Henri III
« lesquelles vous avez belles^ au moins aucunes; ic mais vous en gastez le lustre par ces hauts patins a et grands chevaux. Certes il vous en faut bien ; « mais si démesurément^ vous en dégoustez le monde « plus que ne pensez. »
Sur ce discours louera qui voudra les autres beautez de la dame, comme ont fait plusieurs poètes; mais une belle jambe ^ une grève bien façonnée et un beau pied, ont une grande faveur et pouvoir à l'empire d'amour.
DISCOURS
i;amour des dames vieilles
COMME AUCUAES l'aTMERT AUTANT QUE LES JEUIIES*.
Puisque j'ay parlé cy-devant des vieilles dames qui ayment à roussiner, je me suis mis à faire ce discours. Par quoy j'accommence, et dis qu'un jour moy^ estant à la cour d'Espagne y devisant avec une fort honneste et belle dame , mais pourtant un peu aagée, me dit ces mots : Que ningunas damas lindas^ o alo menos pocasy se hazen s^iejas de la cinta hasta abaxo; « que nulles dames belles, ou au moins peu, « se font vieilles de la ceinture jusques en bas. » Sur quoy je luy demanday comment elle l'entendoit, si c'estoit ou pour la beauté du corps de cette ceinture
1 . Ce discours est intitulé dans les précédentes éditions : t^ ï amour d'aucunes femmes vieilles , et comment aucunes jr sont as^' tant et plus subjectes à t amour que les jeunes; comme cela p^^ paroistre par plusieurs exemples^ sans rien nommer ny escanS^^' User. — Cf. tome I, p. 3-4.
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en bas y qu'elle n'en diminuast aucunement par la vieillesse^ ou pour l'envie et l'appétit de la conçu* pbcenoe qui vinssent à ne s'en esteindre ny s'en refroidir par le bas aucunement. Elle respondit qu'elle l'entendoit et pour l'un et pour l'autre; « car, quand « à la picqueure de la chair^ disoit-elle^ ne faut pas « penser que l'on s'en guérisse que par la mort, tf quoyqu'il semble que l'aage y vueille répugner; « d'autant que toute femme belle s'ayme extresme- « ment^ et en s'aymant ce n'est point pour elle^ mais « pour autruy; et nullement ressemble à Narcisus^ « qui, fdt qu'il estoit, aymé de soy, et de soy-mesme « amoureux, abhoroit toutes autres amours. »
La belle femme ne tient rien de cette humeur; ainsi que j'ay ouy raconter d'une très-belle dame , laquelle, s'aymant et se plaisant fort bien souvent seule et à part soy, dans son lict se mettoit toute nue, et en toutes postures se contempioit, s'admiroit et s'arregardoit lascivement, en se maudissant d'estre vouée à un seul qui n'estoit digne d'un si beau corps, entendant son mary nullement égal à elle. Enfin elle ^'enflama tellement par telles contemplations et vivions, qu'elle dit adieu à sa chasteté et à son sot vœu iti3.rital, et fît amour et serviteur nouveau.
Toilà donc comme la beauté allume le feu et la Q^:ine d'une dame , qui la transporte à ceux qu'elle vout puis après, soit aux maiîs ou aux serviteurs, ÏOur les mettre en usage; aussi qu'un amour en ^naène un autre. De plus, estant ainsi belle et recherchée de quelqu'un, et qu'elle ne desdaigne de respondre, la voylà troussée; ainsy que Lays disoit que toute femme qui ouvre la bouche pour dire quelque
response douce à son amy^ le cœur s'y en va et s'ouvre de mesmes.
D'avantage^ toute belle et honneste femme ne refuse jamais louange qu'on luy donne ; et si une fois elle se plaist ou permette d'estre louée en sa beauté, bonnes grâces et gentilles Êiçons^ ainsi que nous autres courtisans avons accoustumé de faire pour le premier assaut de l'amour^ quoyqu'il tarde^ avec la continue * nous l'emportons.
