‹ Œuvre complètes (volume 2)Chapitre 85 sur 217 · Pic de la Mirandole · texte numérisé non relu

Pic de la Mirandole

3. Au livre III, chap. xxii de ses Disputationes adf^rsus astrologos; voyez le tome II de ses Opéra omnin^ Paris» J. Petit, 15! 7, in-folio.

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Lan! plus qu'on l'estrilloit à grands sanglades d'estrivières^ c*estoit lorsqu'il estoit le plus enragé après les femmes; et nVstoit jamais si yaiifeint après elles s'il n'estoit ainsi estrillé :' après il faisoit rage. Voilà de terribles humeurs de personnes I Encore celle de la veue des autres est plus agréable que la dernière. Moy estant à Milan, un jour on me fit un conte de bonne part : que feu M. le marquis de Pescayre *, dernier mort^ vice-roy en Sicile^ devint grandement amoureux d'une fort belle dame; si bien qu'un matin, pensant que son mary fust allé dehors , l'alla visiter qiiil la trouva encores au lit; et^ en devisant avec die, n'en obtint rien que la voir et la contempler à son aise sous le linge^ et la toucher de la main. Sur ces entreÊdctes survint le mary^ qui n'estoit du calibre du marquis en rien, et les surprit de telle sorte, que le marquis n'eut loisir de retirer son gand, qui s'estoit perdu^ je ne sçay connnent^ parmyles draps^ comme il arrive souvent. Puis, luy avant dit quelques mots, il sortit de la chambre; conduit pourtant du gentilhomme, qui, amprès estre retourné, par cas fortuit trouva le gand du marquis perdu dans les draps, dont la dame ne s'en estoit point apperceue. Q le prit et le serra, et puis, faisant la mine froide à sa femme, demeura longtemps sans coucher avec elle ny la toucher ; parquoy un jour elle seule dans sa cliambre, mettant la main à la plume, se mit à faire ce quatrain :

Vîgna era, vigna son.

Era podata, or più non son ;

i.. François-Ferdinand d'Avalost mort en ibl\.

t88 DBS DAMES.

E non 80 per quai cagion Non mi poda il mio patron.

Et puis laissant ce quatrain escrit sur la table ^ mary vint, qui vid ces vers sur la table ^ prend, plume et fait response :

Vigna en, vigna sei, En podata, e più non sei.

Per la granfa del leon, Non ti poda il tuo patron.

Et puis les laissa aussi sur la table. Le tout fut np porté au marquis, qui fit response :

A la vigna che voi dite

lo fui, e qui restai;

Âlzai il pampano ; guardai la vite ;

Ma, se Dio m*ajuti, non toccai.

Cela fut rapporté au mary, qui, se contentant d*une si honnorable response et juste satisfaction, reprit sa vigne et la cultiva aussi bien que devant; et jamais mary et femme ne furent mieux.

Je m'en vois le traduire en françois, afin que chacun Tentende.

Je suis esté une belle vigne et le suis encore , Je suis esté d'autresPoîs très-bien cultivée; A st*heure je ne le suis point; et si ne scay Pourquoy mon patron ne me cultive plus.

Oui, vous avez été vigne telle, et Testes encore^ Et d*autresfois bien cultivée, à st'heure plus; Pour Famour de la griffe du lion, Vostre mary ne vous cultive plus.

A la vigne que vous autres dittes

Je suis esté certes, et y restay un peu;

Ten haussay le pampre et en regarday le raisin ;

Mais Keu ne me puisse ayder si jamais j*y ay touché !

r cette griife da lion il veut dire le gand qu'il

trouvé esgaré entre les linceuls.

>i]à encor un bon mary qui ne s'ombragea par ^ et, se despouillant de soubçon^ pardonna ainsi Fenune. Et certes il y a des darnes^ lesquelles se ent tant en elles-mesmes^ qu'elles se regardent

contemplent nues, de sorte qu'elles se ravissent )yans si belles^ comme Narcisus. Que pouvons* i donc faire les voyant et arregardant? uiane^ fenune d'Hérode, belle et honneste fenune^ cnary voulant un jour coucher avec elle en plein j et voir à plein ce qu'elle portoit , luy refusa à

ce dit Josephe \ U n'usa pas de puissance de |r, comme un grand seigneur que j'ay cogneu^ à Iroit de sa femme, qui estoit des belles, qu'il asit ainsi en plain jour^ et la mit toute nue^ elle le ant fort. Âprès^ il luy renvoya ses femmes pour ailler, qui la trouvèrent toute esplorée et hone. D'autres dames y a-il lesquelles à dessein ne

pas grand scrupule de faire à pleine veue la istre de leur beauté, et se descouvrir nues, afin ûieux encapricier et marteiler leurs serviteurs, et liieux attirer à elles; mais ne veulent permettre ement la touche précieuse, au moins aucunes, ^ quelque temps; car, ne se voulans arrester en

Voyeî Antiquités judaïques^ liv. XV, chap. vit.

