‹ Œuvre complètesChapitre 165 sur 267 · LE MARESCHAL D'ESTRO^ZE · texte numérisé non relu

LE MARESCHAL D'ESTRO^ZE

Le roy d'Espaigne avoit pour lors un bouffon espaignol; mais il n'y entendoit rien au prix de Brusquety et estoit un vray maigre bouffon , avec sa guitteme* et son braillement de chansons à TespaignoUe, qui plaisoit fort maigrement, et ne paressoit rien au prix de Brusquet, qui le trompoit tousjours. Le roy d'Espaigne l'envoya au roy pour luy rendre le change du sien qu'il luy avoit envoyé. Le roy le donna à Brusquet à le gouverner, le loger et le traicter bien, ainsi qu'on void les grandz princes à la court, venant en ambassade, estre donnez et recommandez à autres grandz princes, les grandz seigneurs à autres grandz seigneurs, les moyens à moyens, les évesques à évesques^ les prélatz à prélatz, les ecclésiastiques moyens à autres moyens : aussi Brusquet, bouffon, eut charge de gouverner et entretenir l'autre bouffon ; mais il le trompoit tousjours.

Il* avoit quatre bons chevaux chez luy; mais il' les faisoit courir la poste la nuict par le premier courrier qui passoit, sans que luy ni ses gens s'en advisassent, car il les faisoit bien boire et bien dormir après; et quand il les trouvoit si maigres de force de courir, il luy faisoit accroyre que l'eau de la rivière de Sène les amaigrissoit ainsi jusques à ce qu'ilz l'eussent accoustumée deux mois, et que cela arrivoit coustumièrement à tous chevaux. Par cas, il s'en advisa un matin, s'estant levé plus tost qu'on ne pensoit, et que le postillon avoit un peu tardé, et les voyant tous trempez,

i, Guittemey guitare.

î. i/, le bouffon du roi d'Espagne.

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