‹ Œuvre complètesChapitre 14 sur 267 · En · texte numérisé non relu

En

4. Bebio et Gî<x;hinnoBibbona, suivant le texte latin de P. Jove ;

ik GRANDS CAPITAINES ESTEaNGERS.

esté de la garde dudict AUexandre, et Tautre Cecchin de Bibonna. Et ainsi vangearent la mort de leur maistre voulontairement et de leur propre gré et mouvement, et sans avoir voulu prendre ny toucher tant soit peu le salaire de sept miirescus ordonnez par le sénat à ceux qui tueroient ce parricide, et en vangeroient la mort. Grand louange certes de ces deux braves soldatz, pour avoir vangé la mort de leur maistre sans aucune avarice, sinon par une grande magnanimité de cœur 1 Ah ! braves ! vous estes mortz comme mortelz; mais vostre los vous rend immortelz, et ne rend nulz esgaux à vous en pareilles vangeances, soit de leurs maistres ou de leurs capitaines.

Il faut sçavoir aussi que, si ce parricide fut détesté d'aucuns et abhorré, il fut aussi loué d'autres, comme il y a tousjours divers cerveaux, jusques à comparer le meurtrier à Brutus', pour avoir voulu remeltre la république en son entier ; dont plusieurs furent bannys de Florance, et plusieurs aussi se bannirent d'eux mesmes, non sans grand danger de la vie dudict Cosme. Et bien luy servit de prendre garde à luy, se tenir couvert souvant d'une maille, et un long temps monstrer une brave façon et très assurée, comm' il l'avoit certes et toute martialle, et qui portoit aussi bien son espée à son gré au costé qu'il est possible, ne l'abandonnant jamais, de sorte qu'il fust esté bien résolu celuy là qui l'eust osé attaquer, non pas deux ou trois, qu'il ne leur eust faict courir fortune aussi grande qu'eux à

mais Brantôme n'a fait que suivre la traduction de Sauvage, liv. XXXVI, p. 359.

i. Voyez P. Jovc, ibid., p. 360.

Le grand cosme de biédicis. is

luy : car il y estoit résolu, disoit-il, et de vendre bien chèrement sa mort, dont il avoit souvant de grandz advertissemens des grandz attentatz qu'on luy prëparoit ; jusques là que lui aymant fort le plaisir de nager (car il nageoit des mieux) et de se jetter du haut du pont d'Ame en bas, on luy avoit préparé une fois des espées très poinctues et dagues dans le fons du fleuve fichées en terre, afin qu'ainsi qu'il se jetteroit du haut en bas il trouvast les poinctes de ces espées en l'air qui le lardassent et le fissent ainsi mourir. Mais cet aguet fut descouvert, et dict on par luy-mesme, qu'il vist les espées du haut en bas avant s'y jetter ; et par ainsi sauva sa vie et y fit mieux aregarder par emprès; car tousjours il aymoit fort ce plaisir, comme j'ay dict, et pour cela ne s'en priva pas. J'ay ouy faire ce conte dans Florance mesmes. Bref, ce brave prince il eut de grandes traverses de toutes partz, voire de son beau-père dom Pedro de Toledo*, qui eust bien voulu luy faire perdre son estât, s'il eust peu ; dont j'en parle ailleurs.

En fin, la fortune, qu'il avoit trouvée si bonne par son ascendant, luy continua si bien sa compagnie, que de trois grandes républicques il en fit et en composa une seule principauté et souverainetté , qui est Florance, qui s'est faict craindre, aymer et rechercher des plus grandz de la chrestienté il y avoit si long temps ; Sienne, ville impérialle, composée des très braves et vaillans gens de cœur et de guerre, citadins et gentilz hommes,

i . Gosme I avoit épousé, le 29 mars 1539, Éléonore de Tolède, fille de don Pedro de Tolède, vice-roi de Naples (dont l'article suit celui de Cosme), et de Marie Osorio Pimente!.

qui ployé soubz luy maintenant, et se mocque de l'empereur et de son empire, qui^ la lui détient à sa barbe; et Pyse, ceste brave républicque, dis-je, qui a faict trembler par ses vaisseaux et armes le Levant et ses voisins aussi, jusques à avoir possédé le royaume de Sardaigne; aussi disoit-on le temps passé : Paris en France, Milan en Lombardie, Rome en Italie, et Pyse en Toscane.

Voylà doncques toutes ces trois belles et florissantes républicques à rien ; jadis subjectes qu'à elles mesmes, leurs libertez sont soubz le joug et les lois de ce grand prince Cosme, qui, par ses valeurs, vertuz, mérites et sages conduictes, fut prononcé par le pape Pie quinte grand-duc •, comme j'ay dict, et avec juste titre, occupant et tenant si beaux pays, grandes et quasi royalles places et très opullantes; si qu'on dict son revenu montant a plus de deux millions d'or, sans un grand trésor et infiny qu'il laissa à messieurs ses enfans', très grandz et habiles personnages; les deux aisnez héritiers, l'un par la mort du premier, qui est le grand-duc d'aujourd'huy*, que l'on tient pour un très grand et sage homme d'estat, qui poursuit les erres, exemples et enseignemens de son père, lequel faut dire , tant qu'il a vescu, a faict tousjours de belles choses et pour

i. C'est-à-dire, il se moque de Tempereur, lui, Côme, qui la détient...

Page 1