Jean- Paul Baglione
5« Qui s'enfuyait en grande hâte. Voyez Vallès, ^ 21, \^.
BARTHÉLÉMY D'ALYIANO. 193
champ plein d'eau , là où il fut pris ; et Âlviano, passant le ruisseau Reron à grand presse, se sauva à Padoue, non sans se despiter et maugréer Dieu (dict TEspaignol) de que era ennemigo del nombre de los Itali'anoSj y amigo de los Hespanoles^.
Quasi tel blaphême cuydarent faire les pauvres chrestiens dans Antioche, persécutez d'une si extrême famine, que les plus grandz ne sçavoient où trouver du pain : que pouvoient faire les petitz? Si que tous ensemble, désespérez de ceste malle rage de fain, peu s'en falut qu'ilz ne s'addressassent à Dieu, ne le maugréassent et ne l'accusassent d'ingratitude, de n'avoir esgard à leurs peines, maux et labeurs, à la perte de leurs biens, qu'ilz avoient vendu et mis à l'abandon, ny à la sincérité de leur dévoction ; mais comm' à un peuple estrange, les permettoit d'estre ainsi livrez et abandonnez es mains des ennemis de sa foy. Voyez en le conte dans l'Histoire de la guerre d'Orient '. Il ne faut point doubter que, par tel despit et rage, il n*y eneust plusieurs qui, dans l'âme ou à ouvert, n'en firent telz blaphémes; car qui n'est celuy qui, pour
I • « De ce qu'il était ennemi du nom italien et ami des Espagnok. « Brantôme a quelque peu altéré le . texte espagnol qui porte : c Passe el rio Reron doliendose, y casi quexandose muchas Tezes, que Dios fuesse enemigo del nombre italiano, hnyo a Padaa.... » (Vallès, f Î8, r».)
2. Trois jours après que l'armée des croisés se fut emparée d'Antioche Quin 1098), elle y fut assiégée par Kerbogha, sultan de Mossoul, et eut à subir pendant près de trois semaines une affreuse famine. V Histoire que cite Brantôme, et dont il emprunte presque les termes, est la traduction de Guillaume de Tyr publiée par Gabriel du Préau, sous le titre de : Histoire de la guerre sainte^ dite la Franciade orientale^ Paris, 1873, in-F>, liv. VI.
194 GRANDS CAPITAITŒS ESTRAMOERS.
telle rage et désespoir, n'en dye d'advantage, si ce ne sont ceux qui sont confitz en toute religion et dévoction doublement ^ Parquoy ne faut point doubter aussi que cet Alviano n'en dist pis encor que je ne dis, tant pour son despit que de tout temps les gens de guerre se dispensent aisément à telz blapbémes, mais plus jadis qu'aujourd'huy. Les Italiens sont estez grandz blaphémateurs, comme je l'ai veu la première fois que je fus jamais en Italie. Je ne les veux accuser tous, car il y en a d'aussi gens de bien qu'en tous autres pays, et aussi qu'aujourd'huy ilz s'en sont fort corrigez. J'en parle ailleurs *.
Et pour retourner encor audict Alviano, il faut prendre exemple en luy : que tout vaillant et hardy capitaine ou autre ne se peut jamais vanter tel en sa vie qu'après sa mort, laquelle seule couronne nos vies; car bien heureux est-il qui en sa vie n'a faict quelque escapade reprochable en la guerre, ainsi qu'en arriva ce coup à ce vaillant et im^icto (comme dict l'italien) Barthélémy, tout vaillant comme l'espée qu'il estoit.
U eust mieux valu qu'il luy fust arrivé ce qui arriva ceste fois mesmes au providadour Loredano", qui a voit esté aussi motiP, avec Alviano, de l'attaque du combat; lequel estant pris, et promettant à aucuns soldatz espaignolz une grand quantité d'or pour sa rançon,
i . Le correcteur a ajouté : « Et se sont bien résignés à la yolonté de Dieu, ainsy qu'il faut faire. >
2. Brantôme en parle en effet à la suite des Rodomoruades espaignôles.
Z. André Loredano.