Deffaîct, supplicié
LE PRINCE DE MELFE. 23i
qui vint après; je n'aurois jamais faict; toutes fois j'en dis d'autres ailleurs.
Or, advant que ledict M. le prince allast en Piedmont, le roy* l'envoya en Guienne, et surtout à Périgueux, sur la révolte de la gabelle % où ilz avoient blessé à mort le commissaire du roy y estably pour cela, nommé Brandon. Le roy luy donna pour commissaire et adjoint le président Cotel, très habile Auvergnac et grand sénateur', qui ne cryoit que sapg et corde; M. le prince parloit de clémence et miséricorde. Que c'est d'une âme généreuse, que luy, estranger et point François, aymoit la vie du François; et l'autre, Auvergnac François, aymoit la mort de son semblable François. Enfin , la douceur de l'un emporta la rigueur de l'autre; et ce bon prince s'y comporta si sagement qu'il y eut peu de sang respandu , encore qu'il^ y eust si grand' quantité de prisonniers, que les prisons de Périgueux n'y pouvant suffire à les tenir enfermez, il en falut envoyer plus d'une centaine dans la grosse tour de Bourdeille, ayant esté commandé mon père par le roy d'assister et d'accompagner mondict sieur le prince là; ce qui luy fascba fort, car c'estoit contre ceux de sa patrie. Toutesfois, pour obéir au roy, car c'estoit un roy à qui ne falloit contredire, il y alla, et aussi qu'il aymoit et honnoroit fort mondict sieur le prince, pour l'avoir veu et cogneu d'autres fois, estans jeunes tous deux, au réaume de Naples, quand nous le tenions, et aux guerres de