Or est-il que toute belle femme s estant une fob essayée au jeu d'amour ne le désapprend jamais, et la continue luy est toujours très-agréable et douice; ^ny plus ny moins que, quand l'on a accoustumé une bonne viande, on se iasche fort de la laisser; et tant plus on va sur l'âge, tant est-elle meilleure pour la personne^ ce disent les médecins : aussi tant plus la femme va sur l'aage, tant plus est friande d'une bonne chair qu'elle a accoustumé ; et si sa bouche d'en haut y prend de la saveur, sa bouche d*en bas aussi ea prend bien autant; et la friandise ne s*en oublie jamais ny ne se lasse par la charge des ans, ouy plustost bien par une longue maladie, ce disent les médecins, ou autres accidents; que si Ion s'en fasche poiff quelque temps, pourtant on la reprend bien.
L'on dit aussi que tous exercices décroissent et diminuent par l'aage, qui oste la force aux personnes pour les faire valoir, fors celuy de Vénus, qui se pratique très-doucement, sans peine et sans travail, dans un mol et beau lict et très-bien à l'aise. Je parie pour la femme et non pour Thomme, à qui pour
i. Continue^ continuité.
cela tout le travail et corvée eschoit en partage. Luy
donc^ privé de ce plaisir^ s'en abstient de bonne
heure , eneor que ce soit en dépit de luy ; mais la
femme ^ en quelque âge qu'elle soit^ reçoit en soy,
comme une fournaise^ tout feu et toute matière;
î'entends si on luy en veut donner : mais il n'y a si
vieille monture, si elle a désir d'aller et vueille eslre
piquée, qui ne trouve quelque ehevaucfaeur malau-
tru; et quand bien une dame aagée n'en sçauroit
chevir bonnement, et n'en trouveroit à point comme
en ses jeunes ans, elle a de l'argent et des moyens
pour en avoir au prix du marché, et de bons, comme
j'ay ouy dire. Toutes marchandises qui coustent fas-
chentfort à la bourse, contre l'opinion dllélic^^
J^le, qui tant [Jus il acheptoit les viandes chères ,
•^l meilleures les trouvoit-il, fors la marchandise
de Vénus, laquelle tant plus couste, tant plus plaist,
PDur le grand désir que l'on a de faire bien valloir la
"^soigne et denrée que l'on aura bien acheptée; et
^^ tallent que Ton a en main, on le feit valloir au
^ple, voire au centuple, si l'on peut.
Ce fiit ce que dist une courtisanne espagnole à
^eux braves cavalliers espagnols qui prindrent que-
^Ue pour elle , et sortans de son logis mirent les
^pées aux mains et se commencèrent à battre : elle
^t la teste à la fenestre, et s'escria à eux : SeOores,
ffiis amores se ganan con oro y plata, non con hierro :
« Mes amours se gaignent avec de Tor et de l'argent,
« et non avec le fer^ »
Voilà comme tout amour bien nchepté est bon. Force dames et cavalliers qui ont traiïiqué tels marchez en sçavent bien que dire. D'alléguer des exem-
pies de plusieurs dames qui ont bruslé en leur vieillesse aussi bien qu'en jeunesse, ou qui ont passée ou, pour mieux dire, entretenu leurs feux par seconds et nouveaux maris et serviteurs, ce seroit à moy maintenant chose superflue^ puisqu'ailleurs j'en ay allégué plusieurs; si en rapporteray-je icy aucuns, car la chose le requiert et sert à cette cause.