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si beau chemin , passent plus oulre, comme j*en ay ouy parler de plusieurs» qui ont ainsi long-temps entretenu leurs serviteurs de si beaux aspects.

Bienheureux sont-ils ceux qui s'y arrestent aux patiences^ sans se perdre par trop en tentation. Et faut que celuy soit bien enchanté dé vertu qui^ en voyant une belle femme ^ ne se gaste point les yeux; ainsi que disoit Alexandre^ quelquesfois à ses amis, que les filles des Perses Êiisoyent grand mal aux yeux à ceux qui les r^[ardoient; et pour ce^ tenant les filles du roy Darius ses prisonnières^ jamais ne les saluoit qu'avec les yeux baissez , et encor le moins qu'il pouvoit, de peur qu'il avoit d'estre surpris de leur excellente beauté.

Ce n'est dès lors seulement, mais d'aujourd'huy; qu'entre toutes les femmes d'Orient les Persiennes ont le los et le prix d'estre les plus belles et accomplies en proportions de leur corps et beauté natih relie, gentilles^ propres en leurs habits et chaussures, mesmement et sur toutes celles de lancienne et royale ville de Sciras^ lesquelles sont tellement louées en leurs beautez, blancheurs et plaisantes civÛitez et bonne grâce^ que les Mores^ par un antique et commun proverbe^ disent : que leur prophète Mahommet ne voulut jamais aller à Sciras, de crainte que s'il r* eust veu une fois ces belles femmes , jamais amprè^ sa mort son âme ne fust entrée en paradis. Ceux (p^^ y ont esté et en ont escrit le disent ainsi ^ en quoy o*^ notera l'hypocrite contenance de ce bon rompu et marault prophète; comme s'il ne se trouvoit pares

i. Voyez Plularque, Alexandre^ chap. xxxix.

BIS DAMES. Ml

ii^ ce dit Belon, en un livre arabe intitulé : Des fines coustumes de Mahommet y le louant de ses rces corporelles, qu'il se vantoit de pratiquer et passer ses unze femmes qu'il avoit en une mesme ure. Tune après l'autre*. Au diable soit le maraultl en parlons plus : quand tout est dit, je suis bien à sir d'en parler.

J'ay veu faire cette question^ sur ce trait d'Alexan- ^ que je viens de dire, et de Scipion l'Afriquain : quel des deux acquist plus grand' louange de connence?

Alexandre, se défiant des forces de sa chasteté, ne outut point voir ces belles dames persiennes : Sciion, après la prise de Cartage-la-Neufve , vid cette ►elle fille espagnole que ses soldats luy amenèrent, et aj ofinrent pour la part de son butin , laquelle esail si excellente en beauté et en si bel aage de prise, [ti€ partout où elle passoit elle Jinimoit et admiroit' ^s yeux de tous à la regarder , et Scipion mesme ; ^<ïuel, l'ayant saluée fort courtoisement, s'enquist ■^ quelle ville d'Espagne die estoit et de ses parents, ^jfut dit, entr'autres choses, qu'elle estoit accordée ^ ^ jeune homme nommé Alucius, prince des Cel- ^-^oériens, à qui il la rendit,^ et à ses père et mère, ^ïtela toucher; dont il obligea la dame, les parens €t le fiancé, si bien qu'ils se rendirent depuis très-

1* Cette phrase est prise textuellement de l'ouvrage du célèbre itttlirftliste et voyageur Pierre Belon, intitulé : Les observations de plusieurs singularités et choses mémorables, trouvées en Grèce ^ ûie, Judée, Egypte, Arabie, etc. Paris, 1554, in-4**, liv. III, Aap. X, p. 179.

2, Admirer, étonner.

