‹ Œuvre complètesChapitre 158 sur 267 · Matois^ enfant de la inate^ filon · texte numérisé non relu

Matois^ enfant de la inate^ filon

246 GRAÎÎDS CAPITAINES ESTRANGERS.

sarrures qu'il n'en fut jamais un tel^ lequel il ayoit esté curieux de trouver par la ville de P^s, et T^^voit faict huilier comm' un prince. Estant dp^c venii au logis dudict Brusquet, il se mit à deviser un peu avec luy ; et ayant embouché auparadvant ledipt sarnirier^ et pn se pourmenant dans la chambre dudict 6ru$quet avec luy^ il fit signe audict çarrurier là pu estpit le nyd, et puis prit Brusquet par la main^ le mena pourmenei* dans son jardin et voir son escuyerie, et laissa en sa chamtii'e ses gentilzhommes et des capitaines matois qu'i| avoit emprumpté, qui çà, qui là; et leur ayapt recommandé le jeu, il s'en alla. Les ao* tr^s n'y faillirent point; car en un tpur de main le sarrurie^ eu$t ouvert le cabinet, où ilz prindrent ce qu'ilz peurent emporter du plus beau et du meilleur, le plus à couvert qu'ilz peurent. Et ^yant ppussé et ressarré le cabinet fort bien, qui ne paroissoit qu'on y eust touché, sortirent, les uns avec leur butin, les autres sans rien, pour accompagner leur maistre, qui, voyant que le jeu estoit bien faict, il s'en va et dist adieu à Brusquet sans vouUoir prendre la collation qu'il luy présenta.

Quelques jours amprès, ledict l^rusquet viqt au lever du roy, triste, morne et pensif, qui avoit descouyert spn larcin, qui en fit ses plainctes au roy et à tout le mppde, dont on fust bien marry. Mais M. le mareschai s'en mit à rire et à luy faire la guerre, que luy qi}i trompoit les autres avoit esté trompé. Li'autre , qui ne peut jamais rire, car il esloit fort avare de nature, faisoit tousjours du marmiteux. Enfin M. le mareschal luy dist ce qu'il luy vouloit dopi^er, pt qu'il luy fairoit recouvrer ce qu'il avoit perdu. Il fit tant

LE MARESCHAL D'RSTROZZE. 147

avec |uy qu'ep baillant la moytié de la vaisselle il quiotqit Tautre; mais M. lemareschal n'en retint que pour cinq cens escus, car il en avoit pour deux mille. Il luy fît rendre tout, disant qu'il falloît donner le droict au sarrurier et aux enfans de la màthe qui avoient faict le coup : ce qu'il fit aussi tost; et luy rendit tout son faict, fors ce qu'il doi^na aux mathois, qu'il avoit réservé ^n piarcbé faisant. Et voylà Brusquet remis ep joie ju^ues au rendre.

Un* autre fois, M. le piareschal estant venu au logis du roy en housse de vellours, belle et riche de broderie d'argenty sur un beau coursier du Règne ^ qu'il n'eust pas donné pour cinq cens escus, car il en avoit tausjours de fort beaux, ainsi qu'après qu'il fut descendu j et qu'un de ses lacquais le tenoit devant la porte du logis du roy, attandant son maistre, Brusquet, $Qrtant du Louvre, vist ce beau cheval, et alla aussi tost dire au lacquais que M. le mareschal Iqy mandoit d'aller quérir quelque chose en son logis dont il s'estoit oublié ; cependant qu'il luy laissast soq pbpval, et qu'il le garderoit bien. Ce lacquay ne fit point de difficulté de luy donner, car il le vpypîl; ordinairement causer avec M. Ip mareschal. Cependant qu^ 1^ lacquais va en commission , Brusquet ipont^ sur le cheval et le mène en son logis, luy faict coupper 1^ craip de devant aussitost et la moytip d'une oreille , et le rend ainsi difforme , le desselle , luy pste la belle housse et l'harnqis et la spUe. Vient un courrier à quatre chevaux prendre la poste avecqu' une grosse malle. Il le faict accommoder avecqu'

i. Vojet tome I, p. 45, note 3.

248 GRANDS CAPITAllVES ESTRANGERS.

une selle de poste et un coissinet^, charge la malle sur luy, faict bravement sa poste jusqu a Longémeau*.

Estant de retour, Tenvoye en tel appareil à M. le mareschal, où estant, le postillon luy dist par le commandement de son maistre : « Monsieur, mon miaistre « se recommande à vous . Voylà vostre cheval qu'il vous « renvoyé. Il est fort bon pour sa poste : je le viens « d'essayer d'icy à Longémeau ; je n'ay pas demeuré (c trois quartz d'heure à faire sa poste. Il vous mande, (i si vous luy voulez laisser pour cinquante escus, il (c les vous envoyera. » M. le mareschal, voyant son cheval ainsi difforme , en eut pitié , et ne dist autre chose, si non : « Va, mène-le à ton maistre, et qu'il a le garde jusqu'au rendre. »

Au bout de quelques jours, M. le mareschal voulut aller trouver le roy en poste jusqu'à Compienne, envoya quérir vingt chevaux de poste, mandant à Brusquet qu'il les luy envoyast bons, autrement ilz ne se^ roient pas amis, et surtout trois bons malliers '. Il ne retint pour luy que sept et un mallier. Les autres , qu'estoient des meilleurs^ les donna à quelques pauvres soldatz des siens qui estoient à pied pour aller à l'armée, sans que le postillon s'en advisast, luy faisant acroyre qu'ilz venoient après ; et les deux bons malliers^ il les fit vendre à deux musniers du Pont-aux-Musniers pour porter la farine, qui les acheptarent très voulontiers, à cause du bon marché qu'on leur en fit. Et quelques jours amprès, furent trouvez par les postil-

i. Coissinety coussinet.

2. Longjiiinean, sur la route d'Orléaus, à cinq lieues deParîs.

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