J'ay ouy parler d'une grande dame , qui rencontroit le mot aussi bien que dame de son temps, laquelle , voyant un jour un jeune gentilhomme qui avoit les mains très-blanches, elle luy demanda œ qu'il faisoit pour les avoir telles : il respondit, en riant et gaussant^ que le plus souvent qu'il pouvoit il les frottoit de sperme, ce Voilà ^ ditrcUe^ donc un « malheur pour moy, car il y a plus de soixante ans « que j'en lave mon cas (le nommant tout à trac), il « est aussi noir que le premier jour : et si je le lave a encore tous les jours. >
J ay ouy parler d'une dame d*assez bonnes années, laquelle se voulant remarier, en demanda un jour l'advis à un médecin , fondant ses raisons sur ee qu'elle estoit très-humide et remplie de toutes xoauvaises humeurs, qui luy estoient venues et l'avoycnl entretenue depuis qu'elle estoit veufve; ce qui ne luy estoit arrivé du temps de son mary, d'autant que^ par les assidus exercices qu'ils faisoyent ensemble^ ces humeurs s'asséchoient et consommoyent. Le médecin, qui estoit bon compagnon, et qui luy voulut i en cela complaire, luy conseilla de se remarier, et de chasser les humeurs de son corps de cette façon , ^^ qu'il valloit mieux estre seiche qu'humide. La daisc^^ pratiqua ce conseil ^ et l'approuva très-bien, loi^^^^
DES DâMES. 333
|u'elle estoit; mais je dys avec un mary et eux nouveau 9 qui l'aymoit bien autant our du bon argent que du plaisir qu'il e : encor qu'il y ait plusieurs dames aagées elles on prend bien autant de plaisir, et y bon et meilleur qu'avec les plus jeunes , lavoir mieux l'art et la façon, et en donner IX amants.
irtisanes de Rome et d'Italie, quand elles aage, tiennent cette maxime, que una ga^ la fà miglior brocio che urC altra *.
' fait mention d'une vieille, laquelle s'agiûouvoit, quand elle venoit là, de telle façon nent et inquiètement , qu'elle faisoit trem* seulement le lict, mais toute la maison, gente vieille ! Les Latins appellent s'agiter îsmouvoir, subare a suûj qu'est à dire une i truye.
sons de l'empereur Caligula •, de toutes ses l'il eut il ayma Cezonnia, non tant pour sa 'elle eut, ny d'aage florissant, car elle y à fort avancée , mais à cause de sa grande t paillardise qui estoit en elle, et la grande qu'elle avoit pour l'exercer, que la vieille )ratique luy avoit apportée , laissant toutes femmes, encor qu'elles fussent plus belles unes que celle-là; et la menoit ordinairearmées avec luy, habillée et armée en gar-
\ vieille poale fait un meilleur bouillon qu'une autre, p, XIII, vers 11-12.
Suétone, Caligula^ xxv.
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çon^ et chevauchant de mesme^ costé à costc de luy^ jusques à la monstrer souyentes fois à ses amis toute nue^ et leur Êdre voyr ses tours de souplesse et de paillardise.
Il falloit bien dire qae Taage n'eust rien diminué en cette femme de beau et de lascif, puisqu'il l'aymoit tant. Néantmoids, avec tout ce grand amour qu'il luy portoit, bien souvent^ quand il l'embrassoil et touchoit à sa beUe gorge^ il ne se pouvoit empescher de luy dire, tant il estoit sanglant : « Voilà une « belle gorge, mais aussi il est bien en mon pouvoir c de la faire couper. » Hëlas ! la pauvre femme fut de niesme avec luy occise d'un coup d'espée à travers le corps par un centenier^ et sa fille brisée et accravantée contre une muraillée, qui ne pouvoit mais de la meschanceté de son père.
n se lit encor de Julia, marastre de CaracalkS empereur^ estant un jour quasi par n^igence nue de la moitié du corps ^ et Caracalla la voyant, il ne dit que ces mots : « Hà I que j*en voudrois bien, s'il « m'estoit permis I » Elle soudain respondit : « S'il « vous plaist^ ne savez-vous pas que vous estes emce pereur, et que vous donnez les loix et non pas ks fc recevez? » Sur ce bon mot et bonne volonté ^ il l'espousa et se coupla avec elle.
Pareilles quasi paroUes furent données à un de nos trois rois derniers % que je ne nommeray point. Estant espris et devenu amoureux d'une fort belle et honneste dame , après luy avoir jette des premières