‹ Œuvre complètesChapitre 153 sur 267 · La sceur de Françob I*r · texte numérisé non relu

La sceur de Françob I*r

table; ainsi qu'est la coustume et la grandeur de la dame d'honneur, de manger tousjours à un'autre table dans la mesme salle ou sallette de la reyne sa maistresse, quand elle mange; et le plus souvant Sadicte Magesté envoyoit tousjours quelque chose de bon de son plat à mondict sieur le prmce pour en manger et taster pour Tamour d'elle. En quoy ledict prince s'en ressentoit trèshonnoré et favorisé, a Car (disoit-elle), (c ces pauvres princes et seigneurs estrangers qui ont « quicté tout pour le service du roy mon frère, ilz a n'ont pas leur ordinaire, leur train de court, et « leurs commoditez comme ceux de la patrie. Il les « faut grattiffier de tout ce qu'on peut, bien que la c( table du grand maistre ne leur faut point jamais ; a encor ceste gracieusetté que je leur fais leur touche <c plus au cœur. » Et souvant luy envoyoit quelques honnestes paroUes de sa table à l'autre , et quelques demandes et advis ; à quoy ce bon prince respondoit pertinemment, au grand contentement de la reyne. Le roy François en aymoit fort la reyne sa sœur, qui par pareilles faveurs estoit coustumière à luy gaigner et entretenir ses bons servitem^.

Oncques puis tousjours ce bon prince ayma uniquement ma grand'mère, et le monstra à l'endroict de son petit-fils le capitaine Bourdeille, mon (rère, quand il alla en Piedmont, âgé de dix-huit à dix-neuf ans, à qui il faisoit tous les honneurs et les bonnes chères du monde, et ne l'appelloit jamais que filhl mio di Bordeilla. Et bien qu'il fust un jeun'homme fort escallabreux^, querelleux et prompt de la main, jamais,

i. Esadabreux^ ou escalabrous, comme Pécrit ailleurs Brantôme, mauvaise tète.

nonobstant ses ordonnances, il ne le fit mettre dans le chasteau prisonnier, comme beaucoup d'autres qui estoient d'aussi bonne maison que luy, mais le faisoit venir devant luy, luy faisoit à part force réprimandes, petites menaces et remonstrances, affîn qu'il n'y retoumast plus. Mais pourtant les mains luy démangeoient tousjours, et, sans l'amitié et respect qu'il portoit à sa grand'mère, son père et sa mère, il l'eust chastié un petit; mais jamais il ne luy fit pis que cela. Aussi peu à peu iP le creust, et se corrigea tant qu'il vescut; mais après sa mort, et M. de Brissac rentré en sa place, il ne fut pas si sage, et tousjours frappoit. Mais de regret qu'il eut de la mort dudict prince, et craignant que ledict M. de Brissac ne supportast ses jeunesses comme avoit faict le prince, il quicta le FÎedmont et s'en alla à la guerre d'Hongrie et de Parme, et retourna encor en Piedmont, où il avoit une compagnie dans Montevis'; et puis le quicta là tout à plat, et s'en vint à la guerre d'Âllemaigne que le roy Henry dressa, où il fut blessé à la mort devant Cymay', à l'assaut, puis au siège de Metz blessé de trois grandes harquebuzades, dont il en cuyda mourir sans le bon secours; et pour la troisiesme fois fust tué à l'assaut de Hédin, d'une canonnade qui luy emporta la teste\ Je me fusse bien passé (dira quelqu'un) d'avoir faict ceste petite disgression : tel a esté mon plaisir; la lise qui voudra.

Or, pour finir le discours de nostre prince, il mou-

i • //, le capitaine Bourdeille.

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