Voyez Vallès, f» 32 r
196 GRANDS CAPITAEnSS ESTRÂNGERS.
En cet exemple dudict Âlviano, force braves et vaillans capitaines, cavalliers et autres gens de guerre, et mesmes les jeunes gens, y doivent bien penser et regarder; lesquelz, pour avoir faict un ou deux coups de vaillance^ en deviennent si insollans et enflez comme grappaux S de gloire, qu'il leur semble n avoir jamais de peur et qu'ilz combattroient le diable s'il se présentoit devant eux; mais il ne faut qu'une marheure, que, venant à faillir de cœur, prennent tell' espouvante aux plus belles et plus esclairées factions qu'ils en sont déshonnorez à bon escient, comme j'en ay veu force en ma vie. Et ne considèrent-ilz pas (pauvres aveuglez qu'ilz sont) que tout homme est joumallier, soit de la nature, soit de la voulonté de Dieu ? Ne considèrent-ilz pas aussi que les quictes espées que nous portons à nos costez, que nous tenons pour les plus luisantes, les plus assurées et pour les plus esprouvées, nous viennent à faillir quelques fois au plus grand besoing où nous les employons ? Et ainsi rien ne nous est assuré, ny nos espees que nous portons, ny nos cœurs qui les veulent faire valoir*. Et si, pour rabiller leurs fautes et les nettier', ilz reprennent les armes, il faut qu'ilz y facent des miracles de valeur et de Tespée, et que Moïse fit de sa vei^e, autant que fit monsieur sainct Michel^ quand il combattit le diable et le porta par terre, et comme force grandz capitaines
i. Gra/'/Kuex, crapauds.
2. Le correcteur a ajouté : « Car tout bien nous doibt venir d'en hault. »