I. Enéide, lib. Vil, vers
2Î4 GRANDS GAPITAINES ESTRANGERS.
prochassent de luy pour luy enlever et emporter son âme avecqu' eux; et par ainsi % ne s'en osans approdier de luy, ell' eust loisir de s'eschapper et passer par la porte de derrière, et s'envoller viste en paradis*. L'invantion et la ruse n'en eust pas estéemauvaise^s'il eust peu tromper de ceste façon ces messieurs les diables, qui se meslent de tromper les pauvres humains. Voylà donc ce grand capitaine mort, ayant ordonné que son corps fust porté ensepvelir à Milan*; ce qui fut faict, et fort honnorablement. Sur sa sépulture fut
!• Var. Et par ainsin ne s'aprochans qu'elle eust loysir d'eschaper et passer (pensez] par la porte de derrière et s'en aller viste en paradb. Quel abus et superstition de ce grand personnage ! M. de Orignaux \ chevalier d'honneur de la reyne Anne, bon rompu s'il en fust onq, fist mieux , car estant en ambassade à Romme, il rancontra un jour une troupe de cardinaux assemblez qui s'en alloyent conjurer un dyable et le jetter hors d'un pauvre tonnante : « Ah I dist-il, je m'en vays aveq vous autres. — ^Ne sortes c pas, lu j dirent-ilz, car vous n'estes pas confez ny en estât comme < nous, et le naturel des diables est^ quand on les sort ainsin, îlz se « jettent dans un autre corps qu'ilz rencontrent, s'il n'est pas bien « préparé et net de sa conscience. — Je feray mieux, di^-il^ car • je me mettray dans le bénistier jusques au cul, et empliray ma c bouche d'eau béniflte ; par ainsi, les deux trous bien préparés et « bouchés, le diable n'y pourra entrer. > (Ms. 6694, ^ 12,8, v«.)
2. Brantôme a pris ce fait dans Rabelais, qui, au chapitre xxm du livre III de Panta§ruel^ s'exprime ainsi : t ...Naturellement les dyables craignent la splendeur des ^pées... C'estoyt pent-estre la cause pourquoy le seigneur Jan-Jacques Trivolse, mourant à Chartres demanda son espée , et mourut l'espée nue on poing, s'escrimant tout on tour du lict, comme vaillant et chevaleureux , et par ceste escrime, mettant en fuite tous les dyables qui le guettoyent on passaige de la mort. »