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affectionnez à la ville de Rome et à la république. Mais que soait-on si dans son âme cette belle dame n^eust point désiré avoir esté un peu percée et entamée premièrement de Scipion, de luy, dîs-je, qui estoit beau, jeune, brave, vaillant et victorieux? Possible que si quelque privé ou privée des siens et des siennes luy eust demandé en foy et conscience si elle ne Teust pas voulu, je laisse à penser ce qu'elle eust répondu, ou fait quelque petite mine approchant de Pavoir désiré, et, s'il vous plaist, si son climat d'Espagne et son soleil couchant ne la sçavoit pas rendre , et plusieurs autres dames d^aujourd'huy et de cette contrée, belles et pareilles à elle, chaudes et aspres à cela, comme j'en ay veu quantité. Ne fiiul donc point douter, si cette belle et honneste fille fust esté sollicitée et requise de ce beau jeune homme Scipion, qu'elle ne l'eust pris au mot, voire sur l'autel de ses dieux prophanes.

En cela ce Scipion a esté certes loué d'aucuns de ce grand don de continence; d'autres il en a esté blasmé : car en quoy peut monstrer un brave et valleureux cavallier la générosité de son cœur, qu'envers une belle et honneste dame, sinon lui faire parestre par effet qu'il prise sa beauté et l'ayme beaucoup, sans luy user de ces froideurs, respects, modesties et discrétions que j'ay veu souvent appeller, à plusieurs cavalliers et dames, plustost sottises et faillement' de cœur que vertus? Non, ce n'est pas ce qu'une belle et honneste dame ayme dans son cœur, mais une bonne jouissance, sage, discrète et secrète. Enfin,

i. Faillement^ défaillance.

comme dist un jour une honneste dame lisant cette histoire, e'estoit un sot que Seipion^ tout brave et généreux capitaine qu'il fust, d'aller obliger des personnes à soy et au parti romain par un si sot moyen, qu'il eust pu faire par un autre plus convenable, et mesmes puisque e'estoit un butin de guerre^ duquel en cela on doit triompher autant ou plus que de toute autre chose.

Le grand fondateur de sa ville ne fit pas ainsi, quand les belles dames sabines furent ravies, à l'endroit de celle qu*il eut pour sa part; et en fit à son bon plaisir, sans aucun respect; dont elle s'en trouva bien, et ne s'en soucia guières, ny elle ny ses compaLgnes, qui firent leur accord aussitost avec leurs marys et ravisseurs, et ne s'en formalisèrent comjne leurs pères et mères, qui en firent esmouvoir grosse guerre.

n est vray qu'il y a gens et gens, femmes et femmes, <lQi ne veulent accointance de tout le monde en cette ^Çon : et toutes ne sont pareilles à la femme du roy Qrtiagon', l'un des rois gaulois d'Asie, qui fut belle ^"^ perfection; et, ayant esté prise en sa défaitte par ^ eentenier romain , et sollicitée de son honneur, «trouvant ferme, elle qui eut horreur de se prosli- ^ à luy, et à une personne si vile et basse, il la ptpar force et violence, que la fortune et adveiiture <« guerre luy avoit donné par droict d'esclavitude; dont bientost il s'en repentit et en eut la vengeance; car elle luy ayant promis une grande rançon pour sa

i» Elle s'aj^lait Chiomara. Voyez Plutarque , des Vtrius des femmes^ et Boccace, Dedans mulieribus, chap. lxxit.

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liberté^ et tous deux estans allez au lieu assigné pour en toucher Fargent, le fit tuer ainsi qu'il le contoit^ et puis l'emporta et la teste à son mary^ auquel confessa librement que celuy-là luy avoit violé véritablement sa chasteté y mais qu'elle en avoit eu la vengeance en cette façon : ce que son mary Tapprouva^ et l'honnora grandement. Et, depuis ce temps là, dit l'histoire^ conserva son honneur jusques au dernier [jour] de sa vie avec toute sainteté et gravité : enfin elle en eut ce bon morceau^ fust qu'il vinst d'un homme de peu.

Lucrèce n'en fit pas de mesme^ car elle n'en tasta points bien qu'elle fiist sollicitée d'un brave roy ; en quoy elle fit doublement de la sotte ^ de ne Iny complaire sur le champ et pour un peu^ et de se tuer.

Pour tourner encore à Scipion, il ne sçavoit poial encor bien le train de la guerre pour le butin et pour le pillage : car^ à ce que je tiens d'un grand OÊfitaine des nostres, il n'est telle viande au monde pour cda qu'une femme prise de guerre; et se mocqaoit de plusieurs autres ses compagnons, qui recommaodoient sur toutes choses, aux assauts et surprises des villes, rhonneur des dames, mesmes aux autres lieux et rencontres : car elles ayment les hommes de guerre tousjours plus que les autres^ et leur violence leur en fait venir plus d'appétit; et puis on n'y trouve rien à redire; le plaisu* leur en demeure; l'honneur des marys et d'elles n'en est nullement hony; ^ puis les voylà bien gastées ! Et, qui plus est, sauvent les biens et les vies de leurs marys, ainsi que la belle Eunoe^ femine de Bogud ou Bocchns, roy de Mau-

DES DAMES. tw

ritanie, à laquelle Caesar fit de grands biens et à son mary, non tant, faut-il croire, pour avoir suivy son party, comme Juba, roy de Bithinie, celuy de Pompée, mais parce que c'estoit une belle femme, et que Csesar en eut l'accointance et douce jouissance ^

Tant d'autres commoditez de ces amours y a-il que je passe : et toutesfois, ce disoit ce grand capitaine, ses autres grands compagnons pareils à luy s'amasans à de vieilles routines et ordonnances de guerre, veulent qu'on garde l'honneur des femmes, desquelles il faudroit auparavant sçavoir en secret et en conscience l'advis, et puis en décider : ou, possible, sont-ils du naturel de nostre Scipion, lequel, ne se contentoit tenir de celuy du chien de Tortolan, lequel, comme j'ay dit cy-devant*, ne voulant manger des choux du jardin , empesche que les autres n'en mangent. Ainsi qu'il fit à l'endroit du pauvre Massinissa, lequel, ayant tant de fois bazardé sa vie pour luy et pour le peuple romain , tant peiné , sué et travaillé pour luy acquérir gloire et victoire, il luy refusa et osta la belle reine Sophonisba, qu'il a voit fTÎse et choisie pour son principal et plus précieux butin : il la luy enleva pour l'envoyer à Rome à vivre le reste de ses jours en misérable esclave, si Massinissa n'y eust remédié'. Sa gloire en fust esté fAus belle et plus ample, si elle y eust comparu en glorieuse et superbe reine , fenmie de Massinissa , et que l'on eust dit, la voyant passer : « Voilà l'une des

i. Voyez Saëtone, Cxsar, chap. ui. — 2. Voyez p. 142. 3. Voyez lîtc-Iive, liv. XXX, chap. xv, et Boccace, De claris mulieribus^ chap. Lzzn.

a belles vestiges des conquestes de] Seipion; » car la gloire certes gisl bien plus en l'apparence des choses grandes et hautes^ que des basses.

Pour fin, Seipion en tout ce discours fit de grandes fautes, ou bien il estoit ennemy du tout du sexe fémenin, ou du tout impuissant de le contenter, bien qu'on die que sur ses vieux jours il se mit à faire l'amour à une des servantes de sa femme ; ce qu'elle comporta fort patiemment, pour des raispns qui se pourroyent là-dessus alléguer'.

Or, pour sortir de la disgression que je viens d'en faire, et pour rentrer au plain chemin que j'avois laissé I je dis, pour faire fin à ce discours : que rien au monde n'est si beau à Voir et regarder qu'uae belle femme pompeusement habillée, ou délicatement déshabillée et couchée; mais qu'elle soit saine, nette, sans tare, suros ny mallandre, comme j'ay dit».

Le roy François disoit qu'un gentilhomme, tant superbe soit-il, ne sçaiu^oit mieux recevoir un seigneur, tant grand soit-il, en sa maison ou chasteau^ mais qu'il y opposast à sa veue et première rencontre une belle femme sienne, un beau cheval et un beau lévrier : car, en jettant son œil tantost sur l'un, tantost sur l'autre, et tantost sur le tiers, il ne se sçauroit jamais fascher en cette maison ; mettant ces trois choses belles pour très-plaisantes à voir et admirer, et en faisant cet exercice très-agréable.

1 . Il me semble que Brantôme fait ici confusion, et qu'il attribue à Seipion une aventure de Caton rAncien, rapportée par Plutarque.

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