Eu 1536, lorsque Charles-Quint fit le siège de Marseille
LE MARESCHAL D'ESTROZZE. 261
sçavoit point une meilleure qu'une dont il usoit fort souvant, car il y estoit fort subject, qu' estoit, quand mal luy tenoit, il mettoit un doigt fort advant dans le cul, et l'autre dans la bouche , et en remuoit souvant lesdictz doigtz d'un lieu en l'autre , c'est à dire celuy du cul dans la bouche, et celuy de la bouche, au cul; si que, les remuant tousjours ainsi l'espace d'une demye-heure, les ventz se dissipoient et en sortoient parles deux trous qu'on ouvroit ainsi souvant. M. l'ambassadeur le creut, y voyant de l'apparance ; et en fit Tessay une bonne demye-heure, bien à bon escient. Je ne sçay s'il s'en guérist, mais je le vis venir dans la chambre du roy, qui en fit le conte à tous ces princes et messieurs, qui en rirent bien.
Il faut donc croyre que ce monsieur le médecin Brusquet, en ce camp d'Avignon, donnoit de pareilles receptes à ses mallades, et les. drogues de mesmes; mais le pis fut qu'il fut descouvert de la grand deffaicte qu'il fit de ces pauvres diables, et qu'il fut accusé. La cognoissance en estant venue à M. le connestable^ le voidut faire pendre. Mais on fit rapport à M. le Dauphin, qui estoit lors là, que c'estoit le plus plaisant homme qu'on vist jamais, et qu'il le falloit sauver, M. le Dauphin, despuis nostre roy Henry second, le fit venir à luy, le vist, et le cognut fort plaisant, et qu'il luy donroit bien un jour des plaisirs (ce qu'il a faict), l'osta d'entre les mains du prévost du camp et le prit à son service, de telle façon que, pour les plaisanteries, il parvint à estre vallet de sa garde-robe, puis vallet de chambre ; et puis, qui estoit le meilleur,