‹ Œuvre complètes (volume 2)Chapitre 97 sur 217 · I. Géu · texte numérisé non relu

I. Géu

estoît bien putain celle-là et de bas cœur. Toulesfois c'estoit grande chose que d^estre impératrice, et pour tel honneur tout s'oublie. Cette Julia fut fort aymée de son mary , encor qu'elle fust bien fort en Taage , n'ayant pourtant rien abatlu de sa beauté; car elle estoit très-belle et très-acorte, tesmoin ses parolles qui luy haussèrent bien le chevet de sa grandeur.

Philippes-Maria^ duc troisiesme de Milan^ espousa en secondes nopces Beatricine^ veufve de feu Facin Cane*, estant fort vieille; mais elle luy porta pour maryage quatre cens mille escus, sans les autres meubles, bagues et joyaux, qui montoyent à un haut prix, et qui efiaooient sa vieillesse; nonobstant laquelle, fut souboonnée de son mary d'aller ribauder ailleurs, et pour tel souboon la fit mourir. Vous voyez si la vieillesse luy fit perdre le goust du jeu d'amour. Pensez que le grand usage qu'elle en avoit luy en donnoit encor l'envie.

Constance, reine de Sicile*, qui, dès sa jeunesse cl toute sa vie, n'avoit bougé vestale du cul d'un cloistre en chasteté, venant à s'émanciper au monde en l'aage de cinquante ans, qui n'estoit pas belle pourtant et toute décrépite, voulut taster de la douceur de la chair et se marier; et engrossa d'un eniant en

1 . Philippe-Marie Visconti épousa Béatrix de Tende , veuve de Facin Cane, et, sur un soupçon d'adultère, la fit décapiter au mois d'août 1418.

2. Constance, fille de Roger, roi de Sicile, femme (1186) de l'empereur d'Allemagne Henri VI , morte le 27 novembre 1198. EUe était née en 1156 et accoucha le 26 <^cembre 1194, c'està-dire à trente-huit ans et non à cinquante-deux, d'un fik qui succéda à son père et fut Frcdcric IL

l'aage de cinquante-deux ans^ duquel elle voulut en- Êinter publiquement dans les prairies de Palermei y ayant £ût dresser une tente et un pavillon exprès, afin que le monde n'entrast en doute que son iruict fust apposté : qui fut un des grands miracles que on ait veu depuis saincte Elizabeth. V Histoire de Naples ' pourtant dit qu'on le réputa supposé. Si fut-il pourtant un grand personnage; mais ce sont-ils ceux-là^ la pluspart des braves^ que les bastards, ainsi que me dit un jour un grand.

J ay cogneu une abbesse de Tarraseon , sœur de madame d'Usez^ de la maison de Tallard '^ qui se défroqua et sortit de religion en l'aage de plus de cinquante ans» et se maria avec le grand Chanay qu'on a veu grand joueur à la cour.

Force autres religieuses ont Êiit de tels tours ^ soit en mariage ou autrement^ pour taster de la chair en leur aage très-meur. Si telles font cela , que doivent donc faire nos dames ^ qui y sont accoustumées dez leurs tendres ans? La vieillesse les doit-elle empescher qu'elles ne tastent ou mangent quelquesfois de bons morceaux y dont elles en ont pratiqué Tusance si longtemps? Et que deviendroyent tant de bons potages restaurens, bouillons composez^ tant d'ambregris , et autres drogues escaldatives' et confortatives pour eschauffer et conforter leur estomac vieil et

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