‹ Œuvre complètesChapitre 163 sur 267 · Anne de Montmorency · texte numérisé non relu

Anne de Montmorency

maistre de la poste de Paris , qui valloit de ce temps là ce qu'il vouloit; car il n'y avoit point pour lors nulles coches de voitures, ny chevaux de relay, comme pour le jour d'huy, qui (^nporte beaucoup la pratique des maistres de postes de Paris. Aussi , pour un coup, luy ay-je compté cent chevaux de poste , et ce d'ordinaire. E)t pour oe, en ses titres et quallitez, il s'intitulloit capitaine de cent cbevau-légers. Je vous asseure qu'ilz estoient bien légers en toutes façons, tant de la graisse, dont ilz n'efr toient guière chargez, que de la légéretté à hiw courir et mouscher ^ Âusquelz chevaux et postillons il iiaposoit très plaisamment les noms des bénefGces, offices, dignitez, charges, estatz, que l'on court ordinairem^t en toutes diligences des postes. Et'pe faut point doubter qu'ordinairement on q'aye veu tou£î les jours ces chevaux faire leur course; encor n'y pouyoient-ils chevir, et falloit qu'ilz en fissent deux courses; ce qui est aisé à croyre et cognoistre, veu les grandz chemins des postes qui sont dressez partant de Paris. Car vous avez celuy de Guienne et d'Espaigne, que j'ay veu fort battu durant la trefve et paix entre nous et les Es-! painolz; vous avez celuy de la Bretaigne quand vous estes à Blois, qu'on prend à main droicte; yous avez celuy de Lyon et du Piedmont quand nou^ le (épions» et de l'Italie quand on estoit en paii^ ; et puis en guerre celuy des Souysses et des Grisons, de Venise à Rbmie,

1. ilfottJcA^r, courir, comme court un cheval piqué par les mouches.

2. Les vingt-deux lignes suivantes, jusqu'à : Je vous laisse à penser^ sont biffées sur le manuscrit.

LE MARRSCHAL lyESTROZZR. 2\\^

de Daufine^ Vivarez, Languedoc, Proiwice; vous avez celuy de Normandie, Rouen, Dieppe et Havre ; celuy de Picardie tirant vers Callais et Angleterre; celuy de Picardie aussi tirant devers Péronne, Balpaume, Bruxelles, Anvers et Flandres ; celuy de Chaoïpaigne tirant vers Metz, Lorraine et Allemaigne; celuy de la Bourgoigne, Ce sont les plus royaux chemins de postes qui soient en France, sans compter autres traverses où estoit la court et les armëes. Je vous laisse donc à penser le gain que pouvoit faire Brusquet de sa poste, n'y ayant point de coches^ de chevaux de relay ny louage que peu (comme j'ay dict) pour lors dans Paris, et prenant pour chasque cheval vingt solz s'il ^ estoit français', et vingt cinq s'il estoit espaignol , ou autre estranger.

Aussi devint-il fort riche, autant pour cela que pour un' infinité de pratiques et rapines quHl tiroit sur les princes, seigneurs, gentilzhommes, qui çà, qui là. Et, s'ili^ ne luy vouloient rien donner gratis, bien souvant, quand il estoit dans leur salle ou chambre, et qu'il y vist quelque beau bassin ou buye' d'argent, on se fust donné garde qu'aussi tost et à Fimproviste il mettoit l'espée au poing, et faisoit accroyre qu'ilz luy avoient donné un desmenty, et qu'il avoit querelle à rencontre, et les chargeoit d'estoc et de taille, si qu'il les dégastoit tous ; et puis, sans autre forme, les sarroit soubz la cappe et deslogeoit; ainsi qu'il fit à Bruxelles chez le duc d'Albe, lors que le cardinal de Lorraine

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