‹ Œuvre complètes (volume 2)Chapitre 87 sur 217 · II · texte numérisé non relu

II

ur fin, en son temps elle fit si gentiment l'amour^ fit si bravement servii', que quand elle sortoit n logis quelquesfois pour se pourmener en ville, avoit assez à parler d'elle pour un mois, tant

sa beauté, ses belles et riches parures, ses suîs façons , sa bonne grâce , que pour la grande î de courtisans et serviteurs et grands seigneurs stoyent avec elle, et qui la suivoyent et accomoient comme vrays esclaves; ce qu'elle enduroit patiemment. Et les ambassadeurs estrangers, d ils s'en retournoyent en leurs provinces , se jyent plus à faire des contes de la beauté et sinité de la belle Flora que de la grandeur de la blique de Rome, et surtout de sa grande libéra- ^

contre le naturel pourtant de telles dames ; mais

estoit-elle outre le commun , puisqu'elle estoit

ifin elle mourut si riche et si opulente , que la \T de son argent, meubles et joyaux estoit sufli-

pour refaire les murs de Rome, et encor pour igager la république. Elle fît le peuple romain lérîtier principal, et pour ce, luy fut édiffié dans e un temple très-sumptueu:c , qui de Flore fut lié Florian.

première feste que l'empereur Galba célébra is fut celle de l'amoureuse Flora, en laquelle es- )ermis aux Romains et Romaines de faire toutes esbauches, déshonnestetez, sallauderies et déemens à Tenvy dont se pourroyent adviser ; en

qu'on estimoit plus saincte et la plus gallante qui, ce jour là, fkisoit plus de la dissoleue et de (shonneste et débordée.

302 DES DAMBS.

Pensez qu'il n'y avoit ny fiseaigne (que les chambrières et esclaves mores dansent les dimanches /à Malthe^ en pleine place devant le monde) ^ ny sarabande qui en approchast, et qu'elles n'y oublioyent ny mouvement ny remuemens lascifs, ny gestes paillards^ ny tordions bizarres. Et qui en pouvoit excogiter de plus dissolus et débordez j tant plus gallante estoit la dame; d'autant que telle opinion estoit parmy les Romains^ que, qui alloil au temple de cette déesse en habit et geste et façon plus lascive et paillarde, auroit mesme grâce et oppulents biens que Flora avoit eu.

Vrayment voilà de belles opinions et belle solemnisation de feste ! aussi estoyent-ils payens. Là-dessus ne faut douter si elles y oublioyent nul genre de lascivetez, et si longtemps avant ces bonnes dames y estudioyent leur leçon ^ ny plus ny moins que les nostres à apprendre un ballet^ et si elles estoyent affectionnées en cela. Les jeunes hommes^ voire les vieux, y estoyent bien autant empressez à voir et contempler telles lascives simagrées. Si telles se pou^ voyent représenter parmy nous , le monde en feroit bien son proffit en toutes sortes; et pour estre à telles veues le monde se tueroit de la presse.

Il y a assez là à gloser qui voudra; je le laisse aux bons gallants. Qu'on lise Suétone, Pausanias grec et Manilius latin, aux livres qu'ils ont fait des dames illustres^ amoureuses et fameuses^ on verra toutS

1. Ceci nous donne une idée des notions que Brantftme possédait sur les auteurs de l'antiquité. Suétone et Pansamas ont pu parler de ce dames illustres et amoureuses », mais n'en ont jamais fait le sujet d'un livre. Quant a Manilius, Ton ne connaît

Ce conte encor^ et puis plus :

n se lit que les Lacédémoniens allèrent une fois pour mettre le siège devant Messène ', à quoy les Mecéniens les prévindrent^ car ils sortirent d'abord sur eux les uns et les autres^ tirèrent et coururent à lacédëmone, pensant la surprendre et la piller cependant quils s'amusoient devant leur ville; mais ils furent valleureusement repoussez et chassez par les fenunes qui estoyent demeurées : ce qiïe sçachans^ les Tjacédémontens rebroussèrent chemin et tournèwni vers leur ville; mais de loin ils descouvrent leurs femmes toutes en armes^ qui avoyent donné la chasse^ dont ils furent en allarme; mais elles se firent aussilost à eux cognoistre^ et leur raconter leur fortune ; dont ils se mirent de joye à les baiser^ embrasser et carresser, de telle sorte que, perdans toute honte^ et sans avoir la patience d'oster les armes , ny eux ny elles, leur firent cela bravement en mesme place qu'ils les rencontrèrent , où Ton put voir choses et îiutres, et ouir un plaisant son el cliquetis d'armes et dWlre chose. En mémoire de quoy ils firent bastir ^ temple et simulachre à la déesse Vénus, qu'ils appcUàrent Vénus V armée, au contraire de tous les au-

^ loi qne V Jstronomicon^ poème en cinq livres sur Tastronomie. •* ^at-ètre faut-il lire Martial au lieu de Manilius.

