagnole, r *
i . Les indications que donne ici Brantôme ont besoin d'êtitr ëclaircies. Le jurisconsulte Olrade, ne à Lodi, mourut vers 1320. Aucun de ses ouvrages, fort consultes pourtant par les jurisconsultes, n'a été imprimé. '— Quant à Carolus Bovillus, autrement dit Charles de Bovelles, il a raconté l'anecdote de R. Lullc à la première page d'une Epistola in vitam Raemundi LuUii èremiiae, datée d'Amiens le 27 juin 1 Si i, et qui occu[)e les feuillets xxxiv-xL d'un recueil de plusieurs de ses traités, imprimé à Parîs, chez Ascensius, 1511, in-^\
des belles qui fust en la vîlle jamais. Quand il Taccostoit, elle ne vouloit permettre qu'il la vist, ny qu'il la touchast par ses cuisses nues ^ sinon avec ses calsons; si bien que quand il la y vouloit toucher, elle luy disoit en espagnol : Ak ! no me tocajSj hareis me quosquillas^ y qu'est à dire : « vous me chatouillez. » Un matin, passant devant sa maison, trouvant sa porte ouverte, monte tout bellement, où estant entré sans rencontrer ny fantesque*, ny page, ny personne, et entrant en sa chambre, la trouva qui dormoit si profondément, qu'il eut loisir de la voir toute nue sur le lict, et la contempler à son aise, car il faisoit très-grand chaud ; et dit qu'il ne vid jamais rien de si beau que ce corps, fors qu'il vid une cuisse belle, blanche, pollie et refaitte*, mais l'autre elle l'avoit toute seiche , atténuée et estiomenée *, qui ne paressoit pas plus grosse que le bras d'un petit enfant. Qui fiit estonné? Ce fut le gentilhomme, qui la plaignit fort, et oncques plus ne la tourna visiter ny avoir à faire avec elle.
Il se void force dames qui ne sont pas ainsi estiomenées de eatherre; mais elles sont si maigres, dénuées •, asseichées et descharnées, qu'elles n'en peuvent rien monstrer que le bastiment : comme j'ay eogneu une très-grande que M. l'évéque de Cisteron*,
i. Ah! ne me touchez pas, vous me causez des frëmissemeats !