Voyez tome I, p. 174, note
3. Henri Divolé ou Divoley, théologien, né à Auxerrc, mort en i568.
258 GRANDS CAPITAINES ESTEANGERS.
faire son procez ; mais M, d'Estroz^e ayant le tout descouvert au roy, luy-mesme l'alla osier de prison avecqu'un capitaine des gardes, dont il fut bien aise; car disoit-il qu'il n'eut jamais si belle peur, craignant ces messieurs les inquisiteurs plus que tous autres gens. Car, pour en parler au vray, telles gens sont dangereux, et ne faict pas bon se frotter à eux, soit en bourdes ou à bon escient.
Un' autre fois, Brusquet estant allé avec M. le car^ dinal de L'Orraine à Rome , lorsqu'il y fust pour la roupture de la tresve S M. d'Estrozze attira un courrier venir en poste et porter les nouvelles de la mort de Brusquet, avec son testament qu'il avoit supposé et faict faux en disposant de tous ses biens : et prioit le roy de vouloir donner et continuer sa poste à sa femme en ce qu'ell' espousast ce courrier, qui estoit à luy d'ordinaire et à son service , et non autrement. Ce que le roy accorda fort facillement en la faveur de mondict Sr. d'Estrozze. La femme en ayant sceu la mort par le mesme courrier, et veu son testament, et sceu la voulonté du roy sur la continuation de la poste et condition de mariage, après avoii^ cellëbré les obsèques de son mary et faict ses deuilz, sollicitée de mariage par ledict courrier, semarye,et [il]couche avecqu' elle pour le moins un bon mois, et en tire d'elle de bon escus par bon contrat de mariage ; mais sur ces entrefaictes , Brusquet, qu'on tenoit pour mort partout, (ut bien esbay ; car il s'estoit fort bien porté en
i . La trêve conclue à Vaacelles le 5 février 1556, avec Qiaries- Qnint et Philippe II, et rompoe le 6 janvier 1557. Voyes tooie I, p. 121, note 1.
LE BfA&ËSCHAL D*BSTROZZE. 259
ses voyages, et bien cocu; et sçachant que ç'avoit esté utïè estrette de M. d'Estrozze, songea à luy rendre.
Pàrquoy tiïi jour fâict une lettre, et dresse un pacquel par la iroye de l'ordinaire de Lyon, et mande a M. le cardinal Caraffe*, qu'il aymoit fort, etravoit veu à Rome et en France, conune M. d'EstroZze, mal content du roy, s'estoit desparty d'avec luy si despité, qu'il avoit pris deux de ses gallères dans le port de Marseille, s'en estoit allé, pour le seur, trouver le Dragut en Alger, et là se renier et prendre le turban ) et pour ce, qu'il prist garde à luy et en advertist Sa Saii^teté; car à sa partance il luy avoit ouy jurer qu'il s'en alloit prandre la ville et port d'Ostie et Civita-Vechia, où dedans il y avoit si bonne intelligence qu'aussi tost là arrivé il les prenoit, et aussi Anconne, et de là alloit piller l'église de Nostre Dame de Laurette, et la raser de fons en comble; et que devant peu il rendroit le pape bien estonné. M. le cardinal ayant eu cet advis, le confère avec Sa Sainteté; et pour ce, en toute dillfgence advise à y pourvoir, se mettre en fraiz, y envoyer gens et y donner ordre. Mais après, îlz sceurent qu'il n'en estoit rien, et qu'alors de la lettre il estoil à la prise de CallaisV Touteffois nouvelles vindrent à M. d'Èstrozze de ce que l'on avoit creu de luy en la chambre et pallais du pape ; dont il n'en fit que rire et en accuser Brusquet.
Pour fin, je n'aurois jamais faict si je voulois conter les tours qui se sont passez entr'eux deux ; car il y en
i. Diomède Gara (fa, crée cardinal en 1555, mort en 1560. 2. Le 8 janvier 1558.
a eu tant et tant qu on n'en verroit jamais la fin. Que si M. d'Estrozze estoit fin et subellin, ingénieux et industrieux, Brusquet Testoit autant en matière de gentillesses ; car il faut dire de luy que c'a esté le premier homme pour la bouffonnerie qui fut jamais, ny sera, et n'en desplaise au Moret de Florance, fust pour le parler, fust pour le geste^ fust pour escrire, fiist pour les invantions, bref pour tout, sans offancer ny desplaire.
Son premier advènement fut au camp d'Avignon^ où il se jetta, venant de son pays de Provance, pour gaigner la pièce d'argent; et contrefaisant le médecin, se mit, pour mieux jouer son jeu, au quartier des Souysses et lansquenetz, desquelz il tiroit grands deniers. Il en guérissoit aucuns par hasard; les autres il envoyoit ad patres^ menu comme mouches. Pensez : à ceux qu'il guérissoit, il leur donnoit pareille recepte qu'il donna une fois, à Remorantin, à un ambassadeur de Venise , qui venoit de fraiz vers le roy François second ; car j'y estois alors. C'estoit une règle infaillible pour ledit Brusquet, quand venoit quelque grand seigneur ou ambassadeur à la court , il Talloit voir aussitost pour en escroquer quelques bons brins d'eux ; car il estoit très sçavant en ce mestier d'escroquer. Estant donc aUé voir M. l'ambassadeur tm jour, car plusieurs jours advant l'avoit-il veu, il le trouva qu'il estoit fort mallade d'une collique venteuse ; et le voulant faire rire, il ne peut, car le mal le pressoit. Et M. l'ambassadeur luy avant demandé une recepte, s'il n'en sçavoit point, il luy dist que pour luy il n'en