^* EDCore une histoire travestie : les Lacëdëmoniens (et non les Messéniens) ayant été assaillir Argos (et non Sparte), furent repousses par les femmes de la ville. Voilà ce que Plutarque raconte en quelques lignes [De virtutibus mulierum, Jrgwé), Quant à h manière dont les guerriers et les guerrières célébrèrent leur tfîoBiphe, je ne sais où Brantôme a pu l'apprendre. Enfin si la Vénus des Lacédémoniens était armée, c'est que tous leurs autres d'ttwL l'étaient aussi.

1res, qui la peignent toute nue. Voilà une plaisante^ cohabitation, et un beau sujet, de peindre Vénu&. armée, et l'appeler ainsi 1

Il se void souvent parmy les gens de guerre^ mesme aux prises des villes par assauts, force soldats tous armés jouir des femmes, n'ayans le loisir et Im^ patience de se désarmer pour passer leur rage et ap — petit, tant ils sont tentés; mais de voir le soldat arme habiter avec la femme armée, il s'en void peu. Il s^ faut là-dessus songer le plaisir qui s'en peut ensuivre, et quel plus grand pouvoit estre en ce beau mystère, ou pour Taction , ou pour la veue , ou pour la son nerie des armes. Cela gist en l'imagination qu'on en pourroit faire, tant pour les agents * que pour les ai^regardans qui estoyent là pour lors.

Or, c'est assez; disons fin : j'eusse fait ce discours plus ample de plusieurs exemples , mais je craignais que, pour estre trop lascif, j'en eusse encouru mauvaise réputation.

Si faut-il qu'après avoir tant loué les belles femmes^ que je fasse le conte d'un Espagnol qui, voulant mal à une femme, me la dépeignit un jour comme il ïalloit, et me dit : Senor^ vieja es como la lampadd azeytunada diglesia^ y de hechura del armariop larffi Y desvayaday el cohr y gestà como mascara mal pintaday el talle como una campana o mola de molino^ la çista como idolo del tiempo antiguOy el andar f vision d una antigua fantasma de la noche^ que tanlo tuviese encontrar-la de noche^ como ver una moudragora. lesus ! lesus ! Dios nie libre de su mal encuen*

i . Jgent^ acteur.

DBS DAMES. 305

'r-^:> / No se contenta de tener en su casa par huesped

i£ prosfisor del obisbo, ni se contenta con la demasiada

'€^^%s?ersacion del çicarip ni del guardian, ni de la

t^^^istad antigua del dean ^ sino que agora de nuet^o

r^ar tomado al que pide para las animas del purgatorio^

ti^z.#Y2 acabar sa negra vida : « Voyez la : elle est

<3oinine une lampe vieille et toute graisseuse d'huyle

d'église; de forme et façon ^ elle ressemble un ar-

smoire grand et vague et mal basti; la couleur et

: \sL grâce comme d'un masque mal peint; la taille

( c^omme une cloche de monastère ou meule de mou-

t Lin; le visage comme d'un idole du temps passé;

« 1^ r^;ard et l'aller comme un fantosme antique qui

< "%^a de nuici : de sorte que je craindrois autant de

« la rencontrer de nuict comme de voir une man-

^ dxagore. Jésus I Jésus I Dieu m'en garde de telle

« rencontre ! Elle ne se contente pas d'avoir pour

« lioste ordinaire chez soy le proviseur de l'évesque,

'my se contente de la desmesurée conversation du

« vicaire, ny de la continue visite du gardien^ ny de

^ l'ancienne amitié du doyen, sinon qu'à cette heure

< de nouveau elle a pris en main celuy qui demande

« pour les âmes de pui^toire, et ce pour achever sa

« noire vie. »

Voilà comment l'Espagnol^ qui a si bien dépeint ^€8 trente beautez d'une dame, comme j'ay dit cysos en ce discours S quand il veut^ la sçait bien Imprimer.

Voyez plus haut, p. 255.

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