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Commantz^ commentaires, de l'espagnol comento

4. Jean Daurat, poète latin et grec, professeur de grec au Collège de France, né en Limousin vers 1540, mort en 1588,

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grec comtne le hault allemand ; mais sçachant xih peu du latiti^ je trouvois les commantz très beaux et dignes d'un grand homme de guerre .

M. d'Estrozze son filz m'a monstre souvant ce livre, et permis de lire dedans devant luy, mais non de le transporter ailleiurs jamais, ce que j'eusse fort voulu pour en desrober les plus beaux traictz ; mais encor que nous fussions fort gi*andz amis, il In'en tedilsôit tout à tracy tant il en estoit jaloux. Je ne sçày ce qu'il est devenu ; mais c'est grand dommage que ce livre n'est imprimé pour les gens de guerre. Il paroissoit bien aussi que ce grand capitaine estoit bien amateur des lettres, car il avoit une très belle bibliotèque de livres. Je ne diray pas de luy comme le bon rompu le roy Louys Xr disoit d'un prélat de son royaume qui avoit une très belle librairie* et ne la voyoit jamais, qu'il ressembloit un bossu, qui avoit une belle grosse bosse sur son dos^ et ne la voyoit pas. Mais M. le inareschal visitoit, voyoit et lisoit souvant sa belle librairie; eir estoit venue du cardinal Ridolphe", et amprès sa mort acheptée , qu'estoit un très sçavant préiat. EU' estoit estimée plus de quinze mill' escus, poiu* la rareté des beaux et grahdz livres qui y estoient. Du despuis la mort dudict mareschal, la reyne mère la retira, avecque promesse d'en récompenser son filz, et la luy payer un jour ; tnais jamais il n'en a eu un seul sol. Je sçay bien qu'il m'en a dict d'autres fois, en estant mal contant. Je.croy qu'elle &oit encor à Chenonceau.

i. Librairiei biMiothèque.

2; Nicolas Ridolfi, neveu de Léon X, cardifaal (1M7}, mort en 1550.

Le maréchal D'estrozze. 243

Si ce seigneur estoit exquis en belle bibliotèque, il Testoit bien autant en armurerie et beau cabinet d'armes ; car il en a\oit une grand*salle et deux chambres que j'ay veu autresfois à Rome en Son palais in Burgo^ ; et ses armes estoient de toutes sortes, tant à cheval que à pied, à la Françoise, espagnolle, italienne, allemande, hongresque, à la bohème, bref de plusieurs autres nations chrestiennes comme aussi à la turquesque, moresque, arabesque et sauvage. Mais qui estôit le plus beau à voir, force à l'antique mode des anciens soldatz et légionnaires romains. Tout cela estoil si beau à voir qu on ne* sçavoit que plus admirer, ou les armes, oU la curiosité du personnage qui les avoit la mises. Et pour plus aorner le tout, il y avoit un cabinet à part remply de toutes sortes d'engins de guerte, de machines , d'esclielles, de pontz, de fortiffications, d'artiffices, d'instrumens , bref de toutes invantions de guerre pour offancer et se deffendre ; et le toUt faict et représenté de bois si au naïf et au vray, qu'il n y avoit là qu'à prandre le patron sur ce naturel, et s'en servir àù besoing.

J'ay veu despuis tous ces <;abinets transportez à Liotlj qUe M. d'Estrozzé dernier, son fds, fil là traiisporlèr; que pour n'avoir estez conservez si curieusement comme je les dvois veuz à Rome, je les vis tous gastez et brouillez, dont j'en eUz deuil au cœur. Et ce en fut tlti très grand dommage, bar ilz valloierit uri grand or, et un roy né les eust sceu trop achapter; mais M. d'Estrozzé brouilla et vendit tout : ce que je luy remonstray un jour, car telle chose laissoit-îl pour

\ . tt Èur^o ott Borgô^ le Trabtevère.

â44 GRANDS CAPITAINES ESTRANGERS.

cent escus qui en valioit plus de mille. Entr'autres choses rares que j'y ay remarqué, c'esloit une rondelle de coque de tortue marine, si grande qu'eir eust couvert le plus grand homme qui fust esté, de la teste jusqu'au pied, et si dure qu'une harquebuzade malaisément Teust peu percer de loing, et pourtant peu pesante. Il y avoit aussi deux queues de chevaux marins % les plus belles, les plus longues, les plus espesses et les plus blanches que je vis jamais. M. d'Esr trozze m'en voulut donner une à Lion, mais je n'en voulus point, car ell' estoit bien différante à celle que j'avois veue à Rome d'autres fois; car, pour n'avoir esté contregardée, ell' avoit estée mangée des teignes et vermines.

J'auray possible esté trop long et fascheux à parler de ce cabinet d'armes; mais certes, si je me fusse voulu amuser à en raconter des particularitez, l'on y eust trouvé du plaisir à les lire.

Pour parler ast' heure de la personne de ce grand mareschal, il estoit un bel homme de corps et de visage, plus furieux pourtant que doux, encores qu'il aymast à rire, à boufTonner et à dire le mot, ce qu'il sçavoit très bien faire, mieux en son langage qu'en françois, lequel il ne parloit si souvant que le sien. Surtout il aymoit fort à se jouer avec Brusquet' et luy faire la guerre et de bons tours. Aussi Brusquet luv rendoit bien son change, et luy en faisoit de bons.

Un jour d'une bonne feste, mondit sieur mareschal

i . Brantôme veut sans aucun doute parler du yak que Ton a appelé Buffle à queue de c/tei'ol, et dont la queue est un objet de^ luxe très-recherche en Orient.

2. Bouffon dont Brantôme fait plus loin une petite biographie.

LE MARESCHAL D'ESTROZZE. 243

estant comparu devant le roy, fort bien en poinct, et mesmes d'un beau manteau de vellours noir en broderie d'ai^ent à manches, ainsi qu'on portoit de ce temps, Brusquet, qui aVoit envie de ce manteau, alla soudain faire provision en la cuysine du roy d'une lardoire et force lardons, et ainsi qu'il entretenoit le roy, Brusquet luy larda quasi tout son manteau de ces lardons par derrière sans qu'il s'en advisast ; et puis, Brusquet tournant M. le mareschal par le derrière vers le roy, luy dist : a Sire, ne voylà pas de belles aiguil- « lettes d'or c|ue M. le mareschal porte en son mant< teau? » Ne faut point demander si le roy s'en mit à rire, et M. le mareschal aussi ; et sans se fascher autrement ny le frapper, car il ne frappoit jamais et prenoit tout en jeu ce qu'il luy faisoit, mais ne faisoit que songer pour luy rendre, ne luy dist autre chose en son langage, sinon : « Va, Brusquet, et tu voulois « avoir ce manteau : prendz-le, et va dire à mes gens « qu'ilz m'en portent un autre; mais je t'asseure que « tu le payeras. »

Au bout de quelques jours, que Brusquet n'y pensoit pas, M. le mareschal le vint voir à son logis de la poste*, où il y avoit esté plusieurs fois, et avoitbien veu, espié et recognu son cabinet où il mettoit sa vaisselle d'argent, car il en avoit, le gallant I force, moytîé par dons qu'on luy faisoit, moytié par rapine qu'il faisoit aux princes et aux grandz, et là emmena avec luy un matois * serrurier, si fin et habile à crochetter

i. La poste aux chevaux. Brantôme noas dit pins loin que Brusquet en avoit obtenu le privilège.

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