‹ Œuvre complètes (volume 2)Chapitre 86 sur 217 · Voyez plus haut, p · texte numérisé non relu

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La reine Isabel de Castille disoit qu'elle prenoit très-grand plaisir de voir quatre choses : Hombre irmas en campo^ obisbo puesto en pontifical^ linda ma en la cama^y ladron en la horca : « Un homme d'armes sur les champs^ un évesque en son pontifical, une belle dame ds^hs un lit^ et un larron au gibet. »

J'ay ouy raconter à feu M. le cardinal de Lorraine Grand, dernier décédé^ que lorsqu'il alla à Rome PS le pape Paul IV, pour rompre. la trefve faite avec mpereur, il passa à Venise, où il fut très-honno- )lement receu, il n'en faut point doubter, puisqu'il oit un si grand favory d'un si grand roy. Tout ce atnd et magnifique sénat alla au devant de luy; et, Lssant par le grand canal , où toutes les fenestres ^ maisons estoyent bordées de toutes les femmes e la ville, et des plus belles, qui estoyent là accoudes pour voir cette entrée, il y en eut im des plus ^^xA& qui l'entretenoit sur les affaires de l'estat , et '^y en parloit fort : mais, ainsi qu'il jettoit fort ses ^x fixement sur ces belles dames, il luy dit en son fttois langage* : « Monseigneur, je croy que vous ne m'entendez, et avez raison ; car il y a bien plus de plaisir et différence de voir ces belles dames à ces fenestres, et se ravir en elles, que d'ouyr parler on Ëiseheux vieillard comme moy, et parlast-il de quelque grande conqueste à vostre advantage. » . le cardinal, qui n'avoit faute d'esprit et de méoire, luy respondit de mot à mot à tout ce qu'il oit dit, laissant ce bon vieillard fort satisfait de luy,

. £a dialecte vénitien.

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et en admirable estime qu'il eut de luy qui, pour s'amuser à la veue de ces belles dames, il n'avoit rien oublié ny obmis de ce qu'il luy avoit dit.

Qui aura veu la cour de nos rois François, Henry second, et autres rois ses enfans, advouera bien, quel qu'il soit, et eust-il veu tout le monde, n'avoir rien veu jamais de si beau que nos dames qui sont estées en leur cour, et de nos reines, leurs femmes et mères et sœurs ; mais plus belle chose encor eust-il veu, ce dit quelqu'un , si le grand-père de maistre Gonnin eust vescu, qui, par ses inventions, illusions et sorcelleries et enchantements, les eust pu représenter dévestues et nues, comme Ton dit qu'il le fit une fois en quelque compagnie privée, que le roy François luy commanda; car il estoit un homme trèsexpert et subtil en son art ; et son petit-fils, qu'avons veu, n'y entendoit rien au prix de luy.

Je pense que cette veue seroit aussi plaisante eoniine fut jadis celle des dames égiptiennes en Alexandrie, à Fatccueil et réception de leur grand Dieu Apis, au devant duquel elles alloyent en très-grande cérémonie, et levant leurs robbes, cottes et chemises, et les retroussant le plus haut qu*elles pouvoyent, les jam* bes fort eslargies et escarquillées, leur monstroyent î leur cas tout à fait; et puis, ne le revoyoient plus; < pensez qu'elles cuidoyent l'avoir bien payé de cela. Qui en voudra voir le conte, lise Alexan. ab Alex., au sixiesme livre des Jours joifials\ Je pense que telle

i • Maigre le dire de Brantôme, j'ai cherché en vain dans lesD/erum genialium iibri f"/ (publies pour la première fois en 1823) da jurisconsulte napolitain Alessandro Alessandri le tableau qu'il nous trace de la fête égyptienne. Le fait auquel il fait allunon se trouve

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veue en estoit bien plaisante, car pour lors les dames d'Alexandrie estoyent belles, comme encores sont aujourd'huy.

Si les vieilles et laides faisoyent de mesme^ passe; car la veue ne se doit jamais estendre que sur le beau, et fuir le laid tant que Ton peut.

En Suisse, les hommes et femmes sont pesle-mesle aux bains et estuves sans faire aucun acte déshonneste^ et en sont quittes en mettant un linge devant : s'il est bien délié, encor peut-on voir chose qui plaist on déplaist, selon le beau ou laid.

Avant que finir ce discours, si diray-je encor ce mot. En quelles tentations et récréations de veue pouvoyen^ entrer aUssi les jeunes seigneurs, chevalliers, gentilshommes, plébéans* et autres Romains, le temps passé, le jour que se célébroit la feste de Flora à Rome, laquelle on dit avoir esté la plus gentille et la plus triomphante courtisanne qu'oncques exerça le putanisme dans Rome, voire ailleurs \ Et

dans Diodore de Sicile (liv. I, chap. lxzxv), et il y est question non point d'Alexandrie, mais d'un bois de Memphis consacré à Vulcain. Hérodote de son côté (liv. Il^^chap. lx), raconte ce qui suit : Lors de la grande fête de Diane (Isis], qui se célébrait tous les ans à Bu* bastist ûtuée sur une des branches du Nil, les Égyptiens, hommes d femmes s'y rendaient par eau. Chaque fois qu'on passait devant QDe ville les bateaux s'applt>chaient du rivage. Des femmes embarqué^, les unes chantaient, dansaient, criaient en injuriant les Bts; les autres debout «retroussaient leur robe indécem-

i. Plébéans, plébéieos.

S. Cest dans le De claris mulreribus de Boccace et dans la traduction française (Paris, 1538, in-8*, goth.) que Brantôme a pris f histoire de Flora (chap. lxv, (^ cxvii); mais il l'a enjolivée avee ce sans-façon si habituel chez les écrivains de son temps,

qui plus la recommandpit en cela^ c'est qu'elle estoit de bonne maison et de grande lignée; et^ pour ce, telles dames de si grande estoffe voluntiers plaiseat plus , et la rencontre en est plus excellente que des autres.

Aussi cette dame Flora eut cela de bon et de meilleur que Lays y qui s'abandonnoit à tout le monde comme une bagasse, et Flora aux grands; si bien que sur le sueil de sa porte elle avoit mis cet escriteau : « Rois^ princes, dictateurs^ consuls , censeurs, ce pontifes^ questeurs^ ambassadeurs, et autres grands a seigneurs, entre?^ et non d'autres. »

Lays se faisoit tousjours payer avant la main^ et Flora points disant qu'elle faisoit ainsi avec les grands, afin qu'ils fissent de mesme avec elle comme grands et illustres^ et aussi qu'une femme d'une grande beauté et haut lignage sera tousjours autant estimée qu'elle se prise ^ et si ne prenoit sinon ce qu'on luV^ aonnoit^ disant que toute dame gentille devoit bk^ plaisir à son amoureux pour amour, et non pou^ avarice, d'autant que toutes choses ont certain prix:^ fors l'amour.

quand ils parlent des choses et des personnes de l'antiquité, h^ nom de cette femme ëtiit Acca Larentia. Suivant une tnéàûcif^ rapportée par Macrobe (Saturnales^ liv. I, chap. x), elle vivait sou^ Ancus Martius et légua au peuple romain les richesses qu'dl^ avait amassées dans l'exercice de son métier, à la condition de fêter tous les ans le jour de sa naissance. Les jeux qu'on célébrait en son honneur furent plus tard confondus avec le cuhe de la déesse Flore dont on lui donna le nom; les courtisanes s'y montraient nues sur la scène. (Voyez Aulu-Gelle, liv. VI, chap. vn; Valère Maxime, liv. Il, chap. x, et les Dies géniales ^ liv. Vî, chap. VIII